L'autre soir que je préparais ma bolognaise, le JT frappe à la lucarne de ma télé, avec mon Villepin en guest star. Mon ministre du néant et du quedalle me dit, les yeux dans la caméra, que oui, il faut filmer et téléviser les conseils des ministres, le tout pour que les gens « comprennent comment ça marche », et, sans rire, « pour que les Bastilles tombent ». Là dessus, les journalistes soucieux d'éclairer ces propos, se mettent à interviewer trois pèlerins/passants qui passaient par là, et qui face au micro, nous tiennent à peu près ce verbiage: Oui, c'est bien, « Power to the People », fume et fait tourner mon frère, et vote à droite, ou bien Non, c'est pas bien (Point).

Moi ce qui m'étonne, c'est que les personnes interrogées avaient l'air d'avoir plus de cinq ans d'âge mental, et que n'importe quel esprit critique pas trop mal dégrossi, quand on veut lui faire prendre une caméra devant des ministres pour la prise de la Bastille version « show-laser-2000 », a le droit d'utiliser son joker anti-proposition à la con, j'entends la réponse « feuque aufe ». Mais on peut essayer de comprendre comment une telle baudruche médiatique, de celles qui font « prout » en se dégonflant quand on veut les jauger, un tel non-projet peut taper au carreaux de millions d'écrans de télé en deuxième place au JT. Vous verrez, il n'y aura pas besoin de connivence entre médias et politiques, ni de complot: une bonne dose de médiocrité suffira.
Alors voilà, plantons le décor. Notre sémillant premier ministre est tellement bas dans les sondages qu'on risque de marcher dedans si on ne fait pas attention. Il utilise alors la ruse de sioux de son illustre prédécesseur Raf', alias « l'aigle du Poitou »: com-mu-ni-quer! Même, et même surtout si il n'y a rien à dire. Donc conférence de presse matin midi et soir, déplacements sur « le terrain », meubler, quoi.
Là-dessus, rejoignons la rédaction de notre vénérable JT : quoi de beau aujourd'hui? Ah, ouais, la conférence de presse de Villepin, regarde, y a même une invit'. Y aura peut-être de la bouffe, et puis s'est chauffé. Une équipe est donc envoyée. Et là, cerise sur le petit beurre, on complète le « Best of » de la conf' par un micro-trottoir à la con dans le coin. C'est généralement ce qu'on fait quand on n'a rien à dire sur un sujet, ou qu'on n'a pas envie de se casser le cul à analyser l'information. Un peu comme quand on demande après un assassinat aux voisins du meurtrier si ils se doutaient de quelque chose, si le type avait une sale gueule, ou bien après une explosion si ça a fait plutôt « bing » ou « boum ». Ca n'a aucun intérêt, ça n'apporte aucun éclairage, mais ça fait « à l'écoute » de l'homme de la rue.

Parmi les trois commentateurs anonymes retenus, pas un ne s'est posé la question de la pertinence d'une telle proposition. En même temps, si je mets à la place du journaliste, je vais pas forcément garder au montage un mec qui dirait « mais cette information n'a aucun intérêt, et je ne comprends même pas qu'on dépêche une équipe de crétins comme vous pour une merde pareille ». Non, on garde les gens qui ont l'air hyper-concernés, avec un avis bien tranché sur la question, si creuse soit-elle. On rentre au bureau, on monte, on sert encore chaud bouillant à des téléspectateurs perdus entre les coquillettes et le fromage blanc. Et là intervient le côté performatif du message: c'est une véritable prophétie auto-réalisatrice. Ben oui, ducon, si on te cale ce sujet en deuxième place du JT, si les gens dans la rue en parlent à nos caméras, ça veut forcement dire que c'est important!
Et voilà comment un non-évènement occupe l'espace médiatique. Vous voyez, pas besoin de conspiration, mais juste, à toutes les étapes de la diffusion, de médiocrité et de nivellement par le pas. Médiocrité du pouvoir qui, à court d'idée, tente à grands coups de déplacements inutiles et de formules à la con, de cacher le vide existentiel et l'inefficacité de ses propositions.
Média-crité des journalistes qui préfèrent diffuser n'importe quelle daube qui vient d' « en haut », quitte à devenir des agents de com sans esprit critique, plutôt que de rater une information « urgente »(?), si peu pertinente soit-elle. Titiller la curiosité du téléspectateur, être polémique, ouvrir nos concitoyens à d'autres pistes, les émerveiller des beautés du monde, les insurger contre ses injustices, Mais mon pauvre ami, à quoi bon! Pourquoi se faire chier alors qu'il suffit de mettre un nom sur une invitation, de filmer le prince et d'interviewer trois pingouins pour avoir de l' « information ».

