mercredi, septembre 24, 2008

INVENTAIRE

Après avoir passé ces six premiers jours à mettre des étiquettes de prix sur l'ensemble de la création, après avoir privatisé la poste, organisé le brevetage de toute connaissance, de toute espèce, après avoir vendu à la découpe aux « majors » de la musique le chant des baleines, celui des oiseaux et le son des vagues, après avoir légiféré sur le prix des mères porteuses, après avoir vendu les couchers de soleil aux tour-opérators, classés les pays par PIB croissant, après avoir sous-traité le rêve à Luc Besson et l'Idéologie à BHL, après avoir mis des codes-barres sur les employés qui mettent les codes barres sur les codes barres, après avoir vendu la première bouteille de coca au dernier des aborigènes, après avoir monétarisé tout service à la personne, marchandisé la vie en communauté aux club-med et aux thérapies de groupe, dealé le plaisir à Canal + un samedi par mois et vendu la jeunesse à la Star'Ac...


...Le grand horloger-caissier du monothéisme libéral contempla sa création, classée, étiquetée, pucée, emballée, jaugeable, mesurable, échangée ou reprise, et il vit que les étalages étaient bien ordonnés, les stock de vie bien flux-tenduïsés et sous-plastique, les rêves lyophilisés et conditionnés et l'avenir réglable en dix mensualités; il jeta un oeil sur le Hangar Univers, éteignit la lumière, tira le rideau de Fer.


Dans l'ombre permise des néons enfin éteints, la marchandise-vie étouffée de plastique et d'antivols perdit cette nuit la force de penser et de rêver.


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