mercredi, juin 07, 2006

Version 2.0


La semaine dernière, je vous avais promis de trouver la révolution à faire. entre temps, quatre trucs me sont arrivés, et, en tant que leader charismatique de l'avant-garde révolutionnaire, je m'en vais vous les conter, certain que je suis que ce blog, ce nouveau manifeste, remuera les masses jusqu'en leurs tréfonds et déclenchera la lutte finale, groupons nous et demain, tagada tsoin-tsoin.

Premièrement, je suis allé voir l' « oeil des zapatistes », jolie compilation de courts reportages réalisés par « ceux là même qui luttent » (le producteur l'a répété 347 fois) au Chiapas. Je vous mets le lien vers leur site, ils vous en parlerons mieux que moi. Pour résumer, depuis 1994 la dignité des zapatistes du sud-est mexicain est en combat contre le gouvernement fédéral.



Une lutte des plus sympathiques, car à mille lieues des dogmes indigestes, prompte à inventer, à écouter, à parler lentement, une lutte efficace mais qui ne s'arrête pas à ce qu'elle a acquis: après s'être levés et avoir pris en main la survie que le gouvernement leur avait abandonnée, les voici à la charnière des combats locaux et globaux, inspirant les Alter depuis plus de dix ans tout en cherchant une « suite mexicaine » à leur aventure chiapanèque. On voit dans ces courts reportages comment de petits groupes de paysans insurgés réinventent une gestion publique de l'eau, de l'agriculture, comment ils se lancent, pleins d'espoir, vers l' « autre campagne ». Allez le voir (vous allez galérer vu le peu de salles, mais) ça vaut le coup.

Deuxièmement, je me suis frappé un bouquin pas mal sur la fraction armée rouge, un groupe de « guérilla urbaine » allemand des années soixante-dix. C'est une intéressante étude de cette poignée de jeunes gens, qui, face à l'impuissance relative du mouvement étudiant des années soixante, à choisi la lutte armée. Etude aussi sur la perception de ce groupe et de ces pratiques par l'état fédéral, par l'opinion et par l'extrême gauche de l'époque. A la lecture de ce livre, en revoyant ces jeunes gens chercher « que faire », comment ne pas retrouver les hésitations qui traversent encore les mouvements de contestation actuels? Il y a quarante ans les étudiants américains, allemands, français et italiens cherchaient aussi ce qui, du combat politique institutionnel, de l'illégalité où de la subversion révolutionnaire saurait faire évoluer la donne, tout comme aujourd'hui on retrouve dans la galaxie Alter des Attac réformistes, des Black Blocks illégalistes et des troskistes grand soir.

Troisièmement, j'ai, comme promis, cherché des solutions chez ceux que j'avais cité entre les lignes, vous savez, ceux avec l' « empire » et les « multitudes » et tout. Et là, après avoir lu une quinzaine d'interviews, d'articles de ou sur les intéressés, avec de vrais morceaux de brûlantes analyses sur la décomposition à la romaine ou à la byzantine de notre empire, de belles pépites sur le rôle de la classe ouvrière, et bien, je n'ai pas trouvé d'autres pistes que, en gros « l'empire est attaquable » . mais bon, je ne peux pas leur en vouloir, moi même, je vous avais promis le paradis clés en main, et vous devez être aux deux tiers de l'article sans voir l'ombre d'un lendemain qui chanterait.



Enfin, et quatrièmement, pour ceux qui ont encore la force de compter, j'ai appris que José, notre faucheur national et chantre de la souveraineté alimentaire, se tenait prêt en vue des élections. Et dans l'hypothèse où ce monsieur se présenterait, et ben merde alors, j'irais voter pour lui. Si. Même si c'eest pas bien, qu'il faut protéger la chance de second tour de notre sécuritaire-ordre-juste-pas-de-string-à-l-école-blair-il-est-pas-si-mal passionaria de la sociale-démocratie, vous savez, celle qui veut foutre les sauvageons en Kamp de réedukation militaires. Je prends le risque, José, pour toi, pour nous, pour un autre monde qui est possible, qui n'est pas une marchandise, et remets moi une tranche de roquefort steuplé. Chuis comme ça, mec, un ouf-malade j 'te dis.

Bon, alors à ce stade là, ça devient physique parce qu'il va falloir synthétiser tout cela. Sortir par le haut, quoi. Alors. bon, ben y a bien un lien, genre les modalités d'action, c'est à creuser, disons. bon voila comment je vois les choses: l'ensemble très composite des actions contre l'empire forme une espèce d' « internationale des humains », avec un large spectre de moyens qu'on peut discuter (voter Bové ou rejoindre le Chiapas?). Mais cette stratégie sans général a le mérite de libérer la discussion entre gens plutôt de gauche. Je pense surtout que les tâtonnements de cette révolte mondiale participent d'une démarche d'expérimentation, de fronts multiples. Tous ces combats, de celui contre le brevetage du vivant à celui pour plus de justice au Mexique, ne sont pas en compétition mais s' enrichissent mutuellement, un peu comme la liberté de l'autre accroît la mienne chez Bakounine.

Au fond, ni vous ni moi nous ne pensons qu'un soir, les exploités du monde entier se soulèveront comme un seul homme pour briser toutes nos chaînes. Ni vous ni moi ne pensons non plus que le pouvoir diffus des oppresseurs va tout lâcher après une manif Alter par ci, une élection par là, une communauté écolo juste là, derrière. Cependant ces essais, ces révoltes ponctuelles, ces pensées et actions qui se tissent dessinent quelque chose, une sorte d'arythmie de l'histoire. Et pour ma génération, c'est une véritable découverte que ces fissures dans la façade d'un empire que l'on pensait incassable. De petites lézardes pour l'instant, des zones d'autonomies temporaires, des espaces décolonisés de marchandise et de pensée unique, dans lesquelles germe un monde qui viendra peut-être, mais qui n'est justement pas « un autre monde » mais bien celui là, version 2.0 .

Alors oui, je soutiens de tout coeur le bouillonnement un peu brouillon des révoltes actuelles, ces tâtonnements qui font hurler les orthodoxes shootés de recettes clés en main, et de dogmes morts-nés. Qu'ils me traitent d'immature, qu'ils fustigent l' « inefficacité » (ce seul mot me fait bondir) de ce qui n'est pas dans leur mode d'emploi, qu'ils brandissent en bons terroristes intellectuels la « récupération » dès que ça les dépasse, je m'en secoue, et je les renvoie à la sclérose formolée de leurs théories, de leurs partis pétrifiés d'autoritarisme. Car je sais que la révolution est déjà dans le jeu, comme la graine est dans son fruit, et qu'elle ne se prépare pas dans l'abnégation de militants lobotomisés par des lendemains qui chantent mais bien chez ceux qui, parfois maladroitement, parfois avec élégance, réoccupent toutes les dimensions de l'existence, loin d'un « ordre » qui n'est bon que pour les cimetières.




Alors la prochaine fois, je vous dirai un peu mieux pourquoi j'ai failli vomir en saignant du nez pendant que j'écrivais ce dernier paragraphe. Même du seul point de vue psychiatrique, après tout, ça promet d'être intéressant, non?

NON?

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