
Oui: tout se passe comme cela. Devant l'imminence des crises qui nous attendent demain, l'occident joue les prolongations. Par exemple, tout le monde sait que nous n'aurons pas assez de ressources naturelles pour assumer un train de vie similaire à celui des trente glorieuses, et encore moins pour généraliser ce « way of life ». Et bien on crée des béquilles qui ressemblent à de l'écologie, pour essayer de gratter quelques années de confort en dépit du bon sens. Tout le monde sait que la finance nous mène droit dans le mur. Et bien on aménage, on change les paramètres de surface pour ne surtout pas toucher au fond du problème. Tout le monde sait que notre exploitation économique du sud ne saurait se maintenir sans creuser d'avantage les inégalités. Qu'importe: on ne remet surtout pas en cause les rapports de domination et on continue de donner, plus discrètement, la becquée à nos gouverneurs à la peau noire.
Il faut que le spectacle continue, encore quelques instants, à tout prix: « The show must go on ». Mais pour combien de temps? La chute de l'empire romain et tout un tas d'exemples historiques nous montrent que cette lente décadence prend du temps. Le carnaval vieillissant de notre société de consommation jouera longtemps les « After ».

La solution? Elle n'existe pas. Du moins pas sous la forme politique que l'on connaît. Nous n'avons pas de plan tout fait pour des lendemains qui chantent. Du coup, et c'est peut-être heureux, il n'y aura plus de colonnes de militant disciplinés prêt au sacrifice pour l'application d'un plan, évidemment infaillible, censé mener au paradis des travailleurs. Mais pour autant, il y aura des changements profonds. Comment est-ce possible? Mais cela s'est toujours passé comme ça! Quand on relit les mémoires des révolutionnaires de 1789, à aucun moment ils ne sentent, au jour le jour, un « plan » s'établir. Ils savent, bien sûr que ce qu'ils vivent est historique. Mais ils n'en mesurent pas encore l'ampleur. L'histoire n'est pas une recette de cuisine.
Seule la multitude des expériences de vie alternatives, des économies qui font « un pas de côté » pourront nous donner non pas « La » solution, mais des pistes. Des pistes non pas pour prendre le Palais d'Hiver (L'Elysée, en l'occurrence), car sur le fond cela ne changerait absolument rien (pour vous en convaincre, relisez le discours de Ségo devant le Medef, le fameux « enrichissez-vous! »). Et il faudrait être bien naïf pour croire qu'il suffit de se constituer en parti, de passer sous les fourches caudines des alliances électorales et de leurs demi-vérités pour arriver au sommet, et là, appliquer le fameux « plan » qui fera le bonheur des gens malgré eux. Nous n'avons d'autres choix que de nous appuyer sur les micro-expériences locales qui, faute de durer, n'en restent pas moins réelles, contrairement aux abstractions que nous proposent une illusoire « majorité » d'un soir de scrutin.

Qui pense encore que l'histoire se fait par en haut, dans le théâtre spectaculaire de nos élites politiques? Qui croit encore que les programmes électoraux peuvent amener autre chose que des pansements? Qui croit encore que le monde est une scène shakespearienne où les sentiments des politiques influent sur notre vie?
Nous ne pourrons pas longtemps résister en faisant l'économie d'une toute autre manière d'envisager la politique: celle d'une gestion par les gens de leurs propres conditions d'existence. La véritable démocratie participative que j'appelle de mes voeux mérite mieux que la ridicule récupération qui en a été faite lors des dernières présidentielles. Faisons un peu plus confiance aux gens pour gérer le bien public qu'en leurs leaders auto-proclamés, qui ne convainquent plus personne.
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