samedi, octobre 14, 2006

BIOMETRIE MON AMOUR

Sliman Ouvretoi: Bonjour! Je suis avec Stepan Oblomov militant de la coordination de lutte contre la biométrie, et on va parler d'une action qui a eu lieu a Gif sur Yvette, en vallée de Chevreuse. Alors qu'est ce qui s'est passé le 17 novembre 2005?

Stepan Oblomov : Le 17 novembre, c'est une petite vingtaine de personnes déguisées, avec des masques blancs et des sacs poubelles, qui arrivent au Lycée de la Vallée de Chevreuse (qui se trouve entre Gif sur Yvette et Saint-Remy-lès-Chevreuse, à une trentaine de kilomètres de Paris). Ces personnes là se sont introduites au sein du restaurant scolaire, ils ont distribué des tracts et joué une petite pièce de théâtre, et au cours de l'événement, deux machines biométriques qui contrôlaient le flux des élèves a la cantine, en prenant l'empreinte de la forme de leur main, ont été cassées à coups de marteaux(1). Il s'en est suivi une poursuite, des membres du personnel éducatif, et des élèves ont commencé à poursuivre des gens, et il y a eu trois interpellations par la gendarmerie de Gif-sur-Yvette et un procès dont on parlera plus tard.

Quand tu dis « ont été cassées» c'est dans le feu de l'action, c'était volontaire ou involontaire?

A priori, je ne sais pas si ça a été concerté; mais cela faisait partie du panel de l'action globale, c' est à dire que c'en était un des éléments mais ce n'était pas le coeur de l'événement.

Ok. Alors actuellement y a un procès qui est en cours...

Il y a eu un procès fin janvier 2006 à Evry, au cours duquel le procureur a requis trois mois de prison avec sursis pour les trois inculpés et une amende qui se chiffre à 10000€ tout, et l'interdiction pour les trois personnes de s'approcher d'un établissement scolaire. Les inculpés et les avocats ont fait appel de la décision du tribunal.


Il faut rappeler, lors du procès les « forces en présence »: du coté de la défense, vous avez été rejoints par des témoins notables? Est ce que vous aviez des soutiens?

Oui: une coordination qui s'est montée, et on a fait tout un travail de sensibilisation sur la biométrie avec des prises de parole dans des radios publiques ou associatives, des appels; Il y a un philosophe italien, Giorgio Agamben, qui a écrit un article dans le Monde en décembre 2005, en soutien, et puis il y a eu d'autres articles dans Le Parisien, dans Libération . Au procès, on peut citer quelques témoins pour la défense: un psychologue d'Evry, spécialiste des enfants, qui a voulu expliquer qu'installer une machine ou les élèves vont être amenés à mettre leur main pour être identifiés, ce n'est pas du tout une technologie neutre ; il y avait aussi l'ancien président de la CNIL(2); il y avait aussi un sociologue de l'EHESS, socio-anthropologue des techniques; en face, en fait le proviseur du Lycée n'est pas venu.

Est-ce-que tu peux m'expliquer ce qui a pu motiver cette action là, sur cette cible en particulier?

Moi, je ne fais pas forcement partie des participants, mais je vais essayer de parler pour eux. Déjà il faut parler du lieu: Gif sur Yvette, c est une ville qui est située près de plein d'installations prestigieuses dans le domaine scientifique, comme le CNRS, Le CEA, l'école polytechnique, et puis aussi des instituts privés, comme le centre de recherche de Danone. donc c'est vraiment ce qu'on appelle une technopole, avec de l'investissement public et privé. Et c'est pour cela que c'est un des premiers lycées a avoir vu s'installer sur son périmètre des machines biométriques. parce que les élèves du lycée ont souvent un parent qui travaille dans le secteur de la recherche...

...une population éduquée scientifiquement, donc plus ouverte à la pression technologique.

Exactement.

Et pourquoi l'administration a-t-elle accepté, c'était dans un but de prestige?

