Le documentaire que je regarde en cet après-midi ensoleillé m'inspire dégoût et révolte.
Marrakech.
Après quelques plans sur les somptueux palais rachetés une bouchée de pain par nos compatriotes, la caméra suit un agent immobilier fringant, lunettes de soleil sur le nez. Nous entrons chez un client à lui. Et déjà, ça chlingue sec.

Le "temps béni des colonies" de retour? (photo non contractuelle, suggestion de présentation)
Près de sa Porsche de branleur, cet entrepreneur retraité explique tranquillement qu'il a besoin de cinq personnes pour faire tourner la baraque. Et que pour le même prix en France, il n'aurait eu « qu'une femme de ménage à temps partiel, avec les charges sociales ». Aucun regret à exploiter l'indigène: Je suis sûr qu'avec un pastis de plus , ce colon esclavagiste nous miaulerait qu'il crée des emplois (1)...
La baignoire? Deux mètres cubes d'eau. Des hectares de gazon aussi ras les pâquerette que le maitre de maison. Autant dire, des milliers de litres d'une eau rarissime pompées par un connard pour ses caprices de merde. Et combien de litres de sueur, pour tant de mauvais goût? Les golfs alentours comme en écho, brossent de leur gazon ras les chaussures des richous du monde, en dépit de toute considération environnementale,et, disons le car le Maroc est un pays pauvre, de toute décence.
- Combien de jours par an au Maroc, Monsieur le beauf?
- 183 qu'il répond, goguenard. Et oui, pile ce qu'il faut pour échapper au Fisc français.
C'est donc du pognon largement volé à la communauté nationale que ce genre d'abrutis inculte vient exploiter les indigènes pour y étaler ses goûts de chiottes. C'est aussi ça, ce que pudiquement on appelle « créer des emplois », « faire rentrer des devises » et « investir ».
LECON D'ESPERANTO CAPITALISTE
Ce sont là quelques uns des rouages logiques que le capitalisme colonial emploie pour se justifier. Que de pirouettes, pour que des brassées de ploucs puisse s'installer la conscience tranquille! Que de circonvolutions, d'élégants euphémismes! Et tout ça pour continuer tranquillement à faire suer du Burnous à 200 euros par mois, sans couverture sociale, of course. Ce généreux investisseur accepterait-il de voir ses proches travailler comme des cleb's pour un tel salaire? Oh que non! Vous comprenez, monsieur, ici la vie est moins chère(2), les gens sont moins exigeants bla bla bla.
Le problème ces que les énormes structures financières mondiales, type FMI et OMC, parlent exactement le même langage que ce porcelet. Et avec ces zélateurs de la pensée unique, l'aréopage médiocre de nos dirigeants et des dictateurs du Sud reprend en choeur: Enrichir un pays, c'est « créer des emplois », « attirer les investisseurs », « faire rentrer des devises », rester « attractif ». Faire de la croissance, quoi. Faire rentrer des devises. Au prix d'une cruelle exploitation des masses, d'une razzia sur les ressources naturelles, d'une déstabilisation des prix du sol, d'inégalités croissante, et de l'abandon de toute dignité...

"Elle est pas belle, ma croissance?"
Ce qui est drôle, c'est que c'est plutôt Adso et ses potes, qu'on traite de compliqués, de névrosés, de complexés, de gens « qui-ont-un-problème-avec-l'-argent (-les -cons) ».C'est la mode.
Sauf que moi, je ne viens pas chier sur une culture millénaire pour y étaler ma médiocrité. Je n'insulte pas la misère du monde en la polluant à grands frais de ce qui se fait de pire au monde en terme de beaufitude. Du coup, c'est bizarre, mais je n'ai pas besoin de mettre d'écran entre la misère et moi. Ni du discours pitoyablement alambiqué des évadés fiscaux qui pensent faire tourner le monde quand ils le foulent aux pieds.
Voilà.
J'espère que vous avez aimé cette première date du Adso capitalist world tour, parce que ça va continuer?
Bons baisers de Babylone,
Adso.
(1) j'aime bien l'argument "je crée des emplois". A aucun moment, les gens ne se disent que les planteurs de Virginie ou les pharaons pouvaient exactement sortir la même ineptie...




