Un proche, très proche de moi, plus engagé que je ne le suis dans la critique et l'action, me l'a affirmé: quand je parlais la semaine dernière de jeunes filles fleurissant les CRS, de la beauté simple des jonquilles sur les matraques, je ne faisait qu'exhumer les symboles des révoltes seveun'tise, qu' ainsi je sanctifiais ce qu'il convenait d'appeler une posture, un des voiles que la société spectaculaire marchande toujours prompte à revomir les oripeaux des révolutions d'antan pleinement digérés, la salope, avait entremis entre mes yeux naïfs et la réalité.
Ce qu'il y a de chiant, avec les post-situ, c'est qu'ils ont souvent raison. Les arc-boutants logiques de Debord et consorts soutiennent encore un pan immense de l'horizon indépassable de nos plus belles années (à nous, les années). Bon, là il faut se rendre compte qu'à parler pour mon proche de post-situationisme je risque un coup de boule rotatif 720 :je le dis sans ironie aucune, s'aventurer dans les steppes arides de la gauche extrême universitaire, c'est prendre le risque de se faire charger par des spontex qu'on aurait traités d'autonomes, un coup à se faire édenter par des néo-primitivistes qu'on aurait pris pour des nudistes.
Mais je ne me lasse pas des passes d'armes confidentielles qui se jouent à coups de fanzines, des coups de crocs entre factions déviationnistes, ça c'est pour l'aspect folklorique, et plus sérieusement, je comprends cette lutte ardente et minutieuse dans la recherche du vrai. Mais les crêtes de la vérité orthodoxe sont si étroites et tranchantes, que les sympathies et les affinités s'y séparent parfois tant il est dur d'y marcher de front. Et re-voici le temps des procès en authenticité, les plus vicieux: filles de dix-huit ans qui portiez les jonquilles à la maréchaussée, ne le fîtes vous point pour être vues des caméras? Jeunes qui demandez aux policiers « des bisous et des câlins » n'êtes vous pas en train de poser en martyrs, acteurs du Spectacle? Bloggeur qui écris ces vaines lignes, ne le fais tu point pour soulager ta conscience, toi qui t'es déjà vendu au salariat? Sociologues qui nous étudiez, ne le faites vous pas au nom et au service du pouvoir?

il y a du vrai dans chacune de ces assertions, mais on gagne à tempérer ces propos: certes le jeunes n'ont pas pris pleine conscience de la surexposition médiatiques et de ses enjeux lors de cette révolte, mais c'est déjà une non défaite de les voir retrouver l'humour et la dérision dans l'engagement, eux que l'on disait perdus pour l'esprit critique. pour le coup des sociologues, c'est un grand classique: alors que les étudiants en sciences sociales furent longtemps le fer de lance de la remise en question et de la révolte estudiantine, il est de bon ton d'y voir déjà la maison sociale-traîtresse au service de l'ennemi. Double avantage: on vole le feu sacré de la révolte en démontant un rival talentueux dans la vision critique du monde pour cause de compromission avec le pouvoir; Et on désarme les derniers à même de porter la moindre remarque objective sur le mouvement, de s'y poser eux aussi les questions de l'intention et de l'authenticité.
La noble Critique est ainsi faite qu'elle ne souffre pas la demi-mesure: la tentation est grande de classer tout étranger dans l'une des catégories suivantes: l'ennemi, le couard, l'idiot utile et l'hérétique. Le courant dont je me sens le plus proche, l'anarchisme, connaît aussi quant à lui ces polémiques sur la pratique et la théorie révolutionnaire, et il fût loin d'être exempt de querelles de fond autant que de forme quant à l'authenticité des actes et discours. Mais il a su développer de véritables vaccins contre le sectarisme: en mettant l'accent sur la singularité des point de vues, en amenant des subjectivités radicales à se grouper par affinités, l'anarchisme évite le cynisme des alliances politiques, le relativisme guimauve des opinions, et les associations dans la seule résultante idéologique, « là où ne jouent plus que la logique, la mauvaise foi et les arguties » pour citer Colson. Il est cette forêt de questionnements, cette recombinaison permanente de points de vue, cette composition des forces, ou, pour reprendre Deleuze et Guattari cette « étrange unité qui ne se dit que du multiple ».
L'anarchisme m'a offert cette porte de sortie ce détour étrange, des engrenages de l'idéologie vers la fraternité. Qu'on ne s'y trompe pas: je suis toujours aussi admiratif et bluffé par la portée conceptuelle de mon proche et des siens. Je pense même que les grilles de lecture dont ils criblent le monde sont des plus pertinentes, que l'intelligence est de leur côté. Mais, s'il m'est vital de les savoir ciselant avec acharnement le discours et l'action en quelque forge clandestine, restent chères à mon coeur la fraîcheur printanière et la simplicité joyeuse...
de la jeune fille aux jonquilles.