Oui. C'est le proviseur qui décide seul si il veut ou pas ces choses là dans son établissement. C'est vraiment un but de prestige, puisque même en termes d'efficacité, on a montré qu'un élève met plus de temps à passer sa main dans la machine, qu'il n'en mettrait présenter une carte magnétique.

Donc si c'est peu efficace, pourquoi un tel choix de la part de la direction? dans le but mythique d'être « Pilote »?

Exactement.

Et donc, revenons à l'action, au « pourquoi »...

Donc, vu tout cela, pour nous, c 'était intéressant d'aller la bas, expliquer justement aux personnes les plus concernées, c'est à dire aux enfants de chercheurs voir aux chercheurs, enfin a ce milieu la, en quoi il y avait, je sais que c est un gros mot, mais un problème « moral ». Ce n'était pas du tout innocent, et il fallait vraiment agir la bas.

Là on a vu pourquoi vous avez été là, mais plus généralement qu'est ce qui aurait pu justifier ce genre d opération? ...en quoi est ce un problème moral?

Ce qu'il se passe avec la biométrie, c'est qu'on va de plus en plus loin dans la réduction de l'humain, de ce qui le constitue, à sa seule identité; c'est un processus qui réduit vraiment la définition de l' être humain. Un être humain qu'on voyait, qu'on connaissait: par exemple un surveillant qui voit un élève, il le connaît il a une connaissance de lui qui n'est pas réduite à une ligne de code, à la forme de sa main numérisée. Après ça, il y a véritablement un lobby de la biométrie, un groupe qui s'appelle le GIXEL, qui ont écrit en 2004 ce qu'on appelle le Livre Bleu(3), conseillant à l État de promouvoir le développement de toutes ces technologies de biométrie. Dans un passage de ce livre, qui a d'ailleurs été reformulé depuis, il est écrit qu'il faut habituer les enfants dès leur plus jeune âge, à se faire contrôler. Le contrôle n étant pas encore accepté facilement dans nos sociétés, ils proposent donc d'établir dans les écoles maternelles des bornes biométriques avec un caractère ludique, des formes rondes et ce genre de choses.



Alors on comprend bien l'intérêt économique pour ces entreprises. Maintenant au niveau politique, qu'est ce qui justifie cela? Est-ce que le travail de lobbying suffit? Comment est ce que vous sentez le pouvoir, en tant que système, en face?

Dans ce cas précis, le député de la circonscription en question, qui est un proche de Nicolas Sarkozy, et qui a toujours voulu mettre en place des technologies de surveillance en pointe sur sa circonscription, semble séduit par le coté « technologique », « efficace »(4).

Mais l'enjeu, c'est un enjeu de contrôle, en fait, c'est..la principale gêne éthique que vous avez eu quant à ce genre de système, j'imagine...

Alors il y a une pléthore d'arguments, le plus simple et qui a le plus souvent été utilisé, et sur lequel je veux revenir, c est de dire « attention, si le système venait à se durcir, si les allemands avaient eu accès a ce genre de technologie dans les années 40, il n'y aurait jamais eu de résistance... ».

Il existe un argument similaire pour le non recoupement des fichiers par exemple...

Oui. Nous ce qu'on critique dans cet argument, c' est que on ne voit pas la biométrie comme une dérive sécuritaire possible du système, mais comme une technique qui s inscrit dans le système: la biométrie, c'est un vieux projet, ça commence par l'anthropométrie en 1895: à l'époque, c'est un des chefs de la police, qui s appelle Bertillon, qui crée tout cet appareillage de mesures du corps pour pouvoir identifier les criminels. C'est d'ailleurs quelque chose qui existe encore aujourd'hui: c'est amusant, dernièrement à Grenoble, il y a eu une manifestation contre l'inauguration d'un centre de micro et nanotechnologies, lors de laquelle des personnes se sont faites arrêter, et dans le commissariat de Grenoble, il y a encore une chambre d'anthropométrie, avec son fauteuil en bois, pour les mesures.
donc c'est quelque chose d assez vieux, ça va de pair avec la création de la carte d identité, c'est un vieux projet de gestion, et c est juste l'appareillage scientifique qui est nouveau et il ne s'agit pas d'une dérive du système.




