samedi, décembre 25, 2010

Palestine


Le conflit Israélo-palestinien a valeur d'allégorie, et c'est bien dommage. Car à trop en faire un conflit religieux ou une guerre entre deux symboles, on en oublie le fond, qui en est depuis des décennies de nature coloniale.

La donne est assez claire: les israéliens, installés sur le territoire palestinien depuis près de trois générations, on le droit, reconnu par à peu près tout le monde, de vivre en paix dans le cadre de leurs frontières.

Cependant, Israël occupe illégalement le territoire palestinien: Le monde entier est conscient que cela doit cesser, les États occidentaux tardent néanmoins à le dire. Une centaine de pays a d'ores et déjà reconnu l'état palestinien (1), et les reculades étasuniennes sur la colonisation ne sont comprises par personne dans le monde (l'image d'Israël est au plus bas dans de nombreux pays (2), y compris dans les pays occidentaux) .

Voilà pour les faits. Et traiter les gens (Hessel, Godard...) d'antisémites à tort et à travers ne changera rien à ces faits.

Au fond, un certain discours pro-israélien a longtemps nié l'existence d'un peuple palestinien: on parlait d' « arabes », ce qui sous entendait que les palestiniens pouvaient s'installer n'importe ou chez les voisins plutôt que sur le sol palestinien.

Or, la spécificité du traitement du peuple Palestinien par Israël (ainsi que par les voisins arabes) a légitimé la spécificité palestinienne. Les différents courants de la résistance palestinienne ont irrigué la population de discours politique, l'exil a paradoxalement crée dès 1948 une population largement scolarisée (3). Et nous voici avec une « entité palestinienne » très politisée, disposant d'une presse, d'une société civile, d'un parlement où le débat existe, d'universitaires brillants... en somme, le cauchemar du colonisateur ( j'entends par là la vive conscience politique du peuple palestinien) a été entretenu par l'oppression coloniale.

Ceci appelle, s'il en est encore besoin, à la reconnaissance de l'Etat Palestinien. Or, le territoire de cet « Etat » est largement occupé, ses routes sont coupées de checkpoints, et sa carte est mitée de colonies.

Retour en France: Stéphane Hessel rejoint l'appel au boycott des biens produits dans les colonies israéliennes. Il s'agit là d'une mobilisation assez typique face à une oppression coloniale. Mais voici que quelques intellectuels y voient une montée d'antisémitisme. Et, pire encore, voici que le droit même de cet appel à Boycott est remis en cause par des poursuites: cet appel serait une provocation à la haine et à l'antisémitisme...la lecture idéologique et symbolique toujours revient.

La boucle est bouclée: Le conflit Israélo-palestinien a valeur d'allégorie, et c'est bien dommage. Car à trop en faire un conflit religieux ou une guerre entre deux symboles, on en oublie le fond, qui en est depuis des décennies de nature coloniale...


(1): parmi lesquels l'Afrique du Sud, l'Argentine, le Brésil, la Russie...

(2): Voir l'enquête réalisée par la BBC en 2010 sur plusieurs pays, lien ici.

(3): c'est ce qu' Elias Sanbar montre dans « les palestiniens dans le siècle », collection « découvertes-Gallimard »: l'ironie du sort à fait que suite à l'exil de 1948, les petits réfugiés des camps palestiniens étaient plus scolarisés que leurs voisins arabes.

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