vendredi, octobre 31, 2008

Action directe: quelle justice?

Moi, les gens d'action directe, je ne les comprendrai jamais.


On aura beau me dire que c'était l'époque qui était à la violence, je les place au même niveau que les Brigades Rouges ou que l'armée rouge japonaise: parmi ceux qui ont pris de l'anarchisme et du léninisme les aspects les plus rétrogrades et contre-productifs. Obtuse avant-garde qui pense rallier les « masses » à coups d'assassinats, dérive prétentieuse et erronée de mouvements de luttes des classe qui, dans son culte morbide de l'action violente, reprend la fibre bestiale et indistincte des bourreaux: rien à voir avec l'intelligence de mouvements comme lottà continua, le mouvement italien au front plus large, à la violence toute relative, et à l'ancrage populaire plus évident; ni même avec les considérations de la première vague de la fraction armée rouge, (avant les délires avec Carlos) qui agissait comme en « état de guerre » avec les forces de l'ordre Américaines Vietnamicides et leurs séides Fédéraux allemands.


Tout ça pour dire que je ne les aime pas vraiment. Et pourtant...



Ennemis de l'Etat, ils ont purgé de lourdes peines, aggravées par les maladies de certains de leurs membres. Certains parlent d'un « deal » plus ou moins tacite que l'état leur aurait proposé: reconnaissez vos torts, et la justice sera plus clémente et réduira vos peines. Irrecevable, on le comprend aisément. Cette ambiance de « vengeance d'état » donne une dimension politique à un enfermement jusqu'au-boutiste d'un autre temps. La récente remise en tôle de Rouillan en est la preuve: il a suffit qu'il dise dans une interview que la violence est parfois un passage obligé des révolutions, (mais qui donc dans la France fille de 1789 pourrait dire le contraire??), pour que ceci soit pris comme une violation des conditions de sa semi-liberté. Un tel arbitraire fleure bon le XIXème siècle.



Mais je terminerai par une comparaison qui me semble évidente, et qui, à mon sens, témoigne du caractère profondément politique et injuste de l'acharnement contre ces « soldats perdus » des années 70 – 80. Que l'on songe à l'organisation Armée Secrète, l'OAS, qui fit régner la terreur au début des années soixante au nom de l'Algérie Française. L'historien français Rémy Kauffer estime que l'OAS aurait tué entre 1 700 et 2 000 personnes Et bien dès 1964 (soit deux ans seulement après la fin de la guerre!)les prisonniers condamnés à des peines inférieures à quinze ans de détention sont amnistiés. En mars 1966, une centaine de condamnés sont graciés et, trois mois plus tard, une seconde loi d'amnistie efface les condamnations des condamnés libérés.En juillet 1974, une amnistie complémentaire efface d'autres condamnations pénales. En décembre 1982, les officiers survivants sont réintégrés dans les cadres de l'armée par une nouvelle amnistie. En 1987, une loi sur les rapatriés amnistie les dernières condamnations encore effectives. (données accessibles sur la page OAS de wikipedia).



Leur a-t-on ordonné de demander pardon? Les a-t-on remis en prison quand certains d'entre eux on rejoint l'extrême droite, en revendiquant haut et fort leurs combats d'hier? Non. Comme quoi l'Etat sait être clément, quand ses ennemis ont le bon goût d'être de droite et de ne pas trop remettre en cause l'ordre établi.


Cette comparaison se passe d'analyse supplémentaire: il faut en finir avec l'acharnement étatique sur les anciens d'Action Directe.


Au nom même de la justice.


lundi, octobre 27, 2008

Concerto Nominal pour trois Opiums

Laisser l'état créer des monstres plus fort que lui, laisser le marché bâtir des cathédrales de cartes, laisser la religion forger l'avilissement par la bêtise et la répression. Etat, religion, marchés. Combien d'hommes et de rêves sacrifiés à ces Moloch?


L'Etat: celui qui au nom de son propre rayonnement fait le ménage dans son pré-carré africain, déploie d'inutiles et nuisibles forces armées, développe des programmes nucléaires civils capables de pourrir des régions entières au moindre pet de travers. L'Etat et ses prisons, ses armées, ses enjeux hors d'échelle, ses coups tordus, ses connivences et ses centrales nucléaires.


Le marché, abandonné à lui même, dont même les économises classiques ont démontré l'instabilité. Le voici, le marché, enfantant des chimères virtuelles aux gains (pour ses valets) et aux pertes (pour nous tous) bien réelles. Le marché religion, devenu capitalisme avec ses logiques,ses enjeux qui dépassent états et individus. Jusqu'à l'absurde.


La religion, dernier rempart des victimes, qui étend ses barbes chez les prolos. Damnés de Karachi, Finsburry Park et du Métro Couronnes, pronant le retour à la case septième siècle sans toucher 20 000 francs. Pauvres de Sarcelles, du XIXème arrondissement et de Jérusalem en toque à fourrure et chapeaux noirs avec bouclettes, colons abrutis brandissant un vieux livre et un fusil pour quelques arpents de terre qui ne leur appartiennent pas. Vicaires intégristes revenant au Latin suivis par des puceaux sans capotes, prêtres russes canonisant les tsars et sanctifiant la guerre de tchétchénie, sous l'oeil attendri des oligarques et des mafieux dans une Russie qui crève de fin. Prêcheurs fous du Midwest niant jusqu'à l'évolution et l'histoire face aux prolétaires aliénés de la Bible Belt.