Ca veut dire que c'est profondément inscrit, ça ne vient pas d'un projet politique particulier, c'est ça que tu veux dire? ce n'est pas une dérive droitière uniquement?

Pas uniquement.

Alors on voit bien que c est prégnant depuis un siècle, mais en quoi est-ce inhérent au système?

C'est avec l'apparition de l état moderne tel qu'on le connaît aujourd'hui, vers le 17ème, 18ème siècle, que l'on a eu besoin d'identifier chaque personne, pour des raisons financières, pour l'impôt, la conscription, par exemple. Donc depuis trois siècles vont se mettre en place des logiques d'identification, et de contrôle. D'ailleurs, la biométrie on peut voir cela comme un portail, qui permet d interdire ou de tolérer le passage de l'être humain, mais on peut aussi voir ça comme un système de comptage-identification:c'est le dernier cri d'une très vieille logique...

Une logique qui passe par l'imposition des livrets ouvriers(5), puis de la carte d'identité...

Et le fin du fin du système est pour 2007-2010, c'est la carte d'identité biométrique.

j'aimerais que l'on passe aux modalités de l'action. y a des gens qui, tout en étant sympathiques à votre cause, vont vous dire que le mode d'action ne suit pas la légalité, que vous allez y perdre en visibilité médiatique, qu'on ne comprend pas ce recours à la violence...en quoi avez vous préféré cette action directe, à l'utilisation des médiations républicaines, légales?

Déjà, pour ce qui est de la séparation entre la violence et la non-violence, ce qu'on peut faire remarquer, c'est qu'il existe une violence certaine dans le fait de forcer des enfants à s'enrôler: l'enrôlement, c'est l'opération qui consiste, en début d'année dans les cantines, à mettre les enfant en rang, pour que chacun se fasse enregistrer la main. On peut déjà mettre en comparaison ces deux violences là. c est pas quelque chose qui est anodin de mettre sa main dans une machine, à l'enrôlement comme tous les jours, ce n'est pas un geste neutre.
En ce qui concerne l'action directe en tant que telle, nous n'avons pas du tout cherché de soutien médiatique: on a diffusé un tract, pour que les élèves s'interrogent d'eux même sur le sens de notre action, pourquoi cette machine était arrivée là, qu'est ce qu'ils pouvaient faire pour lutter contre cela. Par la suite, nous avons envoyé des communiqués pour faire connaître ce qui avait été fait.



Mais, le coeur de l action c'était de communiquer aux premiers intéressés.

Oui c'est ça. On n'a pas cherché a avoir une démarche « citoyenne » sur le truc. Ce qui aurait été bien, en fait, et qui ne s'est toujours pas passé, mais on peut toujours espérer, c'est que cette action, qui est la première concernant la biométrie en France, serve d'exemple, et que d'autres gens partout où il y a des appareillages, (à l'époque il y avait une trentaine de lycées déjà équipés) , et que donc partout ailleurs, des gens, d'eux mêmes, de manière privée, sans que ce soit trop exposé, cassent et sabotent les machines, et que ce soit une procédure qui soit de plus en plus commune.

C'est ne pas croire en la médiation dans l'action, vous avez pensé que celle-ci serait susceptible d'être suivie; Que c'était un bon moyen de communiquer vos...

C'est ça. C'est une réponse un peu binaire, mais bon, les recours traditionnels qui existent contre ce genre d'appareillage...on dit toujours oui il aurait fallu contacter la CNIL ou ce genre d'organe, mais la CNIL ne fait qu'avaliser...

C'est une chambre d'enregistrement, quoi...

Et puis on peut rappeler que ce lycée n'avait pas fait la demande à la CNIL. donc ces machines étaient installées illégalement.



