mardi, août 19, 2008

DESARMER LE POUVOIR

La grosse erreur des gens biberonnés au marxisme, c'est de croire (ou d'avoir cru, pour ma part), qu'une cause légitime peut employer des moyens qui la dépassent.


Mettons que vous fassiez la révolution.


Vos spécialistes de la sécurité et de la stratégie vous disent qu'il faut mettre en place une police politique pour la défendre. Vous le faites ou pas, sachant qu'il s'agit de la survie de votre révolution? Vos scientifiques vous proposent d'expérimenter une bombe capable de vitrifier vos ennemis. Vous acceptez, vous refusez, sachant que tout vous pousse à la course aux armements? Vos économistes vous montrent comment exploiter à l'extrême vos ressources pour votre guerre économique. Vous appliquez, ou pas, au risque de compromettre les espoirs économiques de votre pays?



Ce sont de vraies questions, les seules vraies que devraient se poser ceux qui veulent changer les choses. Suis-je prêt, pour défendre ma révolution, à créer un KGB, Une « Tsar-Bomb », et un Tchernobyl, pour ne citer que les trois conséquences des trois questions citées plus haut? On balayera ma question d'un revers de main, en me disant que ces questions s'appliquent dans un Etat totalitaire et non dans nos bonnes démocraties (en faisant fi, par ailleurs de nos mornes lendemains bonapartistes de révolution).


Et là, c'est trop facile. Nos sociétés créent elles aussi des choses qui les dépassent, des sources d'aliénation. Imaginons, chose improbable: vous êtes de Gauche, vous prenez le pouvoir par les urnes. Pour la grandeur de la France, allez vous maintenir une armée et une bombe atomique d'un autre âge? Pour le rayonnement de votre économie, allez vous maintenir les réseaux françafricains, par exemple, et par là devoir vous coltiner des Denard et des Foccart? Allez vous maintenir des choix d'agriculture productiviste et aliénante et par là toujours plus « intégrer » (et donc industrialiser) une agriculture de moins en moins autonome? Allez vous, pour la sécurité des citoyens, organiser un vaste plan fichage et caméras et renforcer une police liberticide?



Comprendre que ce que l'on fait peut nous aliéner, nous dépasser, nous enfermer, c'est comprendre nos limites. C'est faire un pas de côté dans la folle course au « Progrès » qui se chante lui même. Il s'agit de comprendre que, si l'on « peut » tout faire (s'acheter une crème glacée XXL, investir dans la bombe atomique, créer des bagnoles qui vont de plus en plus vite), on ne doit pas tout faire, même au nom des idoles que peuvent être l'Etat, le Progrès, et même la Révolution.


Les gens qui sauront s'auto-limiter ne sont pas ceux qui savent déployer une ambition hors norme pour prendre le pouvoir. Ce ne sont ni les Bonaparte, ni les Sarkozy, ni les Lénine, obsédés qu'ils sont par leurs chimères. On me répliquera que seuls ces gens là ont l'ambition de gouverner, et s'en donnent les moyens. Je répondrai que le savoir gouverner, ça s'apprend. Et ça s'apprend en diminuant les échelles du pouvoir, en faisant tourner les postes, en pouvant révoquer les élus, en décidant en assemblée...en gouvernant, quoi. En comprenant que le pouvoir est notre affaire à tous, et pas seulement affaire de spécialistes et technocrates. Cela ne s'apprend pas pendant ces shows qu'on appelle les élections, ou des politiciens s'auto-proclament « spécialistes » du bon gouvernement, et qui par là troquent notre liberté d'un jour de vote contre l'efficacité de cinq ans de mandat.


Ca s'apprend en désarmant les pouvoirs, même les plus légitimes.



Pour finir, pour éviter de ce poser les trois douloureuses questions citées plus haut, (est-ce que je crée une police, une bombe, une armée...un Etat pour sauver ma révolution) il y avait peut-être un moyen...en tenant la promesse de donner le pouvoir aux conseils des travailleurs, plutôt qu'en le centralisant pour faire un ènième Etat aliénant, par exemple. A méditer, peut-être, aux heures Bolivariennes de la révolution Chaviste...


dimanche, août 10, 2008

LIMITES

J'ai découvert Albert Camus il y a une dizaine d'années, comme sur le tard, malgré moi. Et ses textes courts, nouvelles comme essais, ne m'ont depuis jamais vraiment quitté.


Pas de bol: Camus est « trop philo » pour être lu en cours de Français, « trop lettreux » pour être étudié en Philo; J'ajouterais que son positionnement politique et son opposition à Sartre l'ont certainement desservi, bien qu'il reste un des auteurs préférés des Français.


C'est Camus qui m' a appris ce que c'était qu'être un homme sous un ciel vide de Dieu, qui m'a appris le sens de l'engagement et l'épaisseur que donne au présent notre finitude, qui m' a appris a aimer la condition d'homme, malgré tout.


Dans le recueil de textes « l'été », qui suit les « Noces » chez Folio, il y a un très court essai, qui s'appelle « l'exil d'Hélène » et qui m'avais profondément touché.



