De retour de vacances, je n'ai pu que constater avec amertume que les quelques bains de mer et longueurs de piscine que je m'étais imposés n'avaient pas équilibré les chawarmat, ni les couscous-boulettes que j'avais engloutis avec force sauce et appétit.
Putain de métabolisme.
C'est ma ceinture, une bricole à dix dollars fabriquée par des gamines de quatorze ans dans quelque dictature aux normes syndicales souples, un rêve du MEDEF « made in très loin » vendu en France avec une marge incroyable, c'est ma ceinture, qui, telle Phidippidès rendant l'âme en annonçant la victoire de Marathon par un glorieux « nenikekamen ! », c'est ma ceinture, dis-je, qui annonça ma prise de poids en rendant l'âme, elle, dans un moins glorieux craquement, façon « nik oummok ».

Chômeur fauché, retrouvant dans la déprime les 19° en août de notre climat tempéré, chômeur déprimé et maintenant en surpoids matériellement avéré, je me rendais, la mort dans l'âme, dans une de ces boutiques de fringues dont les marges insolentes assurent l'insultant monopole d'activité de la sape sur Paname (cherchez un boulanger à Rivoli, pour voir...). Face à moi, un râtelier de ceintures de toutes marques. Bien souvent, la seule différence entre les modèles est la griffe plus ou moins tape-à-l'oeil sur la boucle...et le prix. Et là, on atteint des summums. On passe de 15 à 110€ pour la même qualité.
Je venais de mettre la main sur l'inflation cachée. Les rouages de notre système marchand sont si logiques qu'en en tirant un bout, on a tout qui vient: mais qu'est-ce qui pouvait bien justifier ce prix indécent? Quand j'étais petit, entendez il y a dix ans, on justifiait ce genre de saut de prix (à l'époque un simple doublement, bien ridicule en comparaison du marché actuel) par un argument plus ou moins avéré: la qualité. On payait ce jean ou ces chaussures deux fois plus cher, au prétexte parfois vérifié que l'article allait durer plus longtemps. Ma foi, j'ai vu plus con comme raison.

Mais aujourd'hui, quand on achète un jean fabriqué par un styliste de sous-vêtements, des lunettes de soleil signées par le roi des tailleurs pour vieilles, ou un lecteur mp3 virgulé par un équipementier sportif, faudrait être bas de plafond pour y chercher qualité, efficience et durabilité. Non, c'est autre chose qui se vend. Une image, un style. Je ne parlerai pas de l'absurdité de claquer un sixième de SMIC pour une paire de baskets qui durera trois mois quand on ne fait pas de sport (merde, je viens de le faire), et pour la fluidité de mon monologue, je vais admettre (à mon dégoût) l'importance démesurée conférée au paraître. Le prolo et le bourge payent très cher des choses fabriquées pour que dalle, parce qu' il leur tient à coeur d'être « bien sappés ». J'admets, donc.
Après tout, dans l'histoire occidentale, nombreuses furent les périodes de faste vestimentaire: de la cour de Versailles aux dandys, que d'efforts, de recherche de style, de variations. A une énorme différence près d'avec maintenant: le souci de l'originalité. Et là, en ce moment, on peut chercher longtemps. Les gens portent tous les deux ou trois mêmes marques de baskets (le modèle clownesque en tissu à bout blanc étant un exemple typique de ce genre de raz de marée).
De la caissière à la fille de notaire, la même course à la banalité. Avec un facteur immense d'uniformisation: les multinationales de l'habillement, qui vendent les mêmes modèles au quatre coins du monde. Avec l'aberration de gens subissant plutôt que créant une mode qui se résume de plus en plus à de ridicules logos exhibés. Il est toujours amusant de constater, par exemple, que les grandes maisons de couture créent leur prestige à chaque défilé pour finalement faire le gros de leur marge sur des produits dérivés. Le voilà, le tour de force: vendre une image de luxe au vulgaire. Mais somment faire croire au gogo qu'il achète encore du luxe s'il retrouve les mêmes griffes dans la queue du MacDo?
Une fois, j'ai vu dans le métro deux types en train de se filer moulte mornifles et mandales. L'un d'eux, à court d'insultes et cherchant l'humiliation la plus puissante, acheva sur un « t'as même pas 20 € de fringues sur toi » (texto!) qui se voulait cinglant, ce pitoyable et contre-productif pugilat inter-prolétaire. Le fric, toujours le fric. La voilà la solution pour vendre l'invendable.

Il suffit alors d'appliquer une recette testée sur le marché des cosmétiques: vendre cher. Personne n'achèterait une crème de jour bon marché. Et bien c'est exactement ce qui se passe avec les fringues. Le prix s'auto-justifie: c'est cher, donc c'est bien...donc c'est cher. Que ça marche avec les ados, passe encore (en mon temps, j'ai moi-même saoulé mes parents pour une paire de Naïque). Mais d'avoir réussi à plonger tous les segments de la population dans cette dictature de la banalité boutonneuse, la voilà l'immense réussite du marché.
Et ma ceinture alors? J'ai pris la moins chère des plus banales. J'ai payé 25 euro pour une connerie qui a du coûter deux euros en matières premières, main d'oeuvre et logistique. J'ai engraissé de gros connards intermédiaires et détaillants qui vivent de la misère du monde et de la bêtise universelle, qui bâtissent les rêves bas de gamme avec du vent et de la sueur d'ouvrière asiatique. Je vais me faire un pt'it casse-dalle, tiens, ça me remontera le moral.
Putain de métabolisme.
C'est ma ceinture, une bricole à dix dollars fabriquée par des gamines de quatorze ans dans quelque dictature aux normes syndicales souples, un rêve du MEDEF « made in très loin » vendu en France avec une marge incroyable, c'est ma ceinture, qui, telle Phidippidès rendant l'âme en annonçant la victoire de Marathon par un glorieux « nenikekamen ! », c'est ma ceinture, dis-je, qui annonça ma prise de poids en rendant l'âme, elle, dans un moins glorieux craquement, façon « nik oummok ».

