mardi, mai 19, 2009

Adso en vacance chez les pauvres

Chers lecteurs et amis, Adso revient d'une longue tournée au Tiers-Monde, colonisé ou pas, Hémisphère Nord ou Sud. J'espère que vous n'avez pas profité de ce long mois et demi pour disparaître de mon lectorat très « select », bande de rats.

Alors, pour se remettre en jambe, mettons à profit notre récente expérience de la lutte des classes sous les tropiques pour étudier la civilisation occidentale. Carrément.

Alors d'entrée, en sciences humaines, je crois que « civilisation occidentale », ça ne veut absolument rien dire, et ça, avouez que comme début de billet de blog, y a mieux. C'est pour ça que je préfère parler de société industrielle, de l'infrastructure des rapports sociaux de notre monde post-usinard, plutôt que du catalogue hétérogène de sa superstructure « civilisationnelle » (Une Tranche CNN – Une tranche d'Emmanuel Kant – Une tranche d'Autoroute Allemande – une tranche de fusée Ariane).


Ou que tu ailles dans notre vaste monde, cher lecteur, rejoins un grand magasin, une entreprise de plus de 100 salariés. Tu y trouveras immanquablement le même type en cravate (le « manager »), des bleus de travail à la con pour les ouvriers-caissiers avec un logo, des fausses plantes vertes et un service comptabilité. C'est ça, la force de notre société: c'est d'avoir dissout à son contact toutes les autres.

SOCIETE INDUSTRIELLE

Tu vas me dire « désolé, mais c'est ça le plus efficace ». et je vais te répondre, petit scarabée, que c'est plus efficace selon nos critères (faire du poignon, de la marge, de l'oseille, en gros). Tout comme une organisation Saoudienne de l'entreprise peut-être considérée comme efficace du riant point de vue de la « Chariah-compliance! »

Avant je croyais que c'était la fascination pour Schwartzy, les BMW et les chewing-gum qui participaient le plus de ce détricottage des autres « civilisations ». Mais je crois que je me plantais: bien sûr la domination culturelle (celle de la superstructure) prend part à cette dissolution. Mais l'agent le plus profond de cette uniformisation, c'est l'organisation industrielle du travail: sa division des tâches, sa pointeuse, son uniforme, sa recherche du rendement.


Je dis bien industrielle. Des rêveurs m'expliqueront que notre société est largement post-industrielle. Je répondrai que c'est parce qu'on à le bon goût de délocaliser notre embarrassant prolétariat ouvrier (on s'en plaint souvent, mais ça nous permet d'avoir des T-shirts à un euro tout en chassant l'exploitation hors nos murs).

SERVICE COMPTA Vs ELVIS PRESLEY

Et justement, en délocalisant notre production industrielle, c'est bien plus que l'image de marque, le rayonnement de la France et autres inepties que nous exportons. C'est notre modèle de production. Une entreprise occidentale dans le tiers monde va former sa main d'oeuvre à la pointeuse, à la stricte division des tâches, aux vacuités du marketing; cette entreprise va exiger des infrastructures d'acheminements pour ses produits, et par là même susciter des autoroutes (et leurs guichetiers) des ports (et leurs dockers), et des cantines (et leurs dames cantines en uniforme).


A son contact se sont ses employés (mieux dressés), ses sous-traîtants (mieux « structurés ») et ses concurents locaux qui vont adopter le mode de production optimisé qui est la raison d'être (et d'avoir) de notre société industrielle.

Et c'est ça, bien plus que le Coca cola, le formidable solvant qui transforme tous nos voisins en usines super-marchés.

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