Ne comptez pas sur moi pour rire des déboires de notre gauche institutionnelle, la droite le fait trop bien. J'ai, aux yeux de mes amis plus radicaux, la faiblesse et la tendresse de croire que le PS abrite encore quelques compagnons de lutte qui veulent changer le monde. Aussi, si les méthodes et les orientations du PS m'échappent souvent, je garde envers et contre toute observation politique rationnelle et malgré les coups tordus (1), une indulgence, un lien de coeur avec ses militants que l'on croise parfois dans le monde associatif, lors des manifestations et des commémorations qui soudent encore ce qui reste de la « Gauche ».
Mais que reste-t-il du parti après l'avoinée des élections de printemps? L'équipée sauvage de la campagne s'est muée en pitoyable Bérézina. Quelques fuyards, certainement sonnés par la violence du choc, ont cru bon de passer à l'ennemi, (ainsi vont les moeurs politiques, me dirait-on au nouveau centre) tandis que le parti, hébété, voit l'un de ses leaders « présidentiable » éloigné au FMI, l'autre démissionnaire et échappé commissionnaire et une troisième, après la mise en scène de sa vie intime, n'assistant même plus aux congrès et reniant ce qu'elle avait dit en campagne. le beau tableau que voilà. Quant à ceux qui restent, ils n'ont même plus la force ou l'opportunité de jouer la montre en renouvelant une « synthèse » mollassonne qui colmaterait les brèches profondes en attendant...Dieu sait qui ou quoi. On s'excommunie, on s'invective, on se toise. On parle de divorce, mais idéologique, celui-ci. On remet en cause des promesses de campagne qui auraient été (sans rire) trop à gauche (2).

Et on rêve. On rêve, comme d'habitude, d'un homme providentiel qui galvaniserait les plus gauchos comme les centristes, on rêve de l'impossible et douteux retour d'un Tonton du troisième millénaire, d'un type qui saurait grouper les forces restantes pour repartir au front. Les quelques éléphants restants ont du se rêver dans ces habits mittérandiens, un peu grands pour eux, peut-être... Ah! Être le prochain à faire passer les vessies sociales-démocrates pour des lanternes de gauche! Comme il est attendu, ce bonimenteur rassembleur (3), sans lequel, tactiquement, la branlée serait inévitable.
Le chemin se prépare pour un virage plus ou moins personnifié vers un parti social-démocrate à la Blair-Clinton-Shröder, avec une coupure encore plus profonde d'avec l'électorat traditionnel de gauche, avec une course perdue d'avance au centre, avec son lot de résignations et d'abandons. Quand bien même un tel parti prendrait le pouvoir, ce serait pour y appliquer un programme de droite « light ». Va faire rêver les foules avec ça. J'ai bien dit « quand bien même ». Le virage social-démocrate porte, en effet, si bien ses fruits ailleurs : défaite en Allemagne après avoir tout droitisé, impuissance en Italie pour cause de trop large coalition, impopularité croissante en Angleterre. Un choix gagnant pour notre fine équipe, en effet.

Comment en est-on arrivé là? Une lecture façon politique salonnarde nous trouvera mille excuses de court-terme: la faute à Ségo, la faute à Sarko, les erreurs de com'...Mais je crois que deux raisons majeures sont en cause. La première, évidente, c'est le glissement vers le libéralisme bon teint, parfois cash , parfois à retardement (du genre signer l'ouverture du marché de l'énergie pour après, comme Jospin (4) l'a fait). Cette lente glissade vers la pensée unique, elle se fait par abandons successifs, jusqu'au récent « gagnant-gagnant » très RPR et vachement plus sexy que la lutte des classes. Après, il ne faut pas s'étonner de plonger sa gauche dans un doute métaphysique, et l'électorat du centre dans une suspicion amusée.
Sur le plan idéologique, il reste trois options au PS: Risquer une énième « synthèse » foireuse vouée à ne convaincre personne, ni Urbi ni Orbi. Tenter l'aventure rupturiste libérale-sociale et perdre les précieux points de sa gauche, ruinant ainsi tout espoir, même en grattant au centre, de gagner une élection. Et enfin, improbable, refondre une vraie politique de gauche qui ne se contente pas d'accompagner les dérives marchandes du monde, et forts de cette sincérité socialiste (pour le coup c'est le bon adjectif), partir à la reconquête des coeurs et des têtes, plutôt que de draguer les ventres (mous) d'un centre qu'on maintiendrait dans sa non politisation. Suivre sa vocation de parti socialiste par le haut, en somme, quitte a perdre du temps à court terme.