Bon, c'est un premier argument. Avec un peu de mauvaise foi, on peut donc dire que même sur le terrain de la légalité, il y a ce problème là.

Et d'ailleurs pendant le procès, l'avocat des inculpés a fait appel à ce qu'on appelle « l'état de nécessité »,disposition qui justifie le recours à une action illégale lorsque l'on juge légitime d'intervenir pour le bien commun(6.) Là, c'est ce qui a été plaidé, c'est a dire que pour le bien commun, il faut arrêter ces machines, et le seul recours que l'on a , comme les recours traditionnels ne fonctionnent pas, c'est le bris de machine.

Est-ce que vous vous sentez des affinités avec d'autres groupes qui pratiquent aussi ce genre d'action directe, ou qui cherchent à court-circuiter tout l'appareil politique institutionnel ou médiatique?

Je pense qu'on peut rapprocher ceux qui ont cassé les machines des faucheurs d'OGM. Quoique chez ces faucheurs volontaires il y ait souvent, mais pas tout le temps, ce recours aux médias, quelque chose d assez spectaculaire, qui n'était pas forcement recherché ici. Mais cela s'inscrit un peu dans la même tradition.

Et est ce qu'il vous a semblé qu'il y avait une hostilité à votre action dans l'opinion, ou dans les médias?

Tout dépend déjà des rapports personnels que l'on a eu avec les journalistes dans des grands quotidiens, en général ça se joue à ça. Les journalistes des grands quotidiens ont une espèce de neutralité parfois bienveillante, parfois un peu moins, vis-à-vis de l'action qui a été menée, et en général on ne compte pas sur eux pour prendre parti, on cherche plus à faire passer nos idées, par communiqué de presse.

Mais après, le traitement médiatique qui est fait, vous y êtes plutôt insensibles?

Il n'y a pas eu a nos yeux de très bons articles, avec une remise en cause profonde. Prenons par exemple l'article du « Parisien Essonne», le premier a être sorti sur l'affaire, où le seul argument qui a été retenu, c'est « Non à Big Brother »(7): c'est un peu réducteur. Les inculpés et le comité contre la biométrie avaient quand même un panel d arguments un peu plus fins que cela.

Vous avez peur d'avoir été caricaturés, même si ca partait d'un bon sentiment, c'est maladroit. Donc, vous avez voulu d'abord vous positionner par rapport à l'appareil de contrôle, avant l'appareil technique? C'est une lutte contre une sorte de flicage, ou bien c'est une lutte plus générale contre une sorte de techno-science?

c'est une lutte plus générale en fait. C'est à dire que nous réfléchissons sur ce qu'induit l'apparition de nouvelles technologies dans la sphère publique et dans la sphère privée chez les gens; et ne voir en ça que la lutte contre le flicage, cela semble en fait réducteur. et c'est pour cela qu'on réfléchit à d'autres technologies qui arrivent, comme les nanotechnologies, comme la génétique...



Oui parce que nous on a toujours cette idée qu'on nous a inculquée, que ce sont là des « progrès technologiques », et les gens te diront ça en toute bonne foi.

Nous on essaye d'avoir une réflexion sur le progrès, enfin sur cette idéologie qu'est le progrès, et de savoir comment les organismes s'y prennent pour présenter les nouvelles technologies comme quelque chose de progressiste; on essaye aussi de faire un travail d'information, tout bête: les chercheurs sont souvent de collusion avec les industriels, ça ce n'est plus un secret, ce qui fait que pour ce qui est des nouvelles technologies, il faut que des gens « comme tout le monde » fassent un travail de recherche, pour se renseigner sur ce que sont ces technologies là . Parce que le chercheur aura très souvent tendance à dire « Non, ça n'est pas mon travail, moi je crée des choses, après, c'est utilisé de bonne ou mauvaise manière mais ce n'est pas moi qui fait le travail ».

Il se déresponsabilise d'un point de vue politique.