Camus nous y explique que nous ne sommes pas les fils spirituels des Grecs, comme nous le prétendons, mais plutôt ceux des romains:


« La pensée grecque s'est toujours retranchée sur l'idée de limite. Elle n'a rien poussé à bout, ni le sacré, ni la raison, parce qu'elle n'a rien nié, ni le sacré, ni la raison.(...) Notre Europe, au contraire, lancée à la conquête de la totalité, est fille de la démesure. ».


Amer constat: « Nous avons conquis à notre tour, déplacé les bornes, maîtrisé le ciel et la terre. Notre raison a fait le vide. Enfin seuls, nous achevons notre empire sur un désert. »


Les limites: quel mot serait moins sexy, dans un contexte idéologique de progrès infini et de dépassement technique! L'émulation de la guerre froide nous a fait envoyer des hommes sur la lune, et, elle a permis, pour citer de nouveau Camus, « que des peuples enfants, héritiers de nos folies, conduisent aujourd'hui notre histoire ». Démesure des temps de l'atome, où « nous allumons dans un ciel ivre les soleils que nous voulons ».


Beaucoup de mes interrogations politiques datent de cette époque, et portent le sceau de l' « Exil d'Hélène ». C'est de là que je me suis mis aussi à interroger notre maîtrise du monde, notre absolue division du travail, notre folle course à l'accumulation et à la puissance. Et, lisant avant-hier après l'avoir entendue une entrevue entre Castoriadis et Mermet sur l'insignifiance, c'est à ce texte de Camus que je revenais en pensée quand je lus Castoriadis parler des limites:



« L'imaginaire de notre époque, c'est l'imaginaire de l'expansion illimitée,c'est l'accumulation de la camelote: une télé dans chaque chambre, un micro-ordinateur dans chaque chambre...c'est cela qu'il faut détruire. Le système s'appuie sur cet imaginaire qui est là et qui fonctionne. (...) La liberté, c'est l'activité. Et c'est une activité qui, en même temps, s'auto-limite, c'est à dire sait qu'elle peut tout faire, mais qu'elle ne doit pas tout faire ».


Cette entrevue est l'objet d'une émission de Daniel Mermet téléchargeable sur le site « La-Bas » (cliquez ici), et trouvable en texte aux éditions de l'aube.


Bon été à tous!


jeudi, août 07, 2008

Sarkoz'toujours...tu m'intéresse plus.

Vous vous souvenez comme notre président s'était tortillé dans tous les sens pour nous dire que, s'il irait certainement en Chine, ce serait au prix d'une entrevue avec le Dalaï Lama?


Et bien notre président va servilement en Chine...


...Et, conformémént aux injonctions de Pékin, il ne verra pas le Dalaï Lama.


Comment voulez-vous qu'on respecte un homme qui ne tient même pas les promesses qu'il fait pour excuser ses bassesses?


vendredi, août 01, 2008

JO DE MEEEEERDE!

Les journalistes se plaignent: ces méchants chinois interdiront aux journalistes étrangers l'accès de certains sites web dissidents. Mais que les zélateurs de la « grande fête de la jeunesse » (ach zo!) se rassurent: les mêmes chaînes qui crient au scandale...seront dans quinze jours fières de vous diffuser les JO!


Parlons en de la grande fête: qu'est ce qu'on veut nous faire croire pour nous faire avaler les Jeux? Que c'est une chance d'ouverture, que c'est une fête de la paix, une sorte de trêve universelle des dominations.

Ouverture? Désolé pour ceux qui y croient et me disaient que le boycott représentait la fermeture, mais...l'acceptation n'a rien donné! Même ses contempteurs d'hier s'en plaignent!


Paix? Les JO de Pékin sont une formidable opération de com patriotique et populiste pour le régime autoritaire et crétinisant qui se dit encore communiste (les enfoirés), qui prétend soutenir l'Afrique en arrêtant les noirs dans les rues de Pékin (les sales racistes). Un peu de mémoire, et on se souviendra sans peine que les JO de Berlin en 36 ont mené à tout... sauf à la paix.


Trêve universelle des dominations? J'apprends avec délice que des sportives iraniennes et égyptiennes courront voilées: ce qui restait de correct et de valable dans l'universalisme béat qui sous-tend l'olympisme a donc bel et bien disparu.


Les JO de Pékin, c'est la sainte alliance de la dictature (se disant encore démocratique et populaire), de la réaction (patriotique et rétrograde avec voilette), de médias sans couilles (qui chialent, mais en continuant de diffuser) et du capital (qui sponsorisera tout cela comme si de rien était). Les supporters de ce bal des faux culs, toujours du bon côté du manche, s'étaient foutus de ma gueule quand je parlais du Boycott. J'aurais été ridicule, à l'époque, avec mes solutions qui « ne servent à rien » et « ne changent rien ». Qu'ont ils changé, eux? A qui ont-il servi, à part au CIO et à sa mauvaise foi, aux sponsors et au PC chinois? De quel « réalisme » parle-t-on, quand le moindre effort (celui, peu coûteux, de ne pas cautionner cette merde) n'est même pas fait?


Sûr qu'avec ce type de raisonnement, pas grand chose de positif ne ce serait passé dans l'histoire.


Bon été à tous.