La deuxième cause d'échec, à mon avis, c'est que dans cette époque difficile où le besoin d'idées nouvelles se fait ressentir chez les socialistes, ceux-ci semblent bien plus obsédés par les querelles de personnes. Querelles qui n'excitent personne hors le parti, et qui lasseront même les militants. Et chacun de s'affirmer comme le messie salvateur. Le problème, c'est que notre système présidentiel très personnifié facilite cette lutte d'egos, et que l'exemple de la droite conforte cette croyance en la providence faite secrétaire-candidat, au risque pour le PS de se ridiculiser encore longtemps alors que le besoin n'y est est plus vraiment. Au risque aussi de perdre une occasion unique de faire remonter de la base et d'autres horizons des idées fraîches. Le temps serait, à mon sens, venu d'appliquer réellement la Démocratie participative tant clamée dans la campagne, de faire circuler les idées plutôt que les autocollants d'écuries.
Mais quelle perversion a pu faire d'un parti socialiste une si lamentable foire d'empoigne, un si déprimant panier de crabe, un tel bal des faux-culs et de traîtres? Pourquoi la com' a-t-elle autant pris le pas sur le fond? Pour résumer, comment ce qui devait n'être qu'un moyen (discutable, mais admettons), la prise du pouvoir et/ou le choix d'un chef, est devenu une fin en soi?
Ses questions, quoiqu'en pensent ceux qui prétendent vivre dans une époque radicalement coupée du passé, ces interrogations de la gauche ne sont pas si récentes. Elles ont une saveur qui rappelle les querelles entre Léninistes et libertaires, puis entre ces mêmes Léninistes et les communistes de conseil. On retrouve dans le PS ce sacrifice des moyens aux fins, cette manipulation des éléments plus gauchistes réduits au rang d'idiots utiles, cette obsession de la prise du pouvoir centralisé au prix de tant de palinodies, autant d'éléments qui avaient définitivement coupé Lénine de camarades plus libertaires (qu'il fit déssouder une fois au pouvoir, soit dit en passant). On retrouve aussi cette personnification, cette croyance liberticide en une avant-garde éclairée qui guiderait les masses militantes aveugles qui rebuta tant Rosa Luxemburg dans ce que devenait le bolchevisme.

Alors oui, je sais qu'il est de bon ton chez les sociaux-démocrates de voir dans ce passé folklorique les balbutiements au mieux émouvants au pire illusoires, d'une gauche qui n'avait pas encore appris les « réalités » ni les « responsabilités »(entendez l'abandon complet de toute la sphère politique au marché, avec quelques mesures d'accompagnement pour faire passer). Mais même du simple point de vue stratégique, si la vision à long-terme a encore un sens pour eux, les socialistes seraient bien inspirés de relire leur histoire plutôt que de la nier et de ne pas sacrifier les aspirations de leurs base à de démagogiques querelles de chefs, de ne pas noyer une vraie refonte des idées par la base et la société civile dans une parodie de démocratie interne qui n'aurait de participative que le nom, de ne pas abandonner ce qu'il leur reste de fins idéales pour de cyniques moyens de basse politique.
Alors, porté par une plus grande sincérité plutôt que par le douteux « charisme » de l'un ou de l'autre, le parti pourra-t-il peut-être envisager la reconquête des aspirations et des idées, en élevant le débat plutôt qu'en le mettant plus bas que terre.
Encore un effort, camarades!
(1)Merci encore au parti pour son non soutien des sans-papiers lors de la campagne. Force est ce le constater que cette très tactique tentative de ne pas effrayer le centre tout en lâchant camarades et idéaux n'a malheureusement pas fonctionné.
(2)Madame Royal, lors de l'émission « questions d'info » de LCP a il y a peu qualifié l'idée de smic à 1500€ de « pas du tout crédible », idée de M. Fabius rappelle-t-elle (très classe, cette solidarité entre camarades). La base appréciera l'immense sincérité de la candidate lors de la campagne, ainsi que l'élégant recul d'après-défaite. Du grand art. C'est vers la septième huitième minute de la vidéo ci dessous.
(3)Au congrès d'Epinay en 71, tonton parlait « rupture avec le capitalisme ». Pour mémoire, celui qui avait déclaré sans rire devant une usine « notre famille, ce sont les ouvriers » fit appliquer une politique d'austérité, de rigueur et de « modernisation » dès 83.
(4)C'est en effet sous le gouvernement Jospin qu'à Barcelone en 2002 fut signée l'ouverture du marché de l'énergie en Europe pour les professionnels en 2004.
Mais que reste-t-il du parti après l'avoinée des élections de printemps? L'équipée sauvage de la campagne s'est muée en pitoyable Bérézina. Quelques fuyards, certainement sonnés par la violence du choc, ont cru bon de passer à l'ennemi, (ainsi vont les moeurs politiques, me dirait-on au nouveau centre) tandis que le parti, hébété, voit l'un de ses leaders « présidentiable » éloigné au FMI, l'autre démissionnaire et échappé commissionnaire et une troisième, après la mise en scène de sa vie intime, n'assistant même plus aux congrès et reniant ce qu'elle avait dit en campagne. le beau tableau que voilà. Quant à ceux qui restent, ils n'ont même plus la force ou l'opportunité de jouer la montre en renouvelant une « synthèse » mollassonne qui colmaterait les brèches profondes en attendant...Dieu sait qui ou quoi. On s'excommunie, on s'invective, on se toise. On parle de divorce, mais idéologique, celui-ci. On remet en cause des promesses de campagne qui auraient été (sans rire) trop à gauche (2).

