Les banlieues brûlent, encore, et toujours. Et la réponse est toujours la même: Police, Police, Police. Et personne ne semble s'étonner qu'une bavure dégénère en émeute. Personne ne se demande non plus pourquoi ce sont les écoles et les bibliothèques qui brûlent, là-bas, et pas les équipements des beaux quartiers. La lutte des classes*, toujours plus intense depuis cinq ans, a atteint un palier: les opprimés, ceux qui ne voient le pognon que dans les torche-cul people, n'ont même plus de conscience de classe*: ils se dévorent et confortent ainsi ceux qui pensent qu'ils ne méritent que la cage ou la corde.
La politique de notre gouvernement montre, à qui veut encore le voir, comment on peut en toute légalité ajouter l'inhumanité à l'immoralité: Nos vertueux dirigeants posent derrières des lunettes de soleil de grande marque, fêtant, qui son divorce largement médiatisé, qui ses vacances sur un yacht, qui sa récente augmentation de 140%...merde, pour le coup, c'est le même bonhomme.

Et pendant ce temps, de l'autre côté de la barricade, les pauvres ont de moins en moins le fric de s'acheter les « loisirs » qui sauraient les abrutir le temps d'oublier l'injustice crasse qu'ils affrontent, seuls. Les ors du système, moulures ici, dividende exceptionnel là, jurent de plus en plus sur le fond de précarité et d'aliénation* qui s'étale derrière. Pour cette prospérité aveuglante en pleine crise, combien crèvent en la coulisse?
Un réponse de gauche, crédible, ne peut passer que par des changements en profondeur. Alors, il y a, bien sûr, les coups de freins d'urgence, les logiques de front, la mise en commun des refus. En gros, chasser le pouvoir actuel avant qu'il n'achève de ridiculiser l'époque. Pétitions, manifs, occupations, élections, même si on doit en arriver là. Parce que même si on sait que la solution ne viendra pas de là, on ne peut abandonner toute la machine de guerre de notre système et de son spectacle à une poignée de dirigeants irresponsables tendance « lutte des classes Hardcore »*. Mais on sait tous le peu qu'il y a attendre et la durabilité médiocre d'un pouvoir ainsi conquis par le système, pour le système.
La grande différence entre l'opposition actuelle (parlementaire et extra-parlementaire) et l'ancienne, c'est que son emprise morale, culturelle, et, lâchons le mot, quasi-mystique s'est évaporée: si demain, Angela Davis fuyait la police, qui mettrait sur sa porte, comme à l'époque, qu'elle est la bienvenue chez lui? Si la commune refleurissait dans Paris, combien choisiraient de bouleverser l'histoire plutôt que de retourner au boulot faire de la croissance molle? Vous imaginez un « Che », de nos jours, que les médias ne ridiculiseraient pas? La vérité, c'est que la pensée unique a balayé le réseau de solidarités qui rendait la fraternité évidente, palpable. C'est l'ancrage profond qui assure la pérennité des luttes, celui de la culture syndicale, celui des conscience de classes, des associations, le poids des expériences de vie en commun, tout cette prise sur le monde et toute cette épaisseur conceptuelle et pratique qu'avaient des mouvements comme celui des Black Panthers, voilà ce qu'il nous faut reconstruire.
Les promesses de l'altermondialisation ne sont pas encore totalement fanées. Ce n'est qu'en les ranimant de nos luttes que l'on décolonisera notre imaginaire politique de sa gangue de pensée unique. Ce n'est qu'en faisant pénétrer en profondeur nos idées, en agitant nos pratiques engourdies que l'on injectera pour longtemps les révolutions de demains. Comment en effet oublier que ce qui nous semble évident aujourd'hui (le respect de l'environnement, la démocratie, l'abolition de la peine de mort, l'école gratuite) n'était porté que par de doux dingues quelques temps avant? A nous d'exiger, à nous de croire et de vivre ce en quoi nous croyons, pour demain forcer l'inertie de l'histoire et obtenir ce qu'on nous dit impossible.
REVOLUTION!*
*: « lutte des classes », « aliénation »...ça ne t'a pas échappé camarade lecteur, le discours d'Adso est truffé d'allusions vaguement marxistes. Et ça, on nous le répète à la télé, c'est pas vraiment trendy. en même temps, avoue que comme grille de lecture des évènements actuels, c'est quand même un peu plushaut de gamme que le « le marché nous sauvera tous », le « on trouvera un remède », et autres « fin de l'histoire » qu'on nous sert à la sauce libérale, non?

1 commentaire:
http://www.dailymotion.com/video/x37p4g_les-lascarsrevolution_fun
"Pouvoir au Peuple !"
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