Regardez bien l'image qui suit, au train où vont les choses elle sera bientôt interdite:

Mais non, ce n'est pas ce que vous pensez: il s'agit de notre urticante ortie, et non de l ' « herbe aux lapins » qui fait rigoler les jeunes quand on la fume. Mais que vient faire cette déplorable urticante dans ce billet d'humeur jadis si fougueusement politique? Bon. Poussez vous un peu, laissez père Castor s'asseoir et vous conter l'histoire qui suit.
Il faut savoir que l'ortie est utilisée depuis toujours dans le jardinage. Il existe encore, de nos jours, des gens qui préfèrent ainsi faire leur « purin d'ortie » plutôt que de courir systématiquement chez les marchands d'engrais de notre glorieuse industrie phyto-sanitaire. En plus des agriculteurs Bio à la lettre ou dans l'esprit, comptez aussi les jardiniers de plus en plus nombreux à redonner du sens à leurs gestes, à se rapproprier les savoir-faire horticoles de toujours, et à ainsi découvrir qu'on peut faire de délicieux légumes sans utiliser ni poudre bleue ni granulés roses fluos.
Un horticulteur de l'Ain, qui dispensait ce genre de conseils alternatifs, vit un jour les flics débarquer chez lui, saisir ses polycopiés de cours manu militari au nom de la loi. Que reproche-t-on à l'enseignant planteur? Officiellement, d'avoir fait la promotion d'un produit agricole « non homologué ». Plus précisément, le décret du 1er juillet 2006, en application de la loi d'orientation agricole de janvier 2006, interdit la commercialisation, la détention et la promotion de produits phytosanitaires non homologués. sanctions: deux ans, 75000 boules (enfin, je crois). Pas moyen donc de faire la promotion d'une méthode naturelle, efficace et peu onéreuse, bien que celle-ci ait fait ses preuves depuis-ci longtemps. Ceux qui proposent de chasser les pucerons avec de la moutarde, ou d'écarter les limaces des légumes en les attirant avec un verre de bière n'ont qu'à bien se tenir: la loi saura les entraver, ces salauds!

Avec une cervelle à peu près opérationnelle, on comprend vite l'intérêt que le bon vieux gros lobby du phyto-sanitaire a pu trouver dans une telle loi, puisse qu'elle revient à ne favoriser que les solutions chimiques. Sans être avocat à la cour, on peut aussi flairer le caractère profondément intrusif d'un tel règlement, qui interdit même à un prof d'évoquer une technique pourtant éprouvée ( pendant ce temps là, en Sorbonne, on remet un doctorat à une astrologue « people »... O tempora, ô mores! Mais je m'égare...).
Alors vous me direz, loi liberticide, certes, loi de peu d'esprit scientifique, certes encore, loi au service du poignon, re-re-certes. Mais, Coco, ajouterez vous, quoi d'neuf là dedans? Et pourquoi qu'tu nous embête avec tes embrouilles de paysan, alors qu'on est en pleine guerre du brushing et du slogan, campagne électorale oblige?
Eh ben je vous la fait courte et en trois parties, comme à l'école: primo, les gros trusts chimiques qui nous pourrissent les sols, la bouffe et les nappes phréatiques nous envoient leurs communiquants, façon « Thank you for smoking », prêcher la bonne parole polluante dans les médias et dans l'hémicycle, et ça, ça me gonfle. Car comme chez les Ricains, en France, de joyeux drilles du lobbying savent faire comprendre aux dirigeants que leurs bénéfices sonnants et trébuchants valent bien l'intérêt général.
Des exemples? Souvenez vous des députés viticoles qui ont réussi à faire échouer les projets politique de santé contre l'alcoolisme. Regardez la bagnole, sinon: officiellement, France terre de radars, sécurité routière je chéris ton nom, pas le droit d'invoquer la vitesse comme argument de vente dans la pub pour les voitures. Dans la réalité, le lobby de la caisse fais tout pour interdire le bridage des voitures à 130 (solution assez logique contre les grands et mortels excès de vitesses), parce que la vitesse...ça vend! Je passe sur le lobby du tabac, qui a su si longtemps faire rimer « cancer » et « addiction » avec bénéfices.
Le « primo » de mon argumentaire est assez clair (non?): c'est d'un lobby industriel fricophage de plus qu'il agit, de cette grande famille des « groupes de pression » prêts à brader la vérité scientifique, l'environnement et leur mère pour faire plus de flouze. Et avec un zeste de naïveté, on est en droit de se demander quelle est la légitimité politique de ces groupes régnant par et pour l'argent, et à l'encontre de l'intérêt général. Mais bon...

