C'est une carte de l'Atlas du "diplo" du qui m'a donné envie de faire cet article. Une carte que je n'attendais pas, et qui a suscité en moi un sentiment que je n'attendais plus. La voici:
Il s'agit des "îles de Palestine orientale", représentant les territoires palestiniens autonomes. Cette poussière d'entité étatique, qui ressemble aux miettes désertiques que sont les réserves indiennes, c'est la Palestine. Et, je me sens bête, mais je ne l'avais jamais vue si écartelée, si bien représentée dans son aride indigence.
Qui peut croire un seul instant que ces confettis sans cesse rongés par les implantations de colonies, que cet éparpillement abstrait pourrait constituer un jour un état viable?
J'ai, sur la question moyen-orientale, beaucoup de doutes, mais quelques certitudes:
l'une de celles-ci, c'est que nous sommes face à un problème colonial, bien plus qu'à quoique ce soit de plus complexe. Il ne s'agit pas de "maintien de l'ordre" ou de "représailles", ni de "destruction d'infrastructures terroristes". Ni d'une guerre de religion, ni d'un « crime contre l'humanité », encore moins, comme j'ai pu l'entendre, d'un « génocide ». Nous n'avons pas besoin de mots obus, surdimensionnés, pour parler pleinement de ce problème. L'horreur du colonialisme, Zairois et Algériens en témoignent de leur tombeau, se suffit largement à elle même.
Que l'on ne s'y trompe pas: si je pèse mes mots, ce n'est pas pour amoindrir les crimes de guerre de l'armée israélienne. Non. C'est ma façon de réfléchir posément à une situation, ma façon de dire le sens que prend pour moi toute cette histoire. La Palestine n'est pas un mythe héroïque. Elle est une terre colonisée, qui se bat pour reconquérir sa dignité face à un pouvoir impérialiste. Qui, dans ce combat, a forgé encore d'avantage son identité (au grand dam des Israéliens qui n'y voient que des « Arabes », transposables à d'autres), et une authentique culture politique, concrétisée par de véritables élections libres ce qui est assez rare dans la région.

Sur "le mur",le projet FACE2FACE, du photographe JR. Chaque duo représente un palestinien et un israelien exerçant le même métier.
La Palestine n'a pas besoin des larmes de crocodiles des « frères » chefs d'état arabes, qui s'en souviennent le temps de grandes manifestations-soupapes de leurs plèbes. La Palestine n'a pas besoin des miettes de territoire arrosées de perfusions européennes. Elle a besoin d'une terre viable, ou puisse s'épanouir sa dignité. Elle s'est assez battue pour cela. La Palestine n'a pas besoin de l' « antisionisme » de certains: à quoi bon toutes ses digressions sur la légitimité d'un foyer national juif en Palestine? Aurait-on vu Sittig Bull demander le retour des Américains en Europe, ou Mandela pronant le rapatriement des Anglais et des Boers au delà des mers? Que comptent-ils en faire, des juifs de Palestine mes « antisionistes »?
La vérité, s'est que la solution idéale aurait été celle d'un état, multiethnique et loin de tout sabre et de tout goupillon. Un pays où les aspirations de justice des kiboutznikim auraient rencontré l'indépendance fière des bédouins, une terre d'où la liberté et l'audace auraient rayonné sur le monde.

Face2face, toujours. D'immenses collages de ce projet ont été exposés dans le quartier de Beaubourg il y a peu.
Devant l'échec flagrant de cette utopie, ne réclamons que l'essentiel à la justice, et martelons la sobre vérité du droit international.
La Palestine est un pays occupé par un voisin impérialiste qui s'est décrédibilisé, et ternit son prestige dans de lamentables guerres sécuritaires cruelles et injustes. Israël, en asphyxiant les aspirations dignes du peuple palestinien, en étranglant la liberté de ses voisins, étouffe la sienne et joue sa sécurité et son histoire même au poker menteur. L'insidieux programme d'implantations de colonies doit cesser, cela doit être le préalable à toute discussion, car ce cancer d'aujourd'hui est promesse de morts certaines demain.
Il faut à Israël des politiques de l'envergure et du courage d'un Mendès-France qui sachent sortir leurt peuple d'une histoire coloniale qui le salit. Il faut à la Palestine des Mandela, qui sachent construire sur les cendres encore fumantes des combats d'hier les réconciliations à venir. Il faut, enfin, une communauté internationale unie dans l'honnête intention de résoudre ce conflit en rappelant le droit international, tout le droit international, et rien que le droit international.
Vaste programme.


1 commentaire:
Il semble que vous soyez un expert dans ce domaine, vos remarques sont tres interessantes, merci.
- Daniel
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