Abrutissement , enfin du spectateur, qui donne raison aux marchands d'images les plus cyniques, lorsqu'il préfère l'info con mais près de chez lui aux sursauts d'un monde trop différent, lorsqu'il veut des belles images plutôt que des analyses, quand il zappe sur TF1 plutôt que sur Arte, quand il demande de la « proximité » nivelée vers le moindre effort intellectuel, du publireportage dans le sens du poil. Après tout, l' « information », prémâchée par les conseillers en communication, conditionnée par les médias arrive précuite dans nos télés- micro-ondes, avec ouverture facile, alors que demander de plus?
L'info prête-à-penser vous souhaite bon appétit!

Moi ce qui m'étonne, c'est que les personnes interrogées avaient l'air d'avoir plus de cinq ans d'âge mental, et que n'importe quel esprit critique pas trop mal dégrossi, quand on veut lui faire prendre une caméra devant des ministres pour la prise de la Bastille version « show-laser-2000 », a le droit d'utiliser son joker anti-proposition à la con, j'entends la réponse « feuque aufe ». Mais on peut essayer de comprendre comment une telle baudruche médiatique, de celles qui font « prout » en se dégonflant quand on veut les jauger, un tel non-projet peut taper au carreaux de millions d'écrans de télé en deuxième place au JT. Vous verrez, il n'y aura pas besoin de connivence entre médias et politiques, ni de complot: une bonne dose de médiocrité suffira.
Alors voilà, plantons le décor. Notre sémillant premier ministre est tellement bas dans les sondages qu'on risque de marcher dedans si on ne fait pas attention. Il utilise alors la ruse de sioux de son illustre prédécesseur Raf', alias « l'aigle du Poitou »: com-mu-ni-quer! Même, et même surtout si il n'y a rien à dire. Donc conférence de presse matin midi et soir, déplacements sur « le terrain », meubler, quoi.
Là-dessus, rejoignons la rédaction de notre vénérable JT : quoi de beau aujourd'hui? Ah, ouais, la conférence de presse de Villepin, regarde, y a même une invit'. Y aura peut-être de la bouffe, et puis s'est chauffé. Une équipe est donc envoyée. Et là, cerise sur le petit beurre, on complète le « Best of » de la conf' par un micro-trottoir à la con dans le coin. C'est généralement ce qu'on fait quand on n'a rien à dire sur un sujet, ou qu'on n'a pas envie de se casser le cul à analyser l'information. Un peu comme quand on demande après un assassinat aux voisins du meurtrier si ils se doutaient de quelque chose, si le type avait une sale gueule, ou bien après une explosion si ça a fait plutôt « bing » ou « boum ». Ca n'a aucun intérêt, ça n'apporte aucun éclairage, mais ça fait « à l'écoute » de l'homme de la rue.

Parmi les trois commentateurs anonymes retenus, pas un ne s'est posé la question de la pertinence d'une telle proposition. En même temps, si je mets à la place du journaliste, je vais pas forcément garder au montage un mec qui dirait « mais cette information n'a aucun intérêt, et je ne comprends même pas qu'on dépêche une équipe de crétins comme vous pour une merde pareille ». Non, on garde les gens qui ont l'air hyper-concernés, avec un avis bien tranché sur la question, si creuse soit-elle. On rentre au bureau, on monte, on sert encore chaud bouillant à des téléspectateurs perdus entre les coquillettes et le fromage blanc. Et là intervient le côté performatif du message: c'est une véritable prophétie auto-réalisatrice. Ben oui, ducon, si on te cale ce sujet en deuxième place du JT, si les gens dans la rue en parlent à nos caméras, ça veut forcement dire que c'est important!
Et voilà comment un non-évènement occupe l'espace médiatique. Vous voyez, pas besoin de conspiration, mais juste, à toutes les étapes de la diffusion, de médiocrité et de nivellement par le pas. Médiocrité du pouvoir qui, à court d'idée, tente à grands coups de déplacements inutiles et de formules à la con, de cacher le vide existentiel et l'inefficacité de ses propositions.
Média-crité des journalistes qui préfèrent diffuser n'importe quelle daube qui vient d' « en haut », quitte à devenir des agents de com sans esprit critique, plutôt que de rater une information « urgente »(?), si peu pertinente soit-elle. Titiller la curiosité du téléspectateur, être polémique, ouvrir nos concitoyens à d'autres pistes, les émerveiller des beautés du monde, les insurger contre ses injustices, Mais mon pauvre ami, à quoi bon! Pourquoi se faire chier alors qu'il suffit de mettre un nom sur une invitation, de filmer le prince et d'interviewer trois pingouins pour avoir de l' « information ».

Abrutissement , enfin du spectateur, qui donne raison aux marchands d'images les plus cyniques, lorsqu'il préfère l'info con mais près de chez lui aux sursauts d'un monde trop différent, lorsqu'il veut des belles images plutôt que des analyses, quand il zappe sur TF1 plutôt que sur Arte, quand il demande de la « proximité » nivelée vers le moindre effort intellectuel, du publireportage dans le sens du poil. Après tout, l' « information », prémâchée par les conseillers en communication, conditionnée par les médias arrive précuite dans nos télés- micro-ondes, avec ouverture facile, alors que demander de plus?
L'info prête-à-penser vous souhaite bon appétit!
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