Secundo, cette affaire montre bien pour moi le caractère totalitaire du Fric-roi. Je m'explique: nous vivons dans une puissance agricole surproductive sous perfusion, où l'agriculture est rationalisée, où le bétail sera bientôt pucé, un bijou d'efficacité où le rendement règne en maître. Tenez, suffit de lire le sous-titre du premier chapitre du texte de la loi de janvier 2006, l'esprit y est: « Faire évoluer l'exploitation agricole vers l'entreprise agricole » (traduction: bande de péquenots, devenez les comptables d'une agriculture fordiste).
Mais depuis quelques décennies, voici que quelques courageux exploitants agricoles sacrifient un peu de ces sacro-saints rendements au bon sens, pour une agriculture plus raisonnée. Voici aussi que dans un pittoresque retour à la terre, le jardinage revient en force et que l'on redécouvre les saisons et leurs goûts. Voici, en somme, que le fait de planter, de récolter et de manger prend un autre sens, que l'on se réintéresse aux saveurs et aux techniques que le culte du rentable avait balayées. L'agriculture comme laboratoire d'un travailler, d'un produire et d'un vivre autrement.
Et là, Bing, les gros produits chimiques reviennent en force avec une nouvelle loi sous le coude nous pourrir les nappes phréatiques et nous épuiser les sols; et ce, jusqu'aux terrains, « sanctuarisés », des cultures du bio et du jardinage. Il n'y avait pas assez de fric à se faire et de terre à polluer avec l'agriculture surproductiviste, non, fallait venir nous emmerder jusque dans nos jardins. Fric roi, vous dis-je.

Enfin, Tertio: pour moi, l'aspect le plus profondément prédateur de cette loi, c'est qu'elle tend, sous prétexte d'une « professionnalisation » sinistre, à nous expurger d'un patrimoine technique commun, à diviser encore le travail, et à nous éloigner d'un lien essentiel avec le monde.
Pour faire une comparaison, parlons de la cuisine. J'aime faire la cuisine. Ce n'est pas très rentable vu le temps que ça prend, et mes plats seront toujours moins « safe » que les surgelés homologués. Mais j'aime ça, cuisiner, ça me coupe du train-train, du duo « travaille / consomme comme un dingue ». Ca me relie à des savoir faire, des tours de mains, des trucs qui se transmettent depuis toujours. Et ça me donne ce sentiment de souveraine liberté, qui me fait croire que quelque soient les conditions, je saurais me démerder pour me faire à manger. C'est une autonomie, une culture et un patrimoine commun. Et je n'aimerais pas que des mecs viennent me dire que pour éviter les intoxications, il faudrait désormais faire appel à des fiches de cuisine homologuées, qu'on pourrait me coffrer si j'osais conseiller de mettre du céleri dans la bolognaise, et qu'on fermerait les restaurants qui auraient mis du sel dans l'eau des pâtes alors que ce n'est pas encore dans le code. Surtout si toutes ces lois étaient inspirées par un lobby des barquettes surgelées!

c'est vraiment cet enjeu que je voudrais retenir pour la fin, celui de savoirs autonomes et indépendants. Nous sommes déjà coupés d'un grand nombre de savoir-faire, que notre société technicienne a confiés à des spécialistes. Moi par exemple, quand j'ai une fuite chez moi, et bien j'appelle un plombier, parce que je ne sais pas réparer la tuyauterie (rigolez, mais vous préférez vous faire livrer une pizza que d'essayer de cuisiner!). Je m'en remet à un spécialiste, homologué, et tout le toutim. Nous même sommes hyper-spécialisés dans nos professions et nos formations.
Mais ce qu'on gagne en « efficacité » dans cette très grande division du travail, on le perd parfois, à mon sens, en liberté, en diversité et en indépendance. Oui, on gagne du temps et de l'argent à appeler le plombier, à acheter des surgelés, et à faire appel aux engrais et pesticides pour son jardin. Mais, ainsi digérés, intégrés dans le système, qui sommes nous vraiment d'autre qu'un rouage, si nous n'apprenons plus à planter un clou, à faire notre jardin simplement, à faire cuire nos pâtes? et ne perdons nous pas ainsi, pour raisons de rentabilité, un aspect ludique, une source de plaisir pour nos vies?
Mais je m'emporte. J'espère au moins vous avoir montré les « amis de l'ortie » sous un autre jour! Bon je file, faut que j'aille herser ma rizière...

