jeudi, octobre 18, 2007

GUY MAUVE

Un grand tour de moulinette et la sève la plus verte, la plus pure, la plus vivifiante devient lavasse terne, bouillie Kitsch, moité pisse moitié eau de rose. On lira donc, c'est gravé dans le marbre, la lettre de Guy Moquet dans les écoles. On l'accompagnera du court métrage lamentable que quelque officiel mal inspiré lui a accolé, pour ajouter dieu sait quoi de vulgarisateur destiné à Dieu sait qui.


Qui parmi les élèves saura trouver, dans autant de sucre, l'Histoire, qui parmi ces adolescents séparera ce qui touche à l'absolu liberté de ce qui relève de l'embaumement de cette liberté dans la légende chauvine où le pouvoir l'enfonce?


Ce pouvoir, et singulièrement la droite, a toujours une révolution de retard: voyez comme il encense, dans le discours, les avancées sociales de 45 pour renier celles de 68. Voyez comme il se fait l'inattendu porte-flambeau de la résistance communiste quand il garde de la guerre d'Algérie une version bien édulcorée.



Le seuil critique des deux générations, date buttoir de la transmission orale de l'histoire vécue, y est sûrement pour quelque-chose. Ces deux générations, souvenez vous, c'est ce qui vous sépare votre Mémé qui vous racontait ses souvenirs et anecdotes de l'occupation. L'histoire peu à peu se vide de ses vivants échos à mesure qu'on institue des monuments, en pierre ou en mots, pour exorciser l'oubli.


Et pourtant...pourtant demeure l'irréductible fibre humaine de tous ces jeunes gens qui osèrent braver le monde tel qu'il était. Et je ne suis pas sûr qu'ils l'aient tous fait avec en tête les ronflements des commémorations entendues à venir.


Mais les mots me manquent: et pour ne pas sombrer dans le mélo patriotique, je vais faire ce qu'aurait du faire notre gouvernement: laisser les vers d'Aragon et de sa « Diane Française » revivifier une Histoire, celle de la résistance, que d'autres embaument jusqu'à la nécrose.

(...)

"Ne t'en va pas où l'on te dit

Avec de grands mots pour enseignes

Quand c'est la blessure qui saigne

Ne t'en va pas


Ne t'en va pas chez le tyran

Forger sa puissance toi-même

Et des fers pour ceux que tu aimes

Ne t'en va pas


Ne t'en va pas prends ton fusil

Siffle ton chien chasse les ombres

Chasseur, chasseur tu es le nombre

Ne t'en vas pas


Prends ton fusil"



lundi, octobre 15, 2007

IL Y A VINGT ANS, MORT D'UN "HOMME INTEGRE"


Thomas Sankara, 21 Décembre 1949 - 15 octobre 1987

mercredi, octobre 10, 2007

REGIMES SPECIAUX: UN AUTRE POINT DE VUE EST POSSIBLE!

Une nuit du quatre août...oui, mais de droite. Le roi et sa cour, en désordre protocolaire, l'ont chanté toute la fin de l'été: petit peuple nous avons trouvé les coupables, et du même coup, la solution à nos problèmes de déficit! Pour la faire courte, et une fois retirée la vaseline hypocrite et fielleuse (des gens qu'on « respecte », qui font « un travail formidable »), c'est la faute aux régimes spéciaux des fonctionnaires. Voilà, affaire classée, circulez, c'est tout ce qu'on fera de social.


Il y a un point, c'est vrai, sur lequel on est d'accord, moi et « mes » fonctionnaires de ministres: la différence de traitement des salariés du privé et du public peut surprendre. Mais nos solutions divergent: eux proposent de niveler par le bas et moi par le haut. eux se disent « réalistes », prétendent chercher à équilibrer le budget. Mais l'argent, lui, bien plus que dans les quelques « privilèges » des travailleurs du public, se trouve comme toujours (et même de plus en plus) du côté du capital. Les gros morceaux du festin pour quelques favorisés, les miettes pour les autres. et quand certaines miettes sont plus grosses que d'autres, il suffit de montrer ces borgnes aux aveugles pour orienter judicieusement les haines et les divisions dans le peuple.


