dimanche, mai 22, 2005

OUI OUI ET SES AMIS AU TRIBUNAL POPULAIRE

N'insistez pas, amis donneurs de leçon de démocratie, défenseurs de la paix des marchands, non, n'en jetez plus, confrères europtimistes aux diktats des moins bandants. Cette fois, ce sera non. Un non mesuré, certes, mais un nom franc à défaut d'être massif.

J'ai pourtant passé une éprouvante semaine à en prendre plein le groin par des collègues et amis qui ont tous fait montre de ce si délicieux terrorisme intellectuel qui envahit nos ondes. On m'a limite traité de facho, si, si, et puis on m'a dit aussi que, ennemi de la paix, je portait déjà les stigmates de la guerre européenne à venir. Les tribunaux populaires fraîchement institués m'ont mêlés aux pires réactionnaires, avec des techniques rhétoriques à faire vomir en saignant du nez un jeune garde rouge.

En substance, mes amis oui-ouistes, de droite comme de gauche m'ont expliqué ceci: que cette constitution inutile et incertaine, ce concentré d'éternité concensuelle était l'aboutissement de l'Europe puissance, le rêve qu'on nous avait vendu jadis de nations soeurs, avant-gardistes sur les fronts de la paix, du développement, et du progrès social.

Le point commun que j'ai avec mes amis oui-ouistes, c'est d'avoir cru, et de croire encore les jours de beau temps, aux états-unis d'Europe. Il me semble que le réalisme politique, celui qui m'a fait voter Chirac contre Le Pen, n'exclut pas un minimum d'ambition politique, ambition mise au rencard par le traité sauce Giscard. On m'a dit, enfin, que dans le projet, le pouvoir est d'avantage au parlement, et que l'on va prendre des décisions à la majorité qualifiée, évitant ainsi la paralysie de l'unanimité. Oui, sauf que l'on se retrouve encore avec un exécutif multicéphale, sauf que le parlement a des pouvoirs toujours très limités face à cet exécutif, et sauf que sur les décisions fiscales et d'affaires étrangères, on sera toujours à l'unanimité. Autant dire qu'une décision européenne quant à la condamnation de la guerre en Irak serait à la merci de la volonté d'un seul état, je ne vous demande même pas de suivre mon regard. C'est sûr qu'après on peut toujours rêver d'une puissance diplomatique.

Puisqu'on en est à la défense commune, j'invite mes euro-oui-ouistes d'amis à jeter un coup d'oeil sur l'article I-41 7 qui offre un blanc-seing total à l'OTAN: cela fera peut-être réfléchir ceux qui me vantaient une indépendance militaire à venir. Bon je passe sur la puissance jamais vue de la banque centrale, face à laquelle l'eurogroupe a un pouvoir Mickey: ça promet vraiment une politique budgétaire ambitieuse...

Je termine par l'argument massue: oui, mais tu veux quoi, alors? Le traité de Nice? Premièrement ce traité nous avait été vendu lui aussi par les oui-ouistes de maintenant comme une avancée fondamentale. Deuxièmement, non, je ne suis pas un fan de ce traité, et j'accepterais avec bonheur un autre, mais si possible un que l'on puisse faire évoluer par la suite. Pas une constitution qui va nous coller aux basques pendant au moins cinquante ans d'après son rédacteur principal (et oui, pour la gicler, il faudra la double unanimité des peuples et des pays... bingo).

Pour toutes ces raisons, je voterai non. Un non réservé, car je comprends les ambitions qui poussent le oui, mais un non tout à la fois de raison et d'ambition. Parce que l'Europe pour moi n'a pas à se vêtir d'oripeaux vaguement symboliques de pouvoir, mais aussi parce qu'elle mérite bien mieux. Je vous invite à lire l'article de Marianne qui explique les raisons du oui et du non de ses journalistes, il est fort intéressante quelque soit votre idée.

Instinctivement, je sens que le oui va passer. Je sais déjà que j'aurai eu tort, démocratiquement parlant. Mais je tenais à défendre mon « non » face à ceux qui m'ont gentiment traîné dans la boue. C'est fait, c'est dit.

jeudi, mai 05, 2005

LES FRANCAIS SONT DES VEAUX (de la Pentecôte)

La droite gouvernementale actuelle a ceci de spécial qu'on la trouve toujours où on l'attendait. Tu es pété de fric? Non, non, te lèves pas, je vais te servir un cadeau fiscal. Tu prendras une tranche de zone franche, où bien une poignée de baisse des droits de successions? Ah, en fait tu es pauvre... ne bouge pas, je vais voir ce que j'ai à la cave comme solution démagogique. Je suis en bas, tu m'entends? Ah! J'ai un machin médiatique, là! Ouais, ton problème c'est... meuh non c'est pas la baisse de la protection sociale, ringard! C'est l' insécurité! Quoi? Ce serait lié à la pauvreté? C'est encore les rouges qui t'ont mis ça dans le crâne? Dégage, où j'te chasse au Flash Ball! Et je t'interdis de te réunir dans mon hall, où je te mets dans un centre fermé! Et vas dire à ta mère qu'elle racollera passivement maintenant! Fils de pute, salaud de pauvre! Et cherche pas à te faire soigner après, j'ai bousill..euh, j'ai sauvé ton système de santé.

Et oui, c'est ça la droite. La bonne vieille politique du pansement, et fluo, steuplai, que ça se voit, et tout. Et ces derniers temps, la droite elle a dit il faut s'occuper des vieux, passe qu'ils ont pris un coup de chaud, la dernière fois, et c'est la faute à la perte des valeurs familiales qu'on s'occupe jamais d'eux, les vieux. Alors comme c'est la droite qu'elle est au pouvoir, on va travailler un jour gratuit comme ça.

Et d'en appeler à la responsabilité. Note du traducteur: à chaque fois que la droite en appelle à la responsabilité et au devoir, ça se caractérise par des mesures antisociales dans la seconde qui suit. Grosso Merdo, les quelques 40% de salariés Français vont s'échiner à l'oeil, ce qui permettra au passage de marquer de façon supposée subtile un retour à l'augmentation du temps de travail. Et d'imprimer dans les journaux aux frais de la princesse une jolie page avec une vioque pour nous tirer la larmiche. La droite a assuré ses arrières comme toujours: pas question de chercher ce pognon solidaire dans les dividendes des actions, dans les flux financiers.

Bilan: une mesurette de charité rebaptisée solidarité, taxée sur le front des salariés, au mépris du droit du travail, d'une juste redistribution des richesses et du simple bon sens, le tout nappé de remise en cause à peine masquée de la réduction du temps au boulot.

Bonne Pentecôte.