dimanche, mars 21, 2010

PLUS QUE TROIS MOIS POUR ETRE BELLE EN MAILLOT


Certains schémas de domination ont la vie dure. Le sexisme ordinaire est de ceux-là. Alors que les stéréotypes reculent sur le fond pour ce qui est du racisme, le machisme accepté se porte bien, merci pour lui. Et n'en déplaise aux hebdos féminins, il n'est nul besoin d'un n-ième reportage sur les talibans pour s'en rendre compte. Les pages seules de la presse féminine font très bien leur boulot, et entretiennent une caricature de la vie féminine d'autant plus cruelle qu'elle est endossée avec complaisance par les intéressées.

Ouvrez un magazine féminin. Passez l'édito consciencieux sur les la pilule et/ou le voile, et attaquez le fond rédactionnel du journal. Qu'y trouve-t-on? De la pub, essentiellement. Des potins, des petites robes et quelques fiches cuisines. Après des décennies de lutte pour affranchir le corps des femme de la domination des hommes, pour sortir les femmes des cuisines, des langes et des garde-robes, le constat est amer.





Car si la femme est libre, elle l'est de coller à sa caricature. De se voir et de se donner à voir comme une consommatrice compulsive, qui place ses valeurs dans la mode et la chasse aux kilos et à l'homme idéal. Un peu comme si la presse noire écrivait où trouver les bonnes bananes et courir le 100 mètres. La presse qui se veut encore en pointe sur les combats des femmes est celle là même qui les cantonne à la vie infantile de Bimbo en mal de ragots et de chaussures.

Peu importe, au fond, si ce journal titre sur une même une sur la liberté des femmes et sur le dernier régime à la mode. Peu importe que ce magazine dans le même numéro commémore Simone Weil et apprenne aux femmes à marcher en talons aiguilles. La contradiction est assumée, et, rien de nouveau sous le soleil, après la larmiche de circonstance sur les femmes afghanes et l'IVG, on se jettera sur les pages modes, on s'arrachera le dernier sac à main, sans se soucier au passage qu'il soit perlé du sang des « soeurs » du tiers-monde qui crèvent à manufacturer notre paradis « Fashion ».





Cet écran de fumée qui masque la réalité des rapports de genre et des réalités sociales sous une couche glamour de fringues et de cosmétiques porte un nom: le spectacle. Un spectacle qui berce les femmes d'illusions, qui fait oublier les criantes inégalités entre les sexes, qui rappelle aux femmes leur devoir éternel, celui de rester des objets sexuels et de reproduction, en marge de la réalité politique (pour donner le change, on ajoutera aussi un peu de parité de bon aloi dans les hautes couches de la politique spectacle de parti: ça ne changera rien à la réalité de la vie des femmes, mais c'est la grande classe).

Le message est on ne peut plus clair: femmes, restez ou vous êtes, c'est comme cela qu'on vous aime.

2 commentaires:

Marco & Xoch a dit…

Pour continuer la comparaison avec la lutte contre le racisme : après l'émancipation, la lutte la plus dure a gagner n'est-elle pas celle contre l'esclavage mental, l'auto aliénation ? Un système éducatif et une image véhiculée par les médias qui t'accompagnent toute ta vie et te dictent la conduite, la bonne direction et t'assignent ta place dans cette société ?
Dans les films, les séries, comment est représentée la femme moderne, émancipée ? En "executive women", mégère mangeuse d'homme dépourvue de scrupules ? En femme complexée cherchant le grand amour mais ne pouvant le concilier avec sa vie professionnelle et son épanouissement personnel ?
Je vois ici (au Mexique) des pubs télé montrant une femme sauvée par un produit qui lave plus vite, la libère plus tôt des taches ménagères (je parle des taches laissées par les chaussures de foot crottées de son brave mari revenant du match de foot couvert de boue) et lui permet, en un bond, de rejoindre son homme et ses enfants qui partaient faire du vélo. Lesquels, d'ailleurs, n'en croient pas leur yeux. Attention, Moman se libère !
Je me dis en voyant ca qu'une telle pub ne serait pas acceptée en France, et c'est tant mieux ! Je me dis aussi que jamais au grand jamais on ne devrait se consoler en considérant le "retard" des autres dans certains domaines. Ah, au fait 1 ils ont légalisé le mariage homosexuel ici... Curieux, non ?

Zorette a dit…

Plutain 3 mois...