lundi, février 21, 2005

Wikicopistes de tous pays




Les Nerds m'ont dit, « révolution, camarade! » . Alors j'ai cherché les barricades, sur les sites, sur les blogs, même sous mon tapis de souris. Peau de zob, macache, RAS. On a ajouté: « WIKI! », j'ai répondu!: « WIKI? Cékwaça? ».

Wikipédia, c'est comme une fête, mais qui se mange entre amis. En gros, c'est une encyclopédie où tout un chacun peut, si il le désire, ajouter et modifier les articles. Même toi, le gros, au fond, tu peux te fendre d'un chti laïus sur ce que tu veux.


Entrent les pleureuses, se déchirant le sein, gémissant:

« Encyclopédie, qu'as tu fait de ton nom si bath! Les ilotes vont librement gribouiller à qui mieux mieux sur tes nobles parchemins! Les barbares aux portes d'Athènes! La bibliothèque d'Alexandrie en flammes! » .

enfin un truc dans ce goût là.

C'est vrai que je n'en reviens pas moi même: je m'attendais cyniquement à une tripotée de pages couvertes de banalités sans intérêt, j'imaginais le blaireau multimédia lambda insérant des insanités potaches dans les rares définitions dignes de lecture, le voile du ciel se déchirait sur un enfer de commentaires niaiseux typographiés sauce SMS. Il suffit en effet de jeter un coup d'oeil neutre sur n'importe quel forum sur le web pour voir qu'on est loin de l'acropole niveau expression du Netizen. Aussi l'ampoule de cyanure semblait-elle vibrer d'une vie propre dans ma dent creuse et un mec en toge hurlait-il « les temps sont proches » dans ma cour. Le désespoir s'abattait sur moi comme la vérole sur le bas clergé.

Puis voyant que tout était fini, je hasardais clics et touches sur le site wikipédia. Quelle ne fut pas ma surprise. Chaque domaine se voyait serti des mille éclats de textes léchés, pointus, affûtés, bourrés de références et ivres d'érudition. Du savoir classique aux derniers phénomènes de mode, un vaste et grouillant continent fleuri de sagesse brillait à perte de vue au gré d'un vent sucré de modifications, d'ajouts en tout genre. J'embrassai mon écran comme un frère, et je chantai des cantiques à moitié à poil à côté de l'arche de cette nouvelle alliance. Puis, me ceignant d'une peau d'agnelet fraîchement plastiqué, j'entrai plus profondément dans cet éden digital.

Oui, Wikipédia scintille des mille éclats de travaux d'anonymes partageant leur savoir. Un habile système de signalisation et de validation fait que l'on peut modifier les textes sans tout vandaliser, et chacun est libre de signaler une erreur, qui se trouve très vite corrigée. Collégial et convivial, Wikipédia permet même de demander à la communauté de plancher sur un article à réaliser.

Ce chantier éternel est le digne descendant des scriptorium du moyen-âge où les frères copiaient, modifiaient et commentaient sans relâche leurs manuscrits, pour la plus grande gloire de l'érudition. Savoir que des hordes de passionnés, les wikicopistes, passent de temps en temps enrichir ce projet gratuit et anonyme me fait chaud au coeur et me redonne confiance dans un web que je pensais déjà loin de ses idéaux utopistes de liberté et de savoir. A chacun de l'enrichir au gré de ses envies, de son dialecte (le projet existe dans de nombreuses langues) , ponctuellement ou de façon compulsive, de ce qui le passionne.

Sur ce, j'y retourne: y'a du pain sur la planche, sers t'en si t'as faim.

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