Etat, marché, religion: fausses solutions, vrais poisons.


lundi, octobre 20, 2008

Pas d'espoir pour Adso

J'ai certainement semblé à certains désespéré dans mon dernier billet, et je crois qu'il me faut clarifier les choses.


La situation est réellement désespérée.


Rien de bon ne peut sortir de ce système de dingues, et il faudrait être clairement utopistes ou inconscients pour croire qu'on pourra tenir longtemps avec de tels écarts de richesse, une telle capacité accumulée à détruire et un tel épuisement des ressources.

De même il faut être gentiment timbré pour imaginer que tout s'effondrera en prenant la Bastille ou le palais d'hiver.


Je ne verrai pas la chute de la grande machine à aliéner, à tuer et à exploiter.


Tout au plus puis-je espérer que, ça et là, les foyers révolutionnaires maintiendront ce qu'il faut de vie et d'idées pour que le printemps refleurisse, plus tard. C'est ce qui fait le prix d'initiatives microscopiques, ce qui fait la valeur d'un seul enfant sans papier non expulsé, la richesse d'un seul hectare de Chiapas libre, la beauté de dix kilomètres sur douze de Commune de Paris, ce n'est bien sûr ni la taille ni l'efficacité de ces réalisations, mais le souffle immense qu'elles donnent et ont donné à toutes les luttes.


Notre génération et condamnée à réinventer, à ressemer les idées de demain, c'est là son « métier d'homme ». Mais ce travail est après tout aussi exaltant que la révolution elle même. Fuir, créer, éviter la casse. Préserver ce qui peut l'être, lutter malgré tout, pied à pied.


C'est cela qui donne sens à la Gauche, en dépit de ses échecs. C'est là, dans ce refus envers et contre les diktats du monde, dans ce « non » que réside notre fibre la plus humaine, la beauté et le sens que l'on peut donner à sa propre histoire.

mardi, octobre 14, 2008

boulechitte

Bon: maintenant qu'on sait les sommes folles que les états peuvent débloquer pour sauver le système bancaire au mépris des austères règles de déficit qu'ils s'était si bien fixées, on va pouvoir rigoler en toute honnêteté la prochaine fois qu'on nous dira que les caisses sont vides.

Quand le citoyen lambda verra que le pognon de ses clopes et de son demi passent dans des réductions d'impôts pour les riches, dans de la prime à la Loose pour banquiers qui avaient bien profité des bulles, et dans tout un tas de connerie sécuritaires inutiles, incertaines et même néfastes aux libertés, quand ce citoyen aura été baisé jusqu'à la moëlle par un système qui veut le « responsabiliser » à coups de politique antisociale, alors...

Alors viendra peut-être le temps d'envoyer chier toutes ces conneries.

Je sais pas très bien lire le russe...'croyez que le serveur a pigé la commande?

Ces conneries de besoins bidons que les pauvres ne peuvent se payer qu'à crédit, ces conneries sécurocrates qui font vendre du Taser, ces conneries étatiques qui se ridiculisent en cherchant une grandeur perdue.

Guerre, religion, propriété, Police, mutualisation des pertes, privatisations des profits. Tout y est, comme au bon vieux temps du XIXème siècle...les tests ADN en plus.

Et l'espoir, alors?

L'espoir est pour un peu dans les actions directes du tissu associatif (RESF, Bové, lutte anti nucléaire, Droit au logement, don Quichottes...) et pour beaucoup dans la fuite, le retrait; un repli stratégique pour réinventer le monde, avec des initiatives autonomes. Si j'en avais un, pensez bien que je vous donnerais mon « programme de transition », mais ça fait longtemps que je ne monte plus mes utopies sur plan, en kit.

Je me répète, je le sais. Mais je le fais tellement moins que ce système qui annone croissance, croissance, croissance, profits, profits, profits, sécurité, sécurité, sécurité...


L'espoir est dans les petites zones d'autonomie temporaires à caractère plus ou moins insurrectionnel; C'est là que nous rebâtirons une véritable culture révolutionnaire, par et pour les pratiques.


Dans cet espoir, il y a des universités populaires, des squats, des associations, des grèves, de l'auto-gestion, des communautés rurales, des AMAP, des maquis mexicains, des occupations du toit du MEDEF, des entarteurs, des Yes-Men, des luddites, des flibustiers, des déseteurs de la guerre d'Irak, des Rainbow warriors, du Larzac, du mai (rampant ou 68), de la réappropriation de bouffe dans les supermarchés, de la fête, du wiki, des Franciscains contre les CRA et du vin bio.


Rien ne suffit dans cette liste, ni ne fait système.


Tout est possible.