Une nuit du quatre août...oui, mais de droite. Le roi et sa cour, en désordre protocolaire, l'ont chanté toute la fin de l'été: petit peuple nous avons trouvé les coupables, et du même coup, la solution à nos problèmes de déficit! Pour la faire courte, et une fois retirée la vaseline hypocrite et fielleuse (des gens qu'on « respecte », qui font « un travail formidable »), c'est la faute aux régimes spéciaux des fonctionnaires. Voilà, affaire classée, circulez, c'est tout ce qu'on fera de social.
Il y a un point, c'est vrai, sur lequel on est d'accord, moi et « mes » fonctionnaires de ministres: la différence de traitement des salariés du privé et du public peut surprendre. Mais nos solutions divergent: eux proposent de niveler par le bas et moi par le haut. eux se disent « réalistes », prétendent chercher à équilibrer le budget. Mais l'argent, lui, bien plus que dans les quelques « privilèges » des travailleurs du public, se trouve comme toujours (et même de plus en plus) du côté du capital. Les gros morceaux du festin pour quelques favorisés, les miettes pour les autres. et quand certaines miettes sont plus grosses que d'autres, il suffit de montrer ces borgnes aux aveugles pour orienter judicieusement les haines et les divisions dans le peuple.
Car, on l'a compris, le débat est bien plus idéologique que technique: taxons donc les « golden parachutes », ou même arrêtons d'exempter de charges sociales des stock-options et on verra que les larmes de crocodiles de nos dirigeants devant « la mise en danger de notre système de retraite » perdront leur raison d'être. Le fond du problème est plus idéologique qu' arithmétique: il s'agit de s'en tirer au meilleur compte en taxant plutôt les classes moyennes et populaires que les supérieures. Les pauvres suivront, comme des cons, la curée sonnée. Et franchement, vu les scores dans l'électorat populaire au dernières élections, il faut croire qu'il aurait tort de se priver d'y aller sans vaseline.
Les « régimes spéciaux » d'aujourd'hui devraient représenter pour les autres travailleurs non pas un insupportable favoritisme, mais la double leçon suivante: on n'obtient ce qu'on a que par la lutte, et les « avantages » ainsi acquis n'ont pas été revendiqués (surtout à l'époque!) par souci corporatiste mais s'entendaient plutôt (surtout à l'époque!) comme étant à généraliser à tous, solidaires comme l'était la grève générale qui les unissait.
Le problème d'inégalité de régime demeure. Mais rares sont ceux qui songeraient à une harmonisation par le haut. Et pourtant...la France n'a jamais été aussi riche! Bordel, c'est là qu'on attendrait la gauche! L'autre soir à la télé, je tombai sur un débat de très bon niveau entre Attali et Besancenot, et, ô surprise!, Bienque campant sur les positions de leurs « traditions » respectives, sociale-Démocratie pour l'un et Révolution pour l'autre, ils étaient d'accord sur l'essentiel du constat et se retrouvaient sur pas mal de trucs à faire à moyen terme. D'accord sur le fait que la retribution du capital augmente toujours plus par rapport à celle du travail par exemple.
Alors qu'est ce qu'on attend? Un abandon de plus à la pensée unique libérale de plus en plus mise en défaut? Je ne résiste pas à l'idée de citer un tract que j'ai reçu ce soir même, un tract de Sud /
Solidaires. Enjoy. (Putaing', ça fait du bieng!). A bientôt!
"Le Gouvernement attaque les régimes spéciaux au nom de « l’équité ». Mais nous défendons un système bien plus juste et solidaire que celui proposé par Sarkozy.
Nous demandons que le régime de retraite des salarié-e-s du privé rejoigne les régimes spéciaux.
Cet alignement par le haut était prévu ... en 1945 lors de la création de la Sécu ! C’est pour cela que les régimes de retraite qui existaient auparavant ont été maintenus, dans l’attente que le régime général les rattrape. Nous refusons l’idée que, soixante ans plus tard, le progrès serait de détériorer la situation de tous !
D’après les hypothèses démographiques, le nombre de personnes de plus de 60 ans aura doublé au cours des prochaines 40 années. Le gouvernement en déduit hâtivement que l’on court à la catastrophe, et que la seule solution serait de travailler plus longtemps et de partir avec une plus petite retraite.
C’est faux. Car le Produit Intérieur Brut, c’est-à-dire la richesse que nous produisons collectivement dans le pays, continuera d’augmenter et permettrait largement, comme par le passé, d’absorber le vieillissement de la population : il y a 40 ans, les retraites coûtaient 6% du Produit Intérieur Brut soit 45 milliards sur 750, elles coûtent aujourd’hui 12% soit 192 milliards sur 1 600, et coûteraient 18% soit 540 milliards sur 3 000 dans 40 ans, ce qui représente plus, mais laisse quasiment 2 500 milliards de Produit Intérieur Brut à d’autres dépenses, donc bien plus qu’aujourd’hui !
Le problème posé n’est pas celui du poids des retraites, mais de l’utilisation des richesses créées. Il s’agit bien d’un choix politique. Ces 20 dernières années, la part du PIB consacrée à la masse salariale a ainsi perdu 10 points, soit 160 milliards d’€ par an. Or, un retour à la situation d’avant 2003 - avec 37,5 annuités pour tous - ne coûterait que 4,5 milliards d’€ par an !
Ramener les profits que patrons et actionnaires se font sur le dos des salarié-e-s à ce qu’ils étaient il y a 20 ans (et c’est déjà beaucoup trop !) dégagerait chaque année une somme 40 fois supérieure à ce qui est présenté comme nécessaire pour sauver les retraites ! On est loin de la catastrophe annoncée !"
Évidemment, ne comptez pas sur moi ce soir pour recouper les chiffres. Je suis trop fatigué pour cela. Mais avouez qu'il y a une cohérence de point de vue fort intéressante.