samedi, mai 05, 2007

L'an I

Il va passer, y a quand même pas mal de chance. Plutôt que de croire à l'improbable les doigts croisés, jettons nos dernières forces de conviction dans la mêlée, et pensons à l'après. Il y a ceux qui se disent déjà "de cette crise, découlera peut-être un séisme à gauche, une lassitude populaire, une prise de conscience, une révolution". Je n'y crois pas.

Je crains au contraire un scénario à la Thatcher. Prise de pouvoir, grande libéralisation et révoltes. Puis résignation. Emeutes raciales, grèves longues et dures dans les mines, grèves de la faim en Irlande du Nord. Sans résultat devant la dureté du pouvoir, qui sort gagnant de tous ses bras de fers, avec en prime l'abandon des idées de gauche, pour encore des années là-bas. C'est quand je lis le programme du Labor, quand je vois le délabrement des luttes sociales chez les Anglais et la résignation de tous, là-bas, à l'ordre financier (malgré des conditions de vie qui devraient faire tout péter!) que je me dis que Miss Maggie et son T.I.N.A (There is no alternative) ont vraiment gagné. Elle a fait en un coup ce que Nixon (pour la répression) puis Reagan (pour le lessivage libéral) ont fait en deux.

Et moi je ne veux pas cela. Alors quelques soient les sondages, j'irai voter, et je renouvelle mon invitation auprès de mes amis qui ne voudraient pas "se salir les mains pour rien" à en faire autant (d'autant que la rumeur circule d'un écart plus faible que prévu). Allez jeter un oeil sur le blog de Mnouchkine, il y a un appel à voter qui en énervera sûrement, mais qui se comprend. Mais je sais que j'ai 90% de chance que l'autre passe, alors je me prépare. Aux émeutes? Non, je ne ferai pas ce cadeau à la "stratégie de la tension" qui se trame. Il est des pouvoirs qui savent conquérir l'opinion des masses en rétablissant l'ordre dans les chie-en-lits qu'ils ont semées.

Je me prépare plutôt à militer dans des conditions plus dures, à une indifférence des gens plus grande et a une répresion sur les plus faibles accrue. Mes amis, plus que jamais nous aurons la terrible tâche d'à la fois continuer les luttes quotidiennes dans un environnement plus hostile, et de ne pas laisser nos idées se faire anéantir par le triple danger de notre résignation sous les coups durs, des offensives de la pensée de droite qui se feront encore moins décentes, et de gens de plus en plus "vaccinés" à ce contre quoi ils se révoltaient jadis.

Lundi, nous entrons, sauf défaite surprise du favori, dans une période où nous devrons encore plus être solidaires, motivés et solides. j'ai le sentiment que si l'on veut que ce qui nous fait tenir survive, il nous faudra redoubler de fraternité et de rage joyeuse au combat.

Sur ces bons mots, je vais prendre l'air. Courage.

PS: je mettrai des photos, des vidéos et des reflexions plus intéressantes dans mes billets après cette campagne. Je n'avais vraiment pas le temps.

2 commentaires:

Anonyme a dit…

Ca y'est, les scooters à trois roues chevauchés par des jeunes actifs aux casques Mod Design se préparent demain soir à effectuer des tours endiablés de la Concorde, comme dans un remake gris et propret de Mad Max.

Les milices de "citoyens volontaires" promises par le grand (hum) leader s'organisent, de Neuilly aux Champs-Elysées en passant par La Défense, les mots de passe ("j'ai changé", "le travail rend libre") et les armes circulent comme une traînée de poudre blanche au Duplex.
"Cette nuit comme toutes les nuits à venir, la rue nous appartient ! A nous citoyens, la rue est rendue ! Qu'en 100 jours, Mai 68 et ses vassaux soient liquidés !"
Pris à partie alors qu'il venait se courber (hum) devant le Redresseur de France, André Glucksmann est, hélas ! la 1ère victime du "camp des honnêtes gens"...
Les murs de Paris devant la fureur de ces néo-muscadins (ils sont parfumés au Mennen Musc) se rappellent la Terreur blanche du directoire ; ils sont malheureusement muets et souffrent d'avoir des oreilles : au Sacré Coeur est organisé un concert presque gratuit - il donne droit à des abattements fiscaux - où Martin Solveig et David Guetta se relaient toute la nuit pour mixer des bootlegs de Gilbert Montagné et Carlos.

Au petit matin, tandis qu'on découvre José Bové (incarcéré la veille à 20h01) inanimé dans sa cellule suite à une indigestion de maïs Monsanto - l'enquête concluera à un suicide -, la France éternelle et rassemblée se lève tôt et s'exclame :

"La France, tu l'aimes ou tu la quittes !"

Adso, a dit…

T'aurais pas servi de nègre à Ezechiel dans le fameux passage des "ossements désséchés?" (de mémoire ça doit être Ezechiel 37 1-14...).