Mais non, ce n'est pas ce que vous pensez: il s'agit de notre urticante ortie, et non de l ' « herbe aux lapins » qui fait rigoler les jeunes quand on la fume. Mais que vient faire cette déplorable urticante dans ce billet d'humeur jadis si fougueusement politique? Bon. Poussez vous un peu, laissez père Castor s'asseoir et vous conter l'histoire qui suit.
Il faut savoir que l'ortie est utilisée depuis toujours dans le jardinage. Il existe encore, de nos jours, des gens qui préfèrent ainsi faire leur « purin d'ortie » plutôt que de courir systématiquement chez les marchands d'engrais de notre glorieuse industrie phyto-sanitaire. En plus des agriculteurs Bio à la lettre ou dans l'esprit, comptez aussi les jardiniers de plus en plus nombreux à redonner du sens à leurs gestes, à se rapproprier les savoir-faire horticoles de toujours, et à ainsi découvrir qu'on peut faire de délicieux légumes sans utiliser ni poudre bleue ni granulés roses fluos.
Un horticulteur de l'Ain, qui dispensait ce genre de conseils alternatifs, vit un jour les flics débarquer chez lui, saisir ses polycopiés de cours manu militari au nom de la loi. Que reproche-t-on à l'enseignant planteur? Officiellement, d'avoir fait la promotion d'un produit agricole « non homologué ». Plus précisément, le décret du 1er juillet 2006, en application de la loi d'orientation agricole de janvier 2006, interdit la commercialisation, la détention et la promotion de produits phytosanitaires non homologués. sanctions: deux ans, 75000 boules (enfin, je crois). Pas moyen donc de faire la promotion d'une méthode naturelle, efficace et peu onéreuse, bien que celle-ci ait fait ses preuves depuis-ci longtemps. Ceux qui proposent de chasser les pucerons avec de la moutarde, ou d'écarter les limaces des légumes en les attirant avec un verre de bière n'ont qu'à bien se tenir: la loi saura les entraver, ces salauds!

Avec une cervelle à peu près opérationnelle, on comprend vite l'intérêt que le bon vieux gros lobby du phyto-sanitaire a pu trouver dans une telle loi, puisse qu'elle revient à ne favoriser que les solutions chimiques. Sans être avocat à la cour, on peut aussi flairer le caractère profondément intrusif d'un tel règlement, qui interdit même à un prof d'évoquer une technique pourtant éprouvée ( pendant ce temps là, en Sorbonne, on remet un doctorat à une astrologue « people »... O tempora, ô mores! Mais je m'égare...).
Alors vous me direz, loi liberticide, certes, loi de peu d'esprit scientifique, certes encore, loi au service du poignon, re-re-certes. Mais, Coco, ajouterez vous, quoi d'neuf là dedans? Et pourquoi qu'tu nous embête avec tes embrouilles de paysan, alors qu'on est en pleine guerre du brushing et du slogan, campagne électorale oblige?
Eh ben je vous la fait courte et en trois parties, comme à l'école: primo, les gros trusts chimiques qui nous pourrissent les sols, la bouffe et les nappes phréatiques nous envoient leurs communiquants, façon « Thank you for smoking », prêcher la bonne parole polluante dans les médias et dans l'hémicycle, et ça, ça me gonfle. Car comme chez les Ricains, en France, de joyeux drilles du lobbying savent faire comprendre aux dirigeants que leurs bénéfices sonnants et trébuchants valent bien l'intérêt général.
Des exemples? Souvenez vous des députés viticoles qui ont réussi à faire échouer les projets politique de santé contre l'alcoolisme. Regardez la bagnole, sinon: officiellement, France terre de radars, sécurité routière je chéris ton nom, pas le droit d'invoquer la vitesse comme argument de vente dans la pub pour les voitures. Dans la réalité, le lobby de la caisse fais tout pour interdire le bridage des voitures à 130 (solution assez logique contre les grands et mortels excès de vitesses), parce que la vitesse...ça vend! Je passe sur le lobby du tabac, qui a su si longtemps faire rimer « cancer » et « addiction » avec bénéfices.
Le « primo » de mon argumentaire est assez clair (non?): c'est d'un lobby industriel fricophage de plus qu'il agit, de cette grande famille des « groupes de pression » prêts à brader la vérité scientifique, l'environnement et leur mère pour faire plus de flouze. Et avec un zeste de naïveté, on est en droit de se demander quelle est la légitimité politique de ces groupes régnant par et pour l'argent, et à l'encontre de l'intérêt général. Mais bon...

