samedi, novembre 03, 2007

THE SKY IS THE LIMIT

Jusqu'où ira-t-on? Sur le chemin qui me ramène chez moi, ce soir de Toussaint, les tristes villes de banlieue ont déjà mis les décorations de Noël. Parce que les gens ont besoin de cette trêve de plus en plus tôt dans l'année? Peut-être. Parce qu'on a besoin de s'y prendre de plus en plus tôt dans le matraquage publicitaire pour vendre des biens inutiles à un peuple déjà gavé de faux besoins? Plus sûrement. Noël, c'est la grande hypocrisie d'une société sans sens qui cherche à combler ses enfants de conneries superflues une fois l'an, c'est le grand marché de l'affect trempé dans la guimauve pseudo-traditionnelle. Noël, c'était Dieu se faisant homme pour sauver les hommes, c'est maintenant un intermédiaire entre l'anniversaire du père-Noël et la foire au foie gras bas de gamme dans la supérette d'en face. Il ne s'agit pas de regretter les archaïsmes d'hier, mais de constater le trou béant sous les tonnes de bouffe et de jouets, le gouffre du vide de sens que le consumérisme et l'abrutissement des masses a de plus en plus de mal à masquer.



Notre économie de la croissance infinie carbure à la consommation. A tout prix. S'il faut inventer mille sortes de yaourts et quinze types de rasoir, des écrans plats inutiles achetés à coup de crédits revolving, et bien on le fera. Seul le shoot régulier de la consommation garantit l'ivresse des marchés et la survie du système. Et pour cela, tout est bon. c'est pour cela que notre société d'abondance organise une rareté artificielle en orchestrant de faux besoins. Mais, vous me direz, il faut les trouver, les connards qui pensent encore qu'un écran en couleur sur leur portable, qu'un « plasma » pour regarder la télé-réalité ou que 135 chaînes de télé lamentables constituent un progrès réel. et bien on ne les trouve pas, ces crétins: on les crée.


Abrutir, terrifier, hypnotiser, aliéner: le patron, le curé, et plus encore maintenant la télé, la pub, les « loisirs » et le pouvoir usent de ces quatre cordes. sans se concerter, sans peut-être même en être conscient. Mais parce que c'est au prix de ces aliénations que la société spectaculaire marchande tient encore à peu près sur ses cannes. Et quand bien même cette griserie se dissiperait, cela jetterait une lumière crue sur la désolation vide de Dieu (heureusement peut-être), mais aussi vide de sens et de projet. Parce que bien malin celui qui pourrait dire quelle vision d'elle même a notre société et ses individus. Et il n'y a pas besoin de complot, il n'y a pas besoin de haine, de volonté affirmée pour réussir ce formidable abrutissement. Le marché dans sa profonde adaptabilité crée les « loisirs » qui videront la tête et obséderont de faux besoins le consommateur/producteur qui voudrait se rebeller. Même s'il faut, pour stimuler le gogo à coup de « nouveautés » descendre dans les bas-fond de la politique spectacle, produire de la télé réalité fascisante et « révolutionner » des gadgets inutiles: là aussi, comme pour l'accumulation de richesse, « The sky is the limit ».


Ceux qui me connaissent doivent se dire que je radote. Et pourtant je crois que cette absence de limites et cette ruée aveugle vers la production et vers le « progrès » font partie de la matrice d'aliénations plus classiques. Ces derniers temps, je lis Cornélius Castoriadis et ce que je ne fais aujourd'hui qu'approcher assez grossièrement, lui l'a écrit avec un mélange de verve et de rigueur et un goût érudit de la vérité qui tabasse. A la lecture de « La montée de l'insignifiance », on est saisi par la justesse et le caractère prémonitoire de ces écrits (les passages sur la « pensée 68 » explosent bien les clichés dont on nous gave ces derniers temps). A lire donc, avant la fin du monde.



3 commentaires:

Anonyme a dit…

Tu t'éclaires à la bougie si tu kiffes, man, mais moi je garde mon écran plat Samsung 26", OK ?!

C'est pas avec des bloggeurs comme toi qu'on va relancer la croissance...

Adso, a dit…

C'est vrai que mon blog n'a pas été retenu par la commission Attali, de bienheureuse mémoire.

vieille fripouille titiste, je reconnais bien là ta volonté d'aiguiser les écarts de classes afin de réunir les conditions objectives de la révolution.

Néanmoins, je reste serein, soutenable et très web 2.0.

social-traîtreusement,

Adso

Unknown a dit…

"avec carrefour je positivise"