vendredi, mai 04, 2007

DU FIN FOND DE LA CAMPAGNE...ELECTORALE


Je suis vanné. Deux mini manifs et une signature de pétition dans la même matinée, le tout dans l'infernale tension nerveuse d'une campagne qui se termine plutôt mal. J'ai plus l'âge! Mais le plus pesant, c'est cette indifférence totale des gens devant des trucs qui devraient les scandaliser. On reproche à la candidate de ne pas connaître le nombre exact de sous marins nucléaires lanceurs d'engins, quand on a en face un candidat au pouvoir depuis cinq ans, et auquel on doit plus d'atteintes aux libertés publiques que je peux en écrire ici (La LDH s'en charge, t'inkiet'!).

Le plus gerbant, c'est la capacité des gens de la rue à mettre sur le même plan de comparaison d'un côté des incertitudes sur les chiffres (sur lesquels personne ne sait rien!) et de l'autre un projet de déchirement social. Trente secondes pour chacun. Combien de fois l'a-t-on entendu, le fameux « Ségo, j'aime pas son programme économique, Sarko je me méfie de son programme social ». Sous-entendu, balle au centre. C'est la même chose, c'est comparable, de vouloir ficher les mômes, de s'acharner sur les putes, les taulards, les sans-pap', les claudos, de laminer les derniers garde-fous de la république, d'agrandir les fractures sociales d'un côté, et d'avoir des incertitudes sur combien rapporterait une taxe sur les revenus boursiers de l'autre? C'est ce « tout ce vaut », matérialisé par le temps de parole partagé à la seconde près, qui assassine le débat, à trop vouloir le ménager.

Non, toutes les opinions ne se valent pas. il faudrait rappeler à nos médias la boutade de Godard, « L'objectivité, c'est cinq minutes pour Hitler, et cinq minutes pour les juifs ». C'était une blague il y a des années, mais la réalité kafkaïenne a rattrapé le bon mot. Pour ma part, je me suis demandé quel pouvait être le présupposé des braves gens qui se hasardent à ce genre de comparaisons. Pourquoi tant de clémence pour un homme aussi effrayant et autant de haine pour une candidate plutôt molle?

Qu'y a-t-il d'infra-rationnel qui fait choisir un type hargneux qui a raté son bilan à une nana insipide et doucereuse, certes, mais pas détestable? Côté gueule et sympathie apparente, y a pourtant pas photo. Il y a, c'est vrai et j'ai essayé de développer cela dans d'anciens billets de ce blog, ce perpétuel appel « au ventre» dans le discours du candidat, c'est sûr, ce côté manipulateur de la stratégie de la tension, cet appel a l'égoïsme, à la méfiance de l'étranger, à la peur. Mais cela est assez classique, du moins dans la nouvelle droite populiste.

Non, le petit plus, et j'avais espéré que ce soit un non-évènement, c'est que Ségo est une nana et Sarko un mec. Ah, la belle découverte! Je ne pensais pas que cela pouvait jouer autant, et pourtant...j'ai voulu connaître l'opinion émotionnelle de mon réseau de cadres Sarkozistes et Ségolénistes après le débat télévisé entre les candidats. Pour Ségo, c'est assez simple de comprendre les (mauvaises) raisons qui la rendent « Bankable ». Elle est maternelle, belle, elle prend bien la lumière. Et pour les Anti-Ségo? Mais mon brave, voyons, mais c'est une incompétente, qui perd facilement patience! Elle n'a pas l'aplomb, les épaules (entendez « les couilles ») pour ça, elle n'est pas « faite pour le job ».

Incompétente? Faudra m'expliquer quelle incompétente a pu être conseillère de Mitterrand à 27 ans. Pas d'aplomb? Sortir indemne du panier de crabes des éléphants socialistes, faut pas avoir peur. Elle perd patience? Au contraire, dans le débat elle a justifié sa très relative colère, là où franchement, les baffes se perdaient. Et puis j'invite les Sarkozistes à méditer sur la sérénité d'un candidat qui aurait déclaré vouloir les conspirateurs de Clearstream « sur un croc de boucher » quand il ne menaçait pas directement son collègue Begag de l'homérique « Je vais te casser la gueule, connard! »(1).

Non, c'est pas ça... Incompétence, instabilité émotionnelle, manque de charisme...voyons, voyons... Ceux qui ont, comme moi, connu les discussions de machines à café reconnaîtront plutôt dans ces critiques le sexisme ordinaire des discussions de bureau. Quand une femme est brillante, qu'elle devient « dangereuse » dans la boite, ou bien ses collègues remettent en cause sa féminité, ou bien ils lui prêtent une sensiblerie, une émotivité, ou une incompétence qui en ferait quelqu'un d'inapte « pour le job », pas capable de s'imposer. Pour faire simple, c'est la représentation symbolique que les cols blancs ont, en majorité, de la femme dans son milieu de travail. C'est là, bien sûr, un discours officieux, jamais complètement énoncé, un discours diffus, mais largement suffisant pour retirer les quelques points vitaux pour le second tour.

Je suis sûr que cela pèse, indirectement, dans l'électorat centre droit. Et que c'est à cause de ça qu'on va devoir se taper au moins cinq ans avec Joe Dalton, malgré l'évidence de sa dangerosité. Et ça, ça va pas aider à me remonter le moral d'ici dimanche.



(1)Azouz Begag a parlé dans son récent livre de cette fameuse engueulade avec son collègue de l'intérieur à l'époque des faits. Je ne résiste pas à la tentation de citer Begag qui nous rapporte plus pleinement les propos de Nicolas. Extrait: "Tu es un connard ! Un déloyal, un salaud ! Je vais te casser la gueule ! Tu te fous de mon nom... Tu te fous de mon physique aussi, je vais te casser ta gueule, salaud ! Connard !" (In Le Monde du 8 avril 2007)

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