vendredi, septembre 15, 2006

PETAIN D'SA RACE!


C'est finalement encore et toujours à monsieur S que je dois de ressortir mon clavier. Il faut dire que je me demande parfois à quoi jouent ses communiquants: c'est comme si, chaque matin, ils se réunissaient autour d'une belle table design, avec la volonté ferme de racoler activement tous les segments de l'électorat qui me font gerber en saignant du nez.

Un jour, on drague le petit blanc préfasciste en promettant « ein gross karcherische nettoyache », l'autre on montre aux paysans que leur situation financière est bien dure par rapport à ceux qui "profitent" des prestations sociales (1)(surtout, ne pas mettre le doigt sur les gros proprios qui raflent les subventions, non, flattons le poujadisme rampant), le lendemain on vire quelques noirs, pardon on lance des « procédures d'éloignement » (2).



Il y a dans cette nouvelle droite, qui sacrifie tout à l' « efficacité », assez d'inculture politique pour faire vomir jusqu'aux vieux courants de la droite. Ce néant idéologique est bien pratique, puisqu'il permet de faire ressurgir dans le débat politique « mainstream » des questions que la pudeur morale des plus droitistes des républicains avait abandonnées aux sombres heures de Vichy: chasse aux enfants, fichage pour tous (fichage ethnique (!!!), même proposé par monsieur S lui même il y a quelques mois(3) ) et maintenant culte du paysan qui nourrit sa famille a la sueur de son front quand quelques profiteurs...enfin, je vous laisse terminer ce discours nauséabond.


Vous me direz, que la droite tape sous la ceinture, qu'elle manipule la terreur et l'égoïsme pour arriver à ses fins, c'est pas nouveau. Mais là, il y a comme qui dirait Dans le genre mauvaise foi dégueulasse, après le geste de Thuram (qui avait offert aux squatteurs de Cachan des places à un match), Yves Jégo, un proche de Monsieur S, commente sur RTL: "Quel message donne-t-on aux Français de dire qu’en gros ceux qui ont fraudé, qui n’ont pas respecté la loi se voient en quelque sorte récompensés". Quelle récompense, n'est-ce pas, que cette heure et demi de bonheur avant l'expulsion (pardon, l' « éloignement »), pour ces méchants profiteurs qui, les salauds, dorment ,je le rappelle quand même, à même le sol d'un gymnase et de ses couloirs, et qui ont commis le crime immonde de ne pas être nés au bon endroit.



Ce retour au ruisseau de la droite actuelle, après tout, il ne m'étonne qu'à moitié. Le vernis craque, et de part et d'autre du marais UMP PS, ils sont de plus en plus nombreux à se dire heureux que des « tabous » soient levés, comme cette jeune du PS (4) qui expliquait qu'elle pouvait enfin parler d'insécurité dans les réunions de son parti. Quel soulagement, en effet, de pouvoir enfin parler avec ses bas instincts ( en gros, la trouille) plutôt que d'élever le débat! il faut dire qu'en ce moment, on ne peut pas dire que la passionaria à la cravache qui est sensée représenter la « gauche » tranche réellement d'avec la droite: elle ne s'exprime sur le fond de son programme que pour conforter les thèse de Monsieur S.


Résumons: ce qu'on nous propose à droite a ce petit fumet fascisant si caractéristique de ce qu'on aurait appelé il y a quelques années...l'extrême droite. A gauche, au nom du blairisme ou pour ne surtout pas débattre, cela ressemble étrangement à ce qu'il y a quelques années on aurait appelé... la droite.


Extrême droite contre droite, tiens donc...ça me rappelle quelque chose, pas vous?




(1) Monsieur S devant le rassemblement des jeunes agriculteurs, "Terre attitude", en Haute Loire déclarait ce 8 septembre: "Le travail est une valeur d'émancipation et de liberté, c'est le chômage qui aliène l'être humain (...) Je n'admets pas que les gens qui travaillent dur gagnent aussi peu, que des gens qui ne prennent pas de vacances et se lèvent à l'aube gagnent la même chose que d'autres à ne rien faire" .
Les érudits dépassant l'âge canonique des vingt-cinq ans retrouveront dans ces propos, j'en suis certain, la verve de notre actuel président lors de son fameux discours de 1991 dit "du bruit et de l'odeur", immortalisé depuis par la chanson éponyme de Zebda: on y évoquait déjà "le travailleur français" et la famille d'à côté, "qui gagne 50000 francs de prestations sociales, sans naturellement travailler". C'est dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes.

(2) A propos de cet euphémisme et de bien d'autres aspects ridicules de la langue des dirigeants, je vous conseille la lecture du savoureux "LQR la propagande du quotidien", d'eric Hazan chez Liber Raisons d'agir.

(3) Monsieur S, le 6 février 2006, sur RTL, etait tout attristé de la non possibilité de fichage ethnique des délinquants: "Le fait que l'on ne puisse pas, en France, connaître la diversité de la population parce que l'origine ethnique des délinquants est interdite, participe à la panne de notre système d'intégration".

(4) Vue à la télé. Si, si. (Allez, quoi, cette citation n'est pas rentrée dans l'histoire, mais faites moi au moins un peu confiance quant à mes sources...)