On aura beau me dire que c'était l'époque qui était à la violence, je les place au même niveau que les Brigades Rouges ou que l'armée rouge japonaise: parmi ceux qui ont pris de l'anarchisme et du léninisme les aspects les plus rétrogrades et contre-productifs. Obtuse avant-garde qui pense rallier les « masses » à coups d'assassinats, dérive prétentieuse et erronée de mouvements de luttes des classe qui, dans son culte morbide de l'action violente, reprend la fibre bestiale et indistincte des bourreaux: rien à voir avec l'intelligence de mouvements comme lottà continua, le mouvement italien au front plus large, à la violence toute relative, et à l'ancrage populaire plus évident; ni même avec les considérations de la première vague de la fraction armée rouge, (avant les délires avec Carlos) qui agissait comme en « état de guerre » avec les forces de l'ordre Américaines Vietnamicides et leurs séides Fédéraux allemands.
Tout ça pour dire que je ne les aime pas vraiment. Et pourtant...

Ennemis de l'Etat, ils ont purgé de lourdes peines, aggravées par les maladies de certains de leurs membres. Certains parlent d'un « deal » plus ou moins tacite que l'état leur aurait proposé: reconnaissez vos torts, et la justice sera plus clémente et réduira vos peines. Irrecevable, on le comprend aisément. Cette ambiance de « vengeance d'état » donne une dimension politique à un enfermement jusqu'au-boutiste d'un autre temps. La récente remise en tôle de Rouillan en est la preuve: il a suffit qu'il dise dans une interview que la violence est parfois un passage obligé des révolutions, (mais qui donc dans la France fille de 1789 pourrait dire le contraire??), pour que ceci soit pris comme une violation des conditions de sa semi-liberté. Un tel arbitraire fleure bon le XIXème siècle.
Mais je terminerai par une comparaison qui me semble évidente, et qui, à mon sens, témoigne du caractère profondément politique et injuste de l'acharnement contre ces « soldats perdus » des années 70 – 80. Que l'on songe à l'organisation Armée Secrète, l'OAS, qui fit régner la terreur au début des années soixante au nom de l'Algérie Française. L'historien français Rémy Kauffer estime que l'OAS aurait tué entre 1 700 et 2 000 personnes Et bien dès 1964 (soit deux ans seulement après la fin de la guerre!)les prisonniers condamnés à des peines inférieures à quinze ans de détention sont amnistiés. En mars 1966, une centaine de condamnés sont graciés et, trois mois plus tard, une seconde loi d'amnistie efface les condamnations des condamnés libérés.En juillet 1974, une amnistie complémentaire efface d'autres condamnations pénales. En décembre 1982, les officiers survivants sont réintégrés dans les cadres de l'armée par une nouvelle amnistie. En 1987, une loi sur les rapatriés amnistie les dernières condamnations encore effectives. (données accessibles sur la page OAS de wikipedia).

Leur a-t-on ordonné de demander pardon? Les a-t-on remis en prison quand certains d'entre eux on rejoint l'extrême droite, en revendiquant haut et fort leurs combats d'hier? Non. Comme quoi l'Etat sait être clément, quand ses ennemis ont le bon goût d'être de droite et de ne pas trop remettre en cause l'ordre établi.
Cette comparaison se passe d'analyse supplémentaire: il faut en finir avec l'acharnement étatique sur les anciens d'Action Directe.
Au nom même de la justice.