Et on rêve. On rêve, comme d'habitude, d'un homme providentiel qui galvaniserait les plus gauchos comme les centristes, on rêve de l'impossible et douteux retour d'un Tonton du troisième millénaire, d'un type qui saurait grouper les forces restantes pour repartir au front. Les quelques éléphants restants ont du se rêver dans ces habits mittérandiens, un peu grands pour eux, peut-être... Ah! Être le prochain à faire passer les vessies sociales-démocrates pour des lanternes de gauche! Comme il est attendu, ce bonimenteur rassembleur (3), sans lequel, tactiquement, la branlée serait inévitable.
Le chemin se prépare pour un virage plus ou moins personnifié vers un parti social-démocrate à la Blair-Clinton-Shröder, avec une coupure encore plus profonde d'avec l'électorat traditionnel de gauche, avec une course perdue d'avance au centre, avec son lot de résignations et d'abandons. Quand bien même un tel parti prendrait le pouvoir, ce serait pour y appliquer un programme de droite « light ». Va faire rêver les foules avec ça. J'ai bien dit « quand bien même ». Le virage social-démocrate porte, en effet, si bien ses fruits ailleurs : défaite en Allemagne après avoir tout droitisé, impuissance en Italie pour cause de trop large coalition, impopularité croissante en Angleterre. Un choix gagnant pour notre fine équipe, en effet.

Comment en est-on arrivé là? Une lecture façon politique salonnarde nous trouvera mille excuses de court-terme: la faute à Ségo, la faute à Sarko, les erreurs de com'...Mais je crois que deux raisons majeures sont en cause. La première, évidente, c'est le glissement vers le libéralisme bon teint, parfois cash , parfois à retardement (du genre signer l'ouverture du marché de l'énergie pour après, comme Jospin (4) l'a fait). Cette lente glissade vers la pensée unique, elle se fait par abandons successifs, jusqu'au récent « gagnant-gagnant » très RPR et vachement plus sexy que la lutte des classes. Après, il ne faut pas s'étonner de plonger sa gauche dans un doute métaphysique, et l'électorat du centre dans une suspicion amusée.
Sur le plan idéologique, il reste trois options au PS: Risquer une énième « synthèse » foireuse vouée à ne convaincre personne, ni Urbi ni Orbi. Tenter l'aventure rupturiste libérale-sociale et perdre les précieux points de sa gauche, ruinant ainsi tout espoir, même en grattant au centre, de gagner une élection. Et enfin, improbable, refondre une vraie politique de gauche qui ne se contente pas d'accompagner les dérives marchandes du monde, et forts de cette sincérité socialiste (pour le coup c'est le bon adjectif), partir à la reconquête des coeurs et des têtes, plutôt que de draguer les ventres (mous) d'un centre qu'on maintiendrait dans sa non politisation. Suivre sa vocation de parti socialiste par le haut, en somme, quitte a perdre du temps à court terme.