Nous, notre but, c'est de mettre les chercheurs en face de leur propre merde, quand c'est le cas. En général, le chercheur c'est quelqu'un de sympathique, surdiplômé, cultivé, plutôt un intello de gauche , et c'est ce qui en fait, dit un peu trivialement, des « ennemis acharnés »: ce sont eux les plus difficiles à convaincre, car ils pensent bien faire, sont souvent un peu présomptueux, et acceptent mal la critique. Et ils ont un rôle tout à fait politique, puisse que leur invention change considérablement la société. Et ils continuent à se voir dans une tour d'ivoire. On a toute une réflexion là-dessus.

Et sur l'expertocratie...

si on voulait résumer ça, on dirait que les technologies sont présentées comme des choses neutres, avec des bons et des mauvais cotés. Le nucléaire aurait son mauvais côté, la bombe, et son bon côté, l'énergie nucléaire. Et en fait, nous voulons montrer que certaines technologies sont intrinsèquement mauvaises, et qu'il ne peut pas y en avoir de bonnes utilisations.

Par exemple ces technologies de contrôle biométrique?

Par exemple.




Et tu réponds quoi à ceux qui te diront que ces technologies là, tout comme les caméras de surveillance, permettront peut-être d'éviter des agressions?

Bien la réflexion préliminaire, c est de dire qu'on est arrivés à une société dans laquelle chaque personne est criminalisable. Avant, n'étaient fichées que certaines personnes, seulement ceux qui avaient commis de délits. Mais aujourd'hui,on est en train de faire avaler aux gens qu'il est tout a fait normal d'être filmés, enregistrés, contrôlés, traçables, comme la nourriture, d'ailleurs, le parallèle est intéressant.

Avec toujours l'argument de fond « si vous n'avez rien à vous reprocher... »

Voilà c est ça. C'est l'éternel argument. Un élément qui montre bien cela, c'est le fichage génétique, qui est arrivé en 1998, et qui était d'abord réservé aux délinquants sexuels. Par le biais des lois Perben II , aujourd'hui, la plupart des délits(8) peuvent entraîner, au bon vouloir du commissaire, un fichage, et ce sous peine de prison et d'une amende. Voilà, aujourd'hui on est censés être fichés, on est censé accepter cela.



Depuis la loi de sécurité intérieure, simplement sur demande d'un enquêteur, un simple suspect peut même être fiché!

C'est ça. C'est la mise en place d'un ensemble de pratiques de contrôle, qu'on est censés accepter sans broncher de plus en plus, et c'est déca pour cela que c'est quelque chose de condamnable.

Sans vouloir replonger chez les anciens, tout ça se rapproche de cette citation de Proudhon(9), qui dit qu'« Être gouverné, c'est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n'ont ni titre, ni la science, ni la vertu... Être gouverné, c'est être à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé ». Est-ce que vous êtes dans cette logique là, de refus de contrôle par une instance supérieure, ma foi, ce ne serait pas choquant...

Assez basiquement, on peut se définir comme ça, oui. Après, oui, c'est toujours intéressant de définir des parallèles...

Puisse qu'on y est,vous avez sûrement des références théoriques; je pense à Jacques Ellul, sur le progrès technique et ses implications, je pense à Ivan Illich, peut-être.

Ellul, oui. Illich là-dessus, peut-être moins. Illitch ça serait plus sur l'autonomie, c'est à dire comment ces technologies de contrôle nous font perdre une marge d'autonomie. Il y a aussi Günther Anders.

Alors, pour ce qui est de ton mouvement, est ce que tu le sens bien représenté dans les mouvements d'extrême gauche, dans les mouvements alternatifs? Est-ce que tu sens que ces idées là arrivent à s'immiscer dans les cercles de réflexion? Quelles en sont les perspectives?

Nous avons bien des contacts avec des gens, mais en général, l'extrême gauche, qu'on pourrait croire basiquement sensible à ce sujet, se contente d'avoir une réflexion sur l'aspect sécuritaire seulement, et sans aucune remise en cause de l'industrialisation, ni de l'apparition de ses technologies. Généralement, à gauche, même peut-être plus qu'à droite, il y a une fascination pour le progrès, l'industrialisation.



