Lutte terrible, jusqu'en nos rêves. Ecrasement double de l'homme sous le travail et sous l'ennui. Le joug implacable, la peine jumelle de la misère du plus grand nombre, et du néant culturel pour tous. A mesure que la lassitude entrave toujours plus nos jours, le peu d'opium, de liqueur qu'il nous restait pour tenir le coup, nos rêves en somme, nos fraîches utopies, s'évaporent, au gré d'aspirations de masse, orphelines de l'humaine sève et que le génie toujours plus déserte.
Car l'agression, du terrain social, s'est généralisée au champs de la culture de la pensée. Les situationnistes n'ont peut-être jamais autant eu raison. Nos désirs toujours plus marchandisés, crées, entretenus par le marché, le même qui nous fait flexibles au bureau, toute notre activité humaine réduite à l'unique dimension du profit: travailler, consommer, dormir pour entretenir la force de travail, et de consommation. Voici la vie qu'on nous voudrait.
A des jeunes de seize ans on explique le grand jeu qui les attend. Oui mes enfants, il faut être dans les meilleures classes, pour obtenir les meilleures formations, qui meneront au meilleur CV. Ecraser l'autre, prendre sa place. Ainsi va le monde, mes petits. Ne pensez pas à le changer, mais déchirez vous dans la joie, marchez sur la tête des autres avec le sourire, faites vous plus carnassiers que les fauves souriants, vous prendrez peut être un jour leur place. Voici le crédo qu'on distille dès le collège à chacun.
Le peu de temps qu'il reste après le travail, qu'on l'emploie à la consommation, sous toute ses formes! Shopping, abrutissement devant les Télés, vacances héliotropes formatées, cinéma frelaté: toujours plus de choix dans la course au bonheur préfabriqué.
Il n'y a pas, cette fois, d'ennemi à abattre. Pas de « Grand Satan », d' « empire du mal », qui puisse incarner réellement les fers qui nous ensserent. Et ceux que j'entend accuser l'Amérique, ceux là semblent déchaîner leur haine en désespoir de cause, et peût-être faute d'analyse sincère du problème. Je ne suis pas sûr que nous européens serions meilleurs maîtres du monde que nos cousins d'outre-Atlantique. Pas sûr non plus que mon Sarko vaille plus que trois barils de Bush.
Non, pas d'ennemi à dégommer, pas d'ethnie en cause, pas de pays axialement malin. Et à l'inverse, pas plus de race, de classe, de tribun, de drapeau, que je veuille voir au sommet. Pas de solution clé en main, en somme. Et qu'il est ténu le filin entre nos compromissions que l'on veut se cacher, et nos idéaux qu'on voudrait avoir oublié. Qu'elle est fine la planche où avancer, entre l'acceptation (cynique ou plus souvent résignée) de « la règle du jeu » d'une part, et la sève vitale qui voudrait tout balayer d'un revers de main, tout noyer dans le feu, ou quelque vin, pour ne plus rien voir.
Luttons, donc. Même si nous sommes après tout compromis comme tous le monde là dedans, je dirais même surtout à cause de cela, luttons. Pour ne pas tomber, engourdis dans les conforts du prêt à penser, pour ne pas oublier ceux d'avant qui eux aussi cherchaient, pour ne pas mourir sans s'être essoufflés au moins une fois, luttons. Dans les arrières-gardes des petites avancées encore possibles au sein du système comme dans les avant-gardes des mondes pas encore rêvés, luttons, poussés que nous serons par la vie, vers la Vie.
Car l'agression, du terrain social, s'est généralisée au champs de la culture de la pensée. Les situationnistes n'ont peut-être jamais autant eu raison. Nos désirs toujours plus marchandisés, crées, entretenus par le marché, le même qui nous fait flexibles au bureau, toute notre activité humaine réduite à l'unique dimension du profit: travailler, consommer, dormir pour entretenir la force de travail, et de consommation. Voici la vie qu'on nous voudrait.
A des jeunes de seize ans on explique le grand jeu qui les attend. Oui mes enfants, il faut être dans les meilleures classes, pour obtenir les meilleures formations, qui meneront au meilleur CV. Ecraser l'autre, prendre sa place. Ainsi va le monde, mes petits. Ne pensez pas à le changer, mais déchirez vous dans la joie, marchez sur la tête des autres avec le sourire, faites vous plus carnassiers que les fauves souriants, vous prendrez peut être un jour leur place. Voici le crédo qu'on distille dès le collège à chacun.
Le peu de temps qu'il reste après le travail, qu'on l'emploie à la consommation, sous toute ses formes! Shopping, abrutissement devant les Télés, vacances héliotropes formatées, cinéma frelaté: toujours plus de choix dans la course au bonheur préfabriqué.
Il n'y a pas, cette fois, d'ennemi à abattre. Pas de « Grand Satan », d' « empire du mal », qui puisse incarner réellement les fers qui nous ensserent. Et ceux que j'entend accuser l'Amérique, ceux là semblent déchaîner leur haine en désespoir de cause, et peût-être faute d'analyse sincère du problème. Je ne suis pas sûr que nous européens serions meilleurs maîtres du monde que nos cousins d'outre-Atlantique. Pas sûr non plus que mon Sarko vaille plus que trois barils de Bush.
Non, pas d'ennemi à dégommer, pas d'ethnie en cause, pas de pays axialement malin. Et à l'inverse, pas plus de race, de classe, de tribun, de drapeau, que je veuille voir au sommet. Pas de solution clé en main, en somme. Et qu'il est ténu le filin entre nos compromissions que l'on veut se cacher, et nos idéaux qu'on voudrait avoir oublié. Qu'elle est fine la planche où avancer, entre l'acceptation (cynique ou plus souvent résignée) de « la règle du jeu » d'une part, et la sève vitale qui voudrait tout balayer d'un revers de main, tout noyer dans le feu, ou quelque vin, pour ne plus rien voir.
Luttons, donc. Même si nous sommes après tout compromis comme tous le monde là dedans, je dirais même surtout à cause de cela, luttons. Pour ne pas tomber, engourdis dans les conforts du prêt à penser, pour ne pas oublier ceux d'avant qui eux aussi cherchaient, pour ne pas mourir sans s'être essoufflés au moins une fois, luttons. Dans les arrières-gardes des petites avancées encore possibles au sein du système comme dans les avant-gardes des mondes pas encore rêvés, luttons, poussés que nous serons par la vie, vers la Vie.