C'est un type de droite. Un secrétaire d'état, ni plus ni moins, avec ce qu'il faut de discrétion et de brushing. Je ne me souviens plus de son nom, qui a, au fond peu d'importance. C'était une émission sur la politique vue par les Français, avec sondages, sondeurs, sondés et tout le bordel. Le spectateur attentif y apprenait l'incroyable nouvelle que nos concitoyens ne croient plus en la gauche ni la droite quant à leur capacité à changer les choses. Stupéfiant.

C'est alors que le type, un mec tout en rondeurs et en esquives, a pris une mine affectée, et nous a dit que les français en avaient marre des idéologies, qu'ils cherchaient des solutions concrètes. La séduisante théorie de la politique proche du citoyen, loin des grandes théories, je te jure, c'était beau comme une chanson de Macias, tout le monde battait sa coulpe, grande classe.
C'est vrai que finalement, ça arrange tout le monde la fin des « -ismes »: média, servez donc la bouillie, ne vous cassez plus la tête, il n'y a plus de politique, que de la gestion! Électeurs-consommateurs, reposez ce qui vous reste de temps de cerveau disponible: il n'y a aucun projet, aucun bouleversement de prévu par nos élus! Politiques, pourquoi vous casser les burnes à chercher un idéal, quand l' « opinion », cette analphabète lobotomisée, ne veut que du chiffre creux, du proche, de l'émotion facile et de la belle gueule?
Quant au marché... le marché s'en fout: il s'accommode aussi bien de notre médiocratie que des régimes autoritaires. du moment que ça consomme et que sa produit, que ce soient des cadres sup déclassés ou des mioches de cinq ans qui fabriquent, il s'en secoue.

Ce désastre intellectuel, cette noyade en basses eaux politiques n'est rendue possible que par l'absence de projet à gauche, à part l'abandon face au libéralisme, avec un peu de pommade, de vaseline, quand même. Humanistes, quoi.
Et puis, il y a nous, mi victimes mi bourreaux de tout le système. Nous qui cherchons dans la brume de cette fausse fin de l'histoire, qui un peu de vérité dans les médias, qui un projet chez les intellectuels. En vain bien sûr: les premiers sont trop occupés à interviewer les seconds au café Flore pour les savoir plutôt Karscher ou CPE.
Et bien mes amis, face à cet abandon massif, au néant qu'ils pensent nous laisser avec les clés du monde, mes copains Alter, mes éco-warriors, mes situs d'amphi, mes bobos, nous voici dans l'embarras, dans l'alter-pétrin idéologique. Si au moins nous avions un ennemi, on pourrait se vautrer dans la haine, pendre des types avec les tripes d'autre types, demander aux larves réactionnaires de faire leur auto-critique, la vie, la vraie.
Mais hélas, vous le savez bien, mes frères en lucidité: on a beau mettre l'étiquette d' Empire sur ce qui nous fait souffrir, cela ne nous aidera pas à agir pour autant. On peut aussi penser que derrière tous les maux du tiers monde et du notre, il n'y a que ces idiots de méchants américains, ou même les fourbes israéliens, (avec mille variantes sur lesquels manipuleraient les autres, c'est dans les vieilles marmites qu'on fait les meilleurs soupes!), l'honnêteté intellectuelle nous imposera alors de revoir nos classiques.
Nous sommes passés d'une société disciplinaire à une société de contrôle c'est à dire que les comportements y sont modulés de l'intérieur et de moins en moins par l'extérieur. En gros, l'imbrication des pouvoirs, toute la tripotée de processus de normalisation bien intériorisés, brouille les pistes, interdit un schéma de révolte à objet trop simple. Et, là, me voici en train de ramer pour trouver ce que vous et moi nous cherchons: la solution! Ne serait-ce que pour finir dignement cet amer constat de quelques pages, quand même, c'est si triste tout ça.
Alors bon, je me dis, l'idée, ce serait de chercher sur le web ce que proposent les auteurs que j'ai lâchement plagiés, ça serait au moins cohérent. A ce propos, ces auteurs, je peux pas les citer, comme ça à la volante, question de street-credibility. Alors soit vous les connaissez et vous vous foutez bien de moi en ce moment, sois vous êtes des types bioniques LASER et vous avez déjà tapé « « société de contrôle » « société disciplinaire » » sur gougueule, soit je vous fait une charade...

Non, pas de charade. Pas de solution cette fois non plus. Mais promis, d'ici la semaine prochaine, je cherche dans mes poches, mes tiroirs et tout.
Promis!
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