Secundo, cette affaire montre bien pour moi le caractère totalitaire du Fric-roi. Je m'explique: nous vivons dans une puissance agricole surproductive sous perfusion, où l'agriculture est rationalisée, où le bétail sera bientôt pucé, un bijou d'efficacité où le rendement règne en maître. Tenez, suffit de lire le sous-titre du premier chapitre du texte de la loi de janvier 2006, l'esprit y est: « Faire évoluer l'exploitation agricole vers l'entreprise agricole » (traduction: bande de péquenots, devenez les comptables d'une agriculture fordiste).
Mais depuis quelques décennies, voici que quelques courageux exploitants agricoles sacrifient un peu de ces sacro-saints rendements au bon sens, pour une agriculture plus raisonnée. Voici aussi que dans un pittoresque retour à la terre, le jardinage revient en force et que l'on redécouvre les saisons et leurs goûts. Voici, en somme, que le fait de planter, de récolter et de manger prend un autre sens, que l'on se réintéresse aux saveurs et aux techniques que le culte du rentable avait balayées. L'agriculture comme laboratoire d'un travailler, d'un produire et d'un vivre autrement.
Et là, Bing, les gros produits chimiques reviennent en force avec une nouvelle loi sous le coude nous pourrir les nappes phréatiques et nous épuiser les sols; et ce, jusqu'aux terrains, « sanctuarisés », des cultures du bio et du jardinage. Il n'y avait pas assez de fric à se faire et de terre à polluer avec l'agriculture surproductiviste, non, fallait venir nous emmerder jusque dans nos jardins. Fric roi, vous dis-je.

Enfin, Tertio: pour moi, l'aspect le plus profondément prédateur de cette loi, c'est qu'elle tend, sous prétexte d'une « professionnalisation » sinistre, à nous expurger d'un patrimoine technique commun, à diviser encore le travail, et à nous éloigner d'un lien essentiel avec le monde.
Pour faire une comparaison, parlons de la cuisine. J'aime faire la cuisine. Ce n'est pas très rentable vu le temps que ça prend, et mes plats seront toujours moins « safe » que les surgelés homologués. Mais j'aime ça, cuisiner, ça me coupe du train-train, du duo « travaille / consomme comme un dingue ». Ca me relie à des savoir faire, des tours de mains, des trucs qui se transmettent depuis toujours. Et ça me donne ce sentiment de souveraine liberté, qui me fait croire que quelque soient les conditions, je saurais me démerder pour me faire à manger. C'est une autonomie, une culture et un patrimoine commun. Et je n'aimerais pas que des mecs viennent me dire que pour éviter les intoxications, il faudrait désormais faire appel à des fiches de cuisine homologuées, qu'on pourrait me coffrer si j'osais conseiller de mettre du céleri dans la bolognaise, et qu'on fermerait les restaurants qui auraient mis du sel dans l'eau des pâtes alors que ce n'est pas encore dans le code. Surtout si toutes ces lois étaient inspirées par un lobby des barquettes surgelées!

c'est vraiment cet enjeu que je voudrais retenir pour la fin, celui de savoirs autonomes et indépendants. Nous sommes déjà coupés d'un grand nombre de savoir-faire, que notre société technicienne a confiés à des spécialistes. Moi par exemple, quand j'ai une fuite chez moi, et bien j'appelle un plombier, parce que je ne sais pas réparer la tuyauterie (rigolez, mais vous préférez vous faire livrer une pizza que d'essayer de cuisiner!). Je m'en remet à un spécialiste, homologué, et tout le toutim. Nous même sommes hyper-spécialisés dans nos professions et nos formations.
Mais ce qu'on gagne en « efficacité » dans cette très grande division du travail, on le perd parfois, à mon sens, en liberté, en diversité et en indépendance. Oui, on gagne du temps et de l'argent à appeler le plombier, à acheter des surgelés, et à faire appel aux engrais et pesticides pour son jardin. Mais, ainsi digérés, intégrés dans le système, qui sommes nous vraiment d'autre qu'un rouage, si nous n'apprenons plus à planter un clou, à faire notre jardin simplement, à faire cuire nos pâtes? et ne perdons nous pas ainsi, pour raisons de rentabilité, un aspect ludique, une source de plaisir pour nos vies?
Mais je m'emporte. J'espère au moins vous avoir montré les « amis de l'ortie » sous un autre jour! Bon je file, faut que j'aille herser ma rizière...
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