Car, on l'a compris, le débat est bien plus idéologique que technique: taxons donc les « golden parachutes », ou même arrêtons d'exempter de charges sociales des stock-options et on verra que les larmes de crocodiles de nos dirigeants devant « la mise en danger de notre système de retraite » perdront leur raison d'être. Le fond du problème est plus idéologique qu' arithmétique: il s'agit de s'en tirer au meilleur compte en taxant plutôt les classes moyennes et populaires que les supérieures. Les pauvres suivront, comme des cons, la curée sonnée. Et franchement, vu les scores dans l'électorat populaire au dernières élections, il faut croire qu'il aurait tort de se priver d'y aller sans vaseline.


Les « régimes spéciaux » d'aujourd'hui devraient représenter pour les autres travailleurs non pas un insupportable favoritisme, mais la double leçon suivante: on n'obtient ce qu'on a que par la lutte, et les « avantages » ainsi acquis n'ont pas été revendiqués (surtout à l'époque!) par souci corporatiste mais s'entendaient plutôt (surtout à l'époque!) comme étant à généraliser à tous, solidaires comme l'était la grève générale qui les unissait.


Le problème d'inégalité de régime demeure. Mais rares sont ceux qui songeraient à une harmonisation par le haut. Et pourtant...la France n'a jamais été aussi riche! Bordel, c'est là qu'on attendrait la gauche! L'autre soir à la télé, je tombai sur un débat de très bon niveau entre Attali et Besancenot, et, ô surprise!, Bienque campant sur les positions de leurs « traditions » respectives, sociale-Démocratie pour l'un et Révolution pour l'autre, ils étaient d'accord sur l'essentiel du constat et se retrouvaient sur pas mal de trucs à faire à moyen terme. D'accord sur le fait que la retribution du capital augmente toujours plus par rapport à celle du travail par exemple.


Alors qu'est ce qu'on attend? Un abandon de plus à la pensée unique libérale de plus en plus mise en défaut? Je ne résiste pas à l'idée de citer un tract que j'ai reçu ce soir même, un tract de Sud / Solidaires. Enjoy. (Putaing', ça fait du bieng!). A bientôt!


"Le Gouvernement attaque les régimes spéciaux au nom de « l’équité ». Mais nous défendons un système bien plus juste et solidaire que celui proposé par Sarkozy.

Nous demandons que le régime de retraite des salarié-e-s du privé rejoigne les régimes spéciaux.

Cet alignement par le haut était prévu ... en 1945 lors de la création de la Sécu ! C’est pour cela que les régimes de retraite qui existaient auparavant ont été maintenus, dans l’attente que le régime général les rattrape. Nous refusons l’idée que, soixante ans plus tard, le progrès serait de détériorer la situation de tous !

D’après les hypothèses démographiques, le nombre de personnes de plus de 60 ans aura doublé au cours des prochaines 40 années. Le gouvernement en déduit hâtivement que l’on court à la catastrophe, et que la seule solution serait de travailler plus longtemps et de partir avec une plus petite retraite.

C’est faux. Car le Produit Intérieur Brut, c’est-à-dire la richesse que nous produisons collectivement dans le pays, continuera d’augmenter et permettrait largement, comme par le passé, d’absorber le vieillissement de la population : il y a 40 ans, les retraites coûtaient 6% du Produit Intérieur Brut soit 45 milliards sur 750, elles coûtent aujourd’hui 12% soit 192 milliards sur 1 600, et coûteraient 18% soit 540 milliards sur 3 000 dans 40 ans, ce qui représente plus, mais laisse quasiment 2 500 milliards de Produit Intérieur Brut à d’autres dépenses, donc bien plus qu’aujourd’hui !

Le problème posé n’est pas celui du poids des retraites, mais de l’utilisation des richesses créées. Il s’agit bien d’un choix politique. Ces 20 dernières années, la part du PIB consacrée à la masse salariale a ainsi perdu 10 points, soit 160 milliards d’€ par an. Or, un retour à la situation d’avant 2003 - avec 37,5 annuités pour tous - ne coûterait que 4,5 milliards d’€ par an !

Ramener les profits que patrons et actionnaires se font sur le dos des salarié-e-s à ce qu’ils étaient il y a 20 ans (et c’est déjà beaucoup trop !) dégagerait chaque année une somme 40 fois supérieure à ce qui est présenté comme nécessaire pour sauver les retraites ! On est loin de la catastrophe annoncée !"

Évidemment, ne comptez pas sur moi ce soir pour recouper les chiffres. Je suis trop fatigué pour cela. Mais avouez qu'il y a une cohérence de point de vue fort intéressante.