mardi, mai 27, 2008

barre à gauche!

Six milliards de personnes ne pourront pas vivre en même temps avec notre niveau de richesse et d'exploitation des ressources. On peut s'en attrister, on peut aussi faire semblant de ne pas le voir. Mais c'est comme ça.


Pourquoi? Premièrement, parce que si nous sommes si riches, c'est parce que le coût des matières premières (qui, ô coincidence, nous viennent des pays du Sud!) nous le permet. Que le pétrole monte de quelques dollars le baril, et le joli système se casse la gueule. L'existence de gentils ateliers asiatiques qui nous font des baskets pour un ou deux euros, le coût des biens manufacturés venus du Sud, joue aussi là dessus. Pour qu'il y ait des riches, il faut qu'il y ait des pauvres: on ne peut avoir autant de paires de baskets sans suer que si d'autres suent. On ne peut avoir de coton si peu cher qu'en niquant nos amis producteurs. On ne vie comme des princes que s'il y a des esclaves à exploiter pour nous servir.


Deuxièmement, parce qu'en l'état, si tout le monde vivait comme nous, il n'y aurait mathématiquement plus assez de ressources et nous polluerions trop. Notre mode de vie n'est pas viable s'il est généralisé au monde entier (aussi, quand les Etats-unis ont dit lors de la dernière grand-messe environnementale que « (leur) mode de vie n'est pas négociable », ces Etats-Unis ont par là déclaré clairement leur volonté d'injustice dans le monde).


Ces deux raisons, de gentils copains scientistes me diront qu'elles voleront en éclat dès qu'on aura les solutions techniques pour: de gentils robots travaillant à nos places, et de gros fruits fluos à trois récoltes par an, par exemple. Sauf que nous ne sommes pas dans une vraie société de la rareté (les récentes émeutes de la faim, de l'avis de tous, ne sont pas dues à de mauvaises récoltes mais à la spéculation, aux biocarburants et au fait que de plus en plus de gens en Chine, en Inde, aspirent manger comme les occidentaux une nourriture trop carnée) mais dans une société d'abondance où la rareté s'organise (La publicité nous dresse, par exemple, à vouloir plus que les autres, à vouloir des choses qui ne servent à rien: on crée ainsi de la rareté bidon). Et produire des oranges OGM de cinq tonnes n'y changerait rien( les oranges perdraient tout intérêt!). Sauf aussi que pour l'instant, les apports du « progrès » technique pour l'environnement, c'est plus Bhopal et Tchernobyl, c'est plus l'exploitation folle et systématique des ressources que des solutions viables.


Six milliards de personnes ne pourront vivre comme nous en même temps que nous. A partir de là, on peut accepter cet état des choses en se disant, au mieux, qu'on trouvera bien une solution, au pire, qu'on n'a qu'a se barricader un peu plus chaque année dans des enclaves d'abondance qu'entourent la misère et ses flots de réfugiés, et continuer à exploiter la misère du monde en polluant. On peut aussi réfléchir à comment on produit et comment on répartit. Et ça, il faut avouer que sur la scène politique actuelle, on n'en parle pas beaucoup, pas vraiment: on préfère chanter le marché et la croissance, ça fait moderne.


Nous n'avons pourtant pas le choix: il est urgent de revoir nos méthodes, de trouver les solutions.


Il est, en somme, urgent d'être de gauche.


De gauche, mais...pour de vrai!



Aucun commentaire: