samedi, novembre 10, 2007

BONS BAISERS DE L'ETAT

Sur la trois, le soir, l'ancienne « chaîne des préfets » se fait glamour: trompette moelleuse, cravates légèrement dénouées, on refait le monde comme au salon. Sur le fauteuil club, ce soir d' il y a quelques semaines, un intellectuel, le givre de la sagesse aux cheveux, nous parle des états-unis, du terrorisme. Et son discours, après avoir établi une symétrie étrange entre l'armée US et celles de la terreur, esquisse une vision d'un monde dont la principale donnée serait, justement, ce terrorisme qui mettrait, je cite, « les états en danger ». Du coup, l'intellectuel en vient à justifier, sinon Guantanamo, le « réalisme » américain qui y a mené, face à une situation « inouïe ».

Rien de nouveau sous le soleil, me direz vous: nous sommes face à la vulgate vaguement néo-conservatrice habillée des respectables oripeaux de la démocratie. Et pourtant, ce type de raisonnement dont on nous inonde depuis 2001 ne résiste pas vraiment à un examen logique. Nous sortons d'un siècle à quatre génocides et à deux guerres mondiales, du siècle du totalitarisme et de la bombe. Au nom de l'absolu, on s'interdit une comptabilité morbide des morts, et je comprend aisément cet absolu, s'il ne vient pas servir toutefois les intérêts de l'empire.




Car c'est de cela qu'il s'agit: je ne souhaitais pas mettre dans la balance les dizaines de milliers de tués par « la violence aveugle de la terreur » et les centaines de millions de morts signés par des états, par des pouvoirs institués. mais les médias nous abreuvent sans cesse d'images de fanatiques, de jeunes qui brûlent des voitures, de tueurs en série, de faits divers. Ils brandissent la menace d'une « bombe salle » d'une attaque bactériologique menée par d 'hypothétiques cinglés. Je ne nie pas ces dangers, réels. Mais je ne veux pas qu'il masquent la réalité des têtes nucléaires « officielles, respectables et légitimes » pointées sur tous, (bordel, mais qui ose encore en parler?), la palpabilité des tués par des armées « officielles, respectables et légitimes », le concret de victimes d'industries « officielles, respectables et légitimes ». La capacité à décimer, elle se trouve plus encore bien dans nos labos « P4 », dans les souches de variole que gardent les grands d'hier, dans nos sous-marins et dans les fusils des hommes qu'on parachute ici ou là plutôt qu'entre les dunes , si musulmanes et choquantes-des-civilisations et armes-de-destruction-massivement-vouyoues soient-elles.


Parler d'une fusillade dans une école, d'un cinglé dans nos rue, des préparatifs d'attentats déjoués, c'est bien normal. En leur nom éluder les milliers de morts quotidiens dûs aux états si chirurgicaux soient-ils et aux multinationales, en un mot au « pouvoir », c'est scandaleux. Cette notion de « pouvoir » vous semblera certainement et à juste titre un peu fourre-tout. L'est elle plus que celle de « terrorisme », de « délinquance » ou de « violence urbaine »? Mourir à dix sous les balles d'un régime de l'axe du bien, à cent du refus par l'industrie pharmaceutique de fabrication d'un médicament générique, à mille d'une frappe chirurgicale ratée, à dix mille d'un accident nucléaire ou à cent mille dans une guerre « conventionnelle », au nom de quoi serait-ce moins arbitraire que de mourir à dix, cent ou mille dans un attentat ou dans une émeute?


La boucle est bouclée: dans cette même émission de la trois, un autre soir, parlait une jeune fille. dans l'extrait qui suit, elle évoque la compétition de ces deux arbitraires. A bientôt.



1 commentaire:

Anonyme a dit…

L'emission "ce soir ou jamais" ou est intervenue la-dite jeune femme est disponible en intégralité à l'adresse suivante :

http://ce-soir-ou-jamais.france3.fr/article.php?id_article=309&id_rubrique=134&video=20071001_csoj.wmv

Cette emission traite de l'impact des nouvelles technologies de surveillance sur notre société.