mercredi, juin 11, 2008

Bon baisers de Jésus

Quelle est la proportion de gens que notre société peut accepter d'écraser, si c'est pour le confort d'une majorité et pour la prospérité générale?


Ce n'est pas une question d'humaniste mièvre, ce n'est pas un hoquet misérabiliste de nanti, ni un remord facile sur la misère mise en spectacle. C'est la question de politique intérieure qui devrait être posée à tous les dirigeants de nos pays riches: des pays d'où misères, épidémies et guerres de masse sont écartés judicieusement en même temps que l'on en délocalise le prolétariat (regardez bien, vous verrez c'est lié).


Pour 80% de notre population, les grands fléaux sont éloignés. Et au nom de cet équilibre, on nie la misère des quelques autres. Mais au nom de qui pouvons nous sacrifier quelques uns pour le bonheur des masses? Et je n'exagère pas: c'est ce genre de calcul que l'on fait quand on brise des vies de familles sans papier au nom d'un équilibre économique supposé pour la majorité. C'est ce calcul que l'on fait quand on empêche le droit opposable au logement à quelques uns pour ne pas toucher à l'ordre de la propriété.



Une classe de parias diabolisés et maltraîtés par tout l'appareil d'état sert de repoussoir, de main d'oeuvre bon marché, de défouloir à la majorité. Manouches, migrants, putes, clodos, taulards: Songez qu'au vingt et unième siècle, un maire d'Alsace s'est permis d'incendier lui même un camp de gens du voyage. Voyez la brutalité quotidienne avec laquelle sont traités les prisonniers, le mépris de l'administration pour l'immigré, voyez les flics parler aux prostituées et aux sans-papiers, voyez l'ordre écraser les précaires. Vous comprendrez de quelle violence physique aux relents fascistes un Etat qui se veut représentatif d'une majorité tranquille est capable.


Ce que j'aimerais entendre, c'est un peu d'honnêteté : qu'on me le dise clairement, que l'électorat déteste les parias, ou qu'au mieux le citoyen s'en fout. Que s'il faut en frapper un pour que les neuf autres soient heureux ,il n'y a que ça à faire. Ce serait clair, pour une fois.



Moi, je n'ai pas ce cynisme et je ne me permets pas d'additionner et de soustraire les destins. Parce que c'est là la clé du totalitarisme, comme l'a montré magistralement Koestler dans son « Zéro et l'infini ».


Les combats qui semblent à la marge sont parfois essentiels, et ont un caractère de changement qualitatif . Voyez l'abolition de la peine de mort: elle ne concerne directement au fond que peu de personne. Mais, et même si on reste lucide sur ce qui reste à faire, il faudrait être un sectaire forcené pour ne pas sentir la profondeur de ce combat.


C'est à cette lumière qu'il faut entendre les mots déchirants du Christ, mots que la mièvrerie des églises a cherché à amoindrir:"Chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits qui sont mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait" (de mémoire, lol, ça doit être Mt 25,31-46) .



Alors je le sais, ayant baigné dedans, la critique qu'on me fera de l'humanisme, au nom de Foucault, au nom de la froide analyse de la situation. Je sais aussi combien cette critique est fondée, tant l'humanisme flou participe au maintien du système.


Mais... j'assume!

1 commentaire:

Anonyme a dit…

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