dimanche, mai 25, 2008

Asepsy in the UK


J'étais à Londres, au restaurant, et j'avais un peu bu. Descendant cahin-caha aux toilettes du restaurant, quelle ne fut pas ma surprise d'y voir, au coeur même d'un sanctuaire définitivement masculin, une fille, jeune, anglaise et dont la grâce dénotait gentiment avec la fonction du lieu, même si celui-ci tenait plus des toilettes de luxe que des chiottes de pub.


Je reviens aux lavabos, et la jeune fille me demande si je veux du savon, une serviette, autant d'éléments qu'elle me glisse directement et avec grâce dans les mains. Intrigué, je me suis demandé par la suite si un tel boulot ne représentait pas la quintessence du capitalisme anglais, fait de jobs merdiques pour les plus pauvres et de luxes inavouables de snobisme pour une classe de nantis scandaleusement décomplexés et exigeant tant de sollicitude de leurs Dames-pipi.



Mais c'était peut-être prêter trop de finesse décadente à une société qui a totalement dépassé jusqu'au snobisme dans sa haine du contact et dans sa méfiance de l'homme.


J'écoutais hier Fred Vargas sur France Culture, pendant une émission sur la peste noire, une des spécialités de cette auteur de Polars et historienne. Elle a parlé, bien sûr des conséquences immédiates de la grande peste. Mais elle a parlé aussi des terribles retombées sociales et psychologique de l'épidémie, et des peurs et abandons qu'elle avait révelés quand le vernis de civilisation avait craqué sous la terreur. Ainsi, des dizaines d'années après, le remord tenaillait encore ceux que la grande panique avait fait abandonner leur famille à la mort.


Parlant du risque de pandémie grippale qui nous flotte au dessus de la tête, elle confiait que la profonde division et les abandons qu'une grippe de ce type déclencheraient seraient catastrophique, dans une société comme la nôtre, travaillée par les grandes peurs.


Et c'est là qu'elle a parlé des bars et restaurants de Londres ou de New York, où, pour éviter tout contact avec le distributeur de savon et la porte des toilettes, supports qu'une main impure aurait pu toucher, on trouvait quelqu'un qui le faisait pour vous. Elle y a lu un exemple type de cette peur de l'homme, de l'autre, du contact que rend possible notre société de barges ( le « de barges » est de moi).



J'ai fermé les yeux et j'ai revu ma dame-pipi, que j'avais prise pour une servante de peplum, préposée au savon de pharaons cruels et raffinés: elle n'était en fait qu'un gant hygiénique humain au service des peurs du vivant qui tenaillent nos grandes villes occidentales, elle n'était qu'un masque anti-germe pour nanti hygiéniste en goguette.


La bassesse humaine me surprendra toujours.


1 commentaire:

Anonyme a dit…

A propos des dames-pipi, c.f. le magnifique film Le Dernier des Hommes de Murnau, chef-d'oeuvre d'un des plus grands cinéastes que la Terre ait jamais porté en son généreux sein, dans lequel un portier et Monsieur Pipi est déchu de sa fonction et donc - malheur suprême - délesté de son uniforme, début de sa déchéance sociale qui l'entraîne vers le mensonge et le crime.
Ce film date de 1924, preuve que "the more things change, the more they stay the same".

Film au demeurant révolutionnaire en matière de prise de vue, et avec de la lute des classes dedans pour les crypto-trotskystes qui animent ce blog.


Publi-reportage :
A noter également que Soyouz ,le groupe dub/rock/oriental le plus fantastique que la Terre ait jamais porté en son sein prodigue, sera en concert à La Cigale le dimanche 15 juin.