Ca vient du positivisme, un peu, hein?

A vrai dire, on n'attend pas un vrai soutien profond, on arrive pas à avoir une connivence avec ces gens là. Par contre, là où l'on a du soutien, c'est chez les quelques agriculteurs qui refusent le puçage obligatoire des animaux, sur les gens qui vont s opposer à la centrale nucléaire ITER, tous ceux qui ont une réflexion sur l'industrialisation et ses conséquences. Bon, ce n'est pas un milieu qui est très gros, hein, mais c'est des gens que l'on côtoie, avec lesquels on est emmenés à militer.

C'est plutôt la société civile.

C'est pas les Verts, et c'est pas la LCR.

Il ne te semble pas que ce sera demain la veille que ces idées seront au programme...même des Verts?

Pas du tout. Les Verts sont fascinés par l'expertise et la contre-expertise, il vont essayer de faire un genre de catalogue des nuisances, sans chercher à voir ce qui les a rendues possibles, il ne sont pas du tout dans cette démarche là.

Et d'ici là... le procès en appel, c'est quand?

On nesait pas quand ce sera. Pour se tenir au courant, on a eu recours à internet, ce qui n'était pas le voeu de tout le monde, mais il y a un blog qui existe http://1984.over-blog.com/ (le blog de Georges Orwell!) où sont donc mis en ligne beaucoup de documents relatifs à la biométrie, au procès. Il y a un inventaire de l'invasion biométrique, où chaque personne qui voit se mettre en place près de chez elle un dispositif peut le faire connaître aux yeux du monde. Sinon, on a coutume de se regrouper pour parler de tout ça, c'est assez informel.
Il y a eu notamment une exposition à la cité des sciences qui était assez horrible, qui se voulait totalement objective, et qui montrait « tout ce qu'il faut savoir sur la biométrie». A la fin de l'expo, les gens pouvaient se faire biométriser et voter grâce à un dispositif biométrique si l'exposition avait été utile... quelque chose d'assez moche, qu'on est allé perturber gentiment, en distribuant des tracts.

Et en ce qui concerne la coordination elle-même, des projets?

Non pas pour l'instant, non. il faut attendre le retour du procès, je crois qu'il y a des choses qui vont réemerger. Qui sait, certains groupes vont peut-être eux aussi casser des machines.

Eh bien merci Stepan Oblomov!




Notes


(1) Le coût du bris de machine a été estimé à plus de 15000€ par la direction.

(2) Il s'agit de Louis Joinet, ancien président de la CNIL.

(3) Le GIXEL, grâce à ce « livre bleu », a obtenu un Orwell pour la compétition des Big Brother Awards 2004, qui prime chaque année les pires systèmes de contrôle . Le site propose un lien vers le texte du Livre bleu, tel qu'il a été publié avant que le GIXEL ne l'ait expurgé de ses éléments les plus nauséabonds.

(4) Le député Pierre Lasbordes est aussi membre de l'office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques.

(5) Les livrets ouvriers ont été crées sous Napoléon, en 1803, pour restreindre la liberté de circulation des ouvriers.

(6) Cette notion fait référence à l'article 122-7 du Code Pénal, qui dit, plus précisément, que « N'est pas pénalement responsable la personne qui, face à un danger actuel ou imminent qui menace elle-même, autrui, ou un bien, accomplit un acte nécessaire à la sauvegarde de la personne ou du bien, sauf s'il y a disproportion entre les moyens employés et la gravité de la menace ».

(7) Article paru dans le supplément Essonne du Parisien du 19 novembre 2005.

(8) A ce jour, le code de procédure pénale (article 706-55) prévoit le prélèvement d'ADN pour pas moins de 137 infractions.

(9) Proudhon, in « qu'est-ce que le gouvernement? ».

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