La deuxième cause d'échec, à mon avis, c'est que dans cette époque difficile où le besoin d'idées nouvelles se fait ressentir chez les socialistes, ceux-ci semblent bien plus obsédés par les querelles de personnes. Querelles qui n'excitent personne hors le parti, et qui lasseront même les militants. Et chacun de s'affirmer comme le messie salvateur. Le problème, c'est que notre système présidentiel très personnifié facilite cette lutte d'egos, et que l'exemple de la droite conforte cette croyance en la providence faite secrétaire-candidat, au risque pour le PS de se ridiculiser encore longtemps alors que le besoin n'y est est plus vraiment. Au risque aussi de perdre une occasion unique de faire remonter de la base et d'autres horizons des idées fraîches. Le temps serait, à mon sens, venu d'appliquer réellement la Démocratie participative tant clamée dans la campagne, de faire circuler les idées plutôt que les autocollants d'écuries.
Mais quelle perversion a pu faire d'un parti socialiste une si lamentable foire d'empoigne, un si déprimant panier de crabe, un tel bal des faux-culs et de traîtres? Pourquoi la com' a-t-elle autant pris le pas sur le fond? Pour résumer, comment ce qui devait n'être qu'un moyen (discutable, mais admettons), la prise du pouvoir et/ou le choix d'un chef, est devenu une fin en soi?
Ses questions, quoiqu'en pensent ceux qui prétendent vivre dans une époque radicalement coupée du passé, ces interrogations de la gauche ne sont pas si récentes. Elles ont une saveur qui rappelle les querelles entre Léninistes et libertaires, puis entre ces mêmes Léninistes et les communistes de conseil. On retrouve dans le PS ce sacrifice des moyens aux fins, cette manipulation des éléments plus gauchistes réduits au rang d'idiots utiles, cette obsession de la prise du pouvoir centralisé au prix de tant de palinodies, autant d'éléments qui avaient définitivement coupé Lénine de camarades plus libertaires (qu'il fit déssouder une fois au pouvoir, soit dit en passant). On retrouve aussi cette personnification, cette croyance liberticide en une avant-garde éclairée qui guiderait les masses militantes aveugles qui rebuta tant Rosa Luxemburg dans ce que devenait le bolchevisme.

Alors oui, je sais qu'il est de bon ton chez les sociaux-démocrates de voir dans ce passé folklorique les balbutiements au mieux émouvants au pire illusoires, d'une gauche qui n'avait pas encore appris les « réalités » ni les « responsabilités »(entendez l'abandon complet de toute la sphère politique au marché, avec quelques mesures d'accompagnement pour faire passer). Mais même du simple point de vue stratégique, si la vision à long-terme a encore un sens pour eux, les socialistes seraient bien inspirés de relire leur histoire plutôt que de la nier et de ne pas sacrifier les aspirations de leurs base à de démagogiques querelles de chefs, de ne pas noyer une vraie refonte des idées par la base et la société civile dans une parodie de démocratie interne qui n'aurait de participative que le nom, de ne pas abandonner ce qu'il leur reste de fins idéales pour de cyniques moyens de basse politique.
Alors, porté par une plus grande sincérité plutôt que par le douteux « charisme » de l'un ou de l'autre, le parti pourra-t-il peut-être envisager la reconquête des aspirations et des idées, en élevant le débat plutôt qu'en le mettant plus bas que terre.
Encore un effort, camarades!
(1)Merci encore au parti pour son non soutien des sans-papiers lors de la campagne. Force est ce le constater que cette très tactique tentative de ne pas effrayer le centre tout en lâchant camarades et idéaux n'a malheureusement pas fonctionné.
(2)Madame Royal, lors de l'émission « questions d'info » de LCP a il y a peu qualifié l'idée de smic à 1500€ de « pas du tout crédible », idée de M. Fabius rappelle-t-elle (très classe, cette solidarité entre camarades). La base appréciera l'immense sincérité de la candidate lors de la campagne, ainsi que l'élégant recul d'après-défaite. Du grand art. C'est vers la septième huitième minute de la vidéo ci dessous.
(3)Au congrès d'Epinay en 71, tonton parlait « rupture avec le capitalisme ». Pour mémoire, celui qui avait déclaré sans rire devant une usine « notre famille, ce sont les ouvriers » fit appliquer une politique d'austérité, de rigueur et de « modernisation » dès 83.
(4)C'est en effet sous le gouvernement Jospin qu'à Barcelone en 2002 fut signée l'ouverture du marché de l'énergie en Europe pour les professionnels en 2004.
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