Ce qu'il y a de chiant, avec les post-situ, c'est qu'ils ont souvent raison. Les arc-boutants logiques de Debord et consorts soutiennent encore un pan immense de l'horizon indépassable de nos plus belles années (à nous, les années). Bon, là il faut se rendre compte qu'à parler pour mon proche de post-situationisme je risque un coup de boule rotatif 720 :je le dis sans ironie aucune, s'aventurer dans les steppes arides de la gauche extrême universitaire, c'est prendre le risque de se faire charger par des spontex qu'on aurait traités d'autonomes, un coup à se faire édenter par des néo-primitivistes qu'on aurait pris pour des nudistes.
Mais je ne me lasse pas des passes d'armes confidentielles qui se jouent à coups de fanzines, des coups de crocs entre factions déviationnistes, ça c'est pour l'aspect folklorique, et plus sérieusement, je comprends cette lutte ardente et minutieuse dans la recherche du vrai. Mais les crêtes de la vérité orthodoxe sont si étroites et tranchantes, que les sympathies et les affinités s'y séparent parfois tant il est dur d'y marcher de front. Et re-voici le temps des procès en authenticité, les plus vicieux: filles de dix-huit ans qui portiez les jonquilles à la maréchaussée, ne le fîtes vous point pour être vues des caméras? Jeunes qui demandez aux policiers « des bisous et des câlins » n'êtes vous pas en train de poser en martyrs, acteurs du Spectacle? Bloggeur qui écris ces vaines lignes, ne le fais tu point pour soulager ta conscience, toi qui t'es déjà vendu au salariat? Sociologues qui nous étudiez, ne le faites vous pas au nom et au service du pouvoir?

il y a du vrai dans chacune de ces assertions, mais on gagne à tempérer ces propos: certes le jeunes n'ont pas pris pleine conscience de la surexposition médiatiques et de ses enjeux lors de cette révolte, mais c'est déjà une non défaite de les voir retrouver l'humour et la dérision dans l'engagement, eux que l'on disait perdus pour l'esprit critique. pour le coup des sociologues, c'est un grand classique: alors que les étudiants en sciences sociales furent longtemps le fer de lance de la remise en question et de la révolte estudiantine, il est de bon ton d'y voir déjà la maison sociale-traîtresse au service de l'ennemi. Double avantage: on vole le feu sacré de la révolte en démontant un rival talentueux dans la vision critique du monde pour cause de compromission avec le pouvoir; Et on désarme les derniers à même de porter la moindre remarque objective sur le mouvement, de s'y poser eux aussi les questions de l'intention et de l'authenticité.
La noble Critique est ainsi faite qu'elle ne souffre pas la demi-mesure: la tentation est grande de classer tout étranger dans l'une des catégories suivantes: l'ennemi, le couard, l'idiot utile et l'hérétique. Le courant dont je me sens le plus proche, l'anarchisme, connaît aussi quant à lui ces polémiques sur la pratique et la théorie révolutionnaire, et il fût loin d'être exempt de querelles de fond autant que de forme quant à l'authenticité des actes et discours. Mais il a su développer de véritables vaccins contre le sectarisme: en mettant l'accent sur la singularité des point de vues, en amenant des subjectivités radicales à se grouper par affinités, l'anarchisme évite le cynisme des alliances politiques, le relativisme guimauve des opinions, et les associations dans la seule résultante idéologique, « là où ne jouent plus que la logique, la mauvaise foi et les arguties » pour citer Colson. Il est cette forêt de questionnements, cette recombinaison permanente de points de vue, cette composition des forces, ou, pour reprendre Deleuze et Guattari cette « étrange unité qui ne se dit que du multiple ».
L'anarchisme m'a offert cette porte de sortie ce détour étrange, des engrenages de l'idéologie vers la fraternité. Qu'on ne s'y trompe pas: je suis toujours aussi admiratif et bluffé par la portée conceptuelle de mon proche et des siens. Je pense même que les grilles de lecture dont ils criblent le monde sont des plus pertinentes, que l'intelligence est de leur côté. Mais, s'il m'est vital de les savoir ciselant avec acharnement le discours et l'action en quelque forge clandestine, restent chères à mon coeur la fraîcheur printanière et la simplicité joyeuse...
de la jeune fille aux jonquilles.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire