samedi, novembre 15, 2008

Tiqqun du train...chagrin.

On peut lire un peu partout des dépêches d'agence de presse sur les bourgeois de l' «Ultra Gauche », « terroristes anarcho-autonomes », membre d'une « mouvance », responsables présumés des récents actes de sabotage sur le réseau SNCF.

quelques faits tout d'abord: il semble, conformément aux rumeurs que j'avais pu entendre, que les fameux gauchistes arrêtés à Tarnac soient les membres du groupe/revue « Tiqqun », dont j'avais lu dernièrement l'étrange « appel ». J'avais acquis dans la foulée, aux éditions de la fabrique le manifeste du comité invisible, de la même veine ( les mêmes, certainement).

Qui sont ces gens? Un bon article de rue89 en brosse un portrait; lisez le, si vous souhaitez avoir un peu plus de précisions qu'en regardant le 20h, il n'est pas mal foutu. Pour résumer, ce sont des types qui s'inscrivent dans la suite du situationisme et de sa critique de la société spectaculaire marchande. Ce qui n'est pas si mal. On ne peut pas dire que ce soient des tueurs sanguinaires, et ils ont pu donner des analyses intéressantes sur la rupture d'avec le système, la misère du statut du militant ou de son symétrique, l'activiste. Le tout, il est vrai, enveloppé dans un style super pompeux, qui ne fleure pas vraiment la modestie et qui se croit à la tête d'une avant-garde éclairée (les fantômes du léninisme hantent toujours la noosphère de gauche), le tout servi dans des relents messianiques d'un autre temps.

Des gens assez spéciaux, donc, mais très appréciés des habitants de la campagne qu'ils avaient rejointe et loin d'être les décérebrés violentissimes qu'on nous présente. Un peu cons, à mon sens, s'ils ont réellement fait ça: il me semble en effet qu'il y a plus urgent que de saboter vainement une ligne électrique, qu'il y a mieux à faire pour bouger les lignes, sans mauvais jeu de mot (désolé).

Une nouvelle lecture pour les services...

Cependant ce « vaste coup de filet dans les milieux de l'ultra-gauche » s'est soldé par une recrudescence de la pression policière sur les squatteurs, les autonomes et les libertaires de tout crin. Des proches, plus au fait de ces groupes, m'avaient témoigné de la montée en puissance de la paranoïa RG-èsque, des dérives en matière de perquisition, de fichage, de filatures. Et les communiqués du ministère de l'intérieur geignaient depuis longtemps sur une « menace anarcho-autonome », retransmis sans plus d'analyse par les médias. La lecture des hebdos de droite était édifiante à ce propos. Il n'y a pourtant pas eu d'attaques aux personnes par des extrémistes de gauche depuis des années (pas de tir sur le président, de radar qui saute, par exemple...), mais si vous lisez la presse de droite, la gauche extra-parlementaire, c'est limite Al Qaida, avec des branches internationales et tout le bordel.

Je passe sur les étranges commentaires des journalistes sur le fait que les 9 interpellés « sont tous de niveau bac +5 », et que leur chef « roule en Mercédès », qui tiennent, en termes d'analyse politique, de la conversation de machine à café un lundi matin.

On en est quand même pas là!

Les « terroristes » tombent finalement à pic pour l'Etat: leur attaque assez lamentable du réseau ferré s'est muée en curée sur tous les mouvements contestataires de gauche, les derniers qui pensaient autrement qu'en terme de démocratie de partis, de croissance économique et de productivisme forcené. Les derniers qui cherchent à dépasser l'horizon de la démocratie parlementaire . Les derniers qui s'opposent réellement à la violence du système. Et pendant que notre police chasse la tente de SDF à coup de matraques (1), pendant qu'un maire fait foutre le feu à un camp de roumains (2), pendant que notre police raffle les familles de sans-papiers, pendant que nos forces de l'ordre croisent leurs fichiers, on nous fait croire que la violence vient de là-bas, à l' « Ultragauche », alors qu'elle se trouve à la bourse, dans notre ministère de l'intégration, et dans nos services de sécurité.

(1)à ce propos, regardez le journal du soir de France trois du 15 décembre 2007.



(2)Le 16 janvier 2006, le maire UMP d'Ensisheim, en Alsace, fait détruire un camp de roumains. Quel journaliste, quel politique, ce serait permis de dire que l'UMP est un mouvement terroriste? Cet acte est pourtant bien plus violent qu'un fer à béton sur un fil électrique de train, au nom duquel on salit en ce moment tout ce qui est à gauche de la LCR. Ah! Objectivité, quand tu nous tiens! Au sujet de l'évènement alsacien, consultez le journal de l'association des maires de France en lien ici.

1 commentaire:

Anonyme a dit…

Où quand le "petit journal" s'invite à Ivry sur Seine...

Dirty South

Lho