Chômeur fauché, retrouvant dans la déprime les 19° en août de notre climat tempéré, chômeur déprimé et maintenant en surpoids matériellement avéré, je me rendais, la mort dans l'âme, dans une de ces boutiques de fringues dont les marges insolentes assurent l'insultant monopole d'activité de la sape sur Paname (cherchez un boulanger à Rivoli, pour voir...). Face à moi, un râtelier de ceintures de toutes marques. Bien souvent, la seule différence entre les modèles est la griffe plus ou moins tape-à-l'oeil sur la boucle...et le prix. Et là, on atteint des summums. On passe de 15 à 110€ pour la même qualité.
Je venais de mettre la main sur l'inflation cachée. Les rouages de notre système marchand sont si logiques qu'en en tirant un bout, on a tout qui vient: mais qu'est-ce qui pouvait bien justifier ce prix indécent? Quand j'étais petit, entendez il y a dix ans, on justifiait ce genre de saut de prix (à l'époque un simple doublement, bien ridicule en comparaison du marché actuel) par un argument plus ou moins avéré: la qualité. On payait ce jean ou ces chaussures deux fois plus cher, au prétexte parfois vérifié que l'article allait durer plus longtemps. Ma foi, j'ai vu plus con comme raison.

Mais aujourd'hui, quand on achète un jean fabriqué par un styliste de sous-vêtements, des lunettes de soleil signées par le roi des tailleurs pour vieilles, ou un lecteur mp3 virgulé par un équipementier sportif, faudrait être bas de plafond pour y chercher qualité, efficience et durabilité. Non, c'est autre chose qui se vend. Une image, un style. Je ne parlerai pas de l'absurdité de claquer un sixième de SMIC pour une paire de baskets qui durera trois mois quand on ne fait pas de sport (merde, je viens de le faire), et pour la fluidité de mon monologue, je vais admettre (à mon dégoût) l'importance démesurée conférée au paraître. Le prolo et le bourge payent très cher des choses fabriquées pour que dalle, parce qu' il leur tient à coeur d'être « bien sappés ». J'admets, donc.
Après tout, dans l'histoire occidentale, nombreuses furent les périodes de faste vestimentaire: de la cour de Versailles aux dandys, que d'efforts, de recherche de style, de variations. A une énorme différence près d'avec maintenant: le souci de l'originalité. Et là, en ce moment, on peut chercher longtemps. Les gens portent tous les deux ou trois mêmes marques de baskets (le modèle clownesque en tissu à bout blanc étant un exemple typique de ce genre de raz de marée).
De la caissière à la fille de notaire, la même course à la banalité. Avec un facteur immense d'uniformisation: les multinationales de l'habillement, qui vendent les mêmes modèles au quatre coins du monde. Avec l'aberration de gens subissant plutôt que créant une mode qui se résume de plus en plus à de ridicules logos exhibés. Il est toujours amusant de constater, par exemple, que les grandes maisons de couture créent leur prestige à chaque défilé pour finalement faire le gros de leur marge sur des produits dérivés. Le voilà, le tour de force: vendre une image de luxe au vulgaire. Mais somment faire croire au gogo qu'il achète encore du luxe s'il retrouve les mêmes griffes dans la queue du MacDo?
Une fois, j'ai vu dans le métro deux types en train de se filer moulte mornifles et mandales. L'un d'eux, à court d'insultes et cherchant l'humiliation la plus puissante, acheva sur un « t'as même pas 20 € de fringues sur toi » (texto!) qui se voulait cinglant, ce pitoyable et contre-productif pugilat inter-prolétaire. Le fric, toujours le fric. La voilà la solution pour vendre l'invendable.

Grisbi rules, flouze rocks!
Il suffit alors d'appliquer une recette testée sur le marché des cosmétiques: vendre cher. Personne n'achèterait une crème de jour bon marché. Et bien c'est exactement ce qui se passe avec les fringues. Le prix s'auto-justifie: c'est cher, donc c'est bien...donc c'est cher. Que ça marche avec les ados, passe encore (en mon temps, j'ai moi-même saoulé mes parents pour une paire de Naïque). Mais d'avoir réussi à plonger tous les segments de la population dans cette dictature de la banalité boutonneuse, la voilà l'immense réussite du marché.
Et ma ceinture alors? J'ai pris la moins chère des plus banales. J'ai payé 25 euro pour une connerie qui a du coûter deux euros en matières premières, main d'oeuvre et logistique. J'ai engraissé de gros connards intermédiaires et détaillants qui vivent de la misère du monde et de la bêtise universelle, qui bâtissent les rêves bas de gamme avec du vent et de la sueur d'ouvrière asiatique. Je vais me faire un pt'it casse-dalle, tiens, ça me remontera le moral.

4 commentaires:
Ton blog, il est en accès libre, donc il est gratuit donc il est pas bien, parce que si il était bien, y serait payant.
Ouais, tu ferais mieux d'en faire un blog payant avec des recettes minceurs (à base de boulettes et de pizzaaaaaaaaaaa).
Tout ce qui est rare est cher.
Un cheval bon marché, c'est rare...
Donc, un cheval bon marché, c'est cher.
Et dire qu'au marché de Clignancourt t'aurais payé la même ceinture 5€... Les frais généraux de Traoré sont mieux optimisés que ceux de Gap.
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