Je ne citerai pas le nom du nouveau pape dans cette chronique. Je veux juste témoigner de la vive inquiétude qui m'a étreint lorsque j'ai appris ce soir même sa nomination à la succession de Saint Pierre. Une première précision s'impose: je ne suis pas catholique. J'appartiens même de coeur et de culture à une somme culturelle qui s'oppose le plus fermement à cette vision du monde. Mais à la lumière des chemins de vie que de nombreux catholiques de mon entourage m'ont montré, je dois avouer que le destin de Rome ne m'est pas indifférent. Aussi fus-je prompt à nuancer les jugements de mes proches lors de la mort de Jean-Paul par exemple.
Mais le Pontife nouveau en est à me faire regretter son défunt prédécesseur, tant il est l'image pour moi même des plus mauvais aspects de ce dernier. Qu'on en juge plutôt: cet esprit aiguisé a mis depuis des décennies son intelligence au service des plus réactionnaires opinions catholiques. Que l'on songe à son rejet catégorique de l'entrée de la Turquie dans l'Europe, que l'on se rappelle comment après avoir en vain essayé de condamner la théologie de la libération sur ses assises théoriques, il l'a littéralement décapitée en plaçant en Amérique latine une hiérarchie anti progressiste au possible, que l'on se remémore son obstination anti oecuménique. Le nouveau pape, le « grand inquisiteur », comme le nomment ses fans, est de ses gens d'église qui éloignent l'humaniste de l'Église.
Je plains de tout mon coeur mes amis catholiques sincères, ceux qui ont su parachever leurs dogmes en les mettant au service de la société, et faire vivre le message de jésus au coeur de la vie. Je pense à ses hommes et femmes d'engagement qui comprirent que la vie du Christ est une révolte permanente face à la poussière de la tradition quand elle se fait stérilité, un cri face à l'injustice et aux murs du « destin » . Ces gens avec lesquels je n'était pas toujours d'accord mais avec lesquels j'ai discuté, réfléchi et parfois agi. Et je m'inquiète.
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