samedi, décembre 29, 2007

PRESIDENT ISO 9001


Dans les relations internationales et en politique, c'est comme à la maison: il y a des choses à faire qui ne résoudront rien, mais qu'on fait quand même, par principe. On trie ses déchets, on évite d'acheter des T-Shirts faits par des enfants brutalisés, et, si on peut, on boit un café avec moins de nitrates et de coups de schlague. Ce service minimum, avec ses relents doucereux d'humanisme niais, on l'assure, même sans y croire, parce que, justement, c'est bien le minimum, même si ça ne changera pas le monde et ses problèmes de fond.

Berlu "la classe", modèle de vertu et de bon goût

En politique internationale, c'est un peu pareil: on peut éviter d'être les premiers à recevoir les dictateurs, on peut au moins essayer de ne pas leur vendre des armes et du nucléaire, on n'est pas obligé de se précipiter pour féliciter les autocrates de leur triomphes électoraux. Là aussi, ça ne résout rien, mais ça évite au moins de se jeter pleinement dans la lamentable course au déshonneur qui nous met tous en péril. Appelez-ça du détail, du chichi, du vent, appelez ça de la vertu, de l'humanisme, de la morale, mais putain, faites au moins ça.

En politique intérieure...et bien, cette fois, je vous épargne la charge évidente contre le pouvoir actuel, qui, de Louxor à Disneyland en Jet prêté, « gracieusement » bien sûr, prête, lui, tant le flan aux attaques qu'on en est blasé: il y aurait tant à dire. Mais puisse qu'il semble falloir en revenir aux basiques, on s'honorerait de ne pas claquer sa tune comme un beauf' quand la pauvreté brise tant de personnes ici et là-bas, on gagnerait à ne pas accepter les faveurs d'industriels qui attendent à mon avis quelque chose en retour, on peut essayer d'éviter de s'exprimer devant les journalistes dans un état second, la base, quoi.


Cincinnatus retournant à sa charrue

J'entends la critique de l' « humanisme », de la « vertu » voir de la « justice » que les plus orthodoxes porteront à ma requête. Ces valeurs, comment prétendre les définir par delà les rapports de force actuels, comment leur prêter sens quand leur définition, loin d'être absolue, est relative à la structure même des relations de pouvoir (1)? Des vertueux, pour ce que ça veut dire, y 'en a plein l'histoire des réac' et ça ne les a pas empêchés de casser du prolo. Certes. Mais, et là peut-être suis-je un incorrigible romantique, avouez que ça a plus de gueule d'avoir comme adversaire un De Gaulle qui réglait lui même ses factures d'électricité ou un Cincinnatus (2) , qui retourne à sa charrue sa mission politique terminée plutôt qu'un Berlusconi malhonnête et vulgaire, qu'un Bush beauf et manipulé au passé embrumé, qu'un président qui s'augmente, se laisse offrir d'indécents services par des patrons et va voir le Pape avec Bigard.

Voilà, c'est tout ce que je demande: un peu de bon goût, un peu de vertu, un peu d'humanisme, qu'on puisse passer à des sujets plus sérieux.


(1) Voir à ce sujet l'intéressant (et assez déprimant) dialogue entre Chomsky et Foucault en 1971 sur la télé batave. Répondant à Chomsky au sujet de « la nature humaine », Foucault conclut: « Je ne peux pas m'empêcher de penser contrairement à ce que vous semblez croire que cette notion de nature humaine, cette notion de bonté, de justice, d'essence humaine, de réalisation de l'essence humaine... Tout ça, ce sont des notions et des concepts qui ont été formés à l'intérieur de notre civilisation, dans notre type de savoir, dans notre forme de philosophie, et que par conséquent ça fait partie même de notre système de classes, et qu'on ne peut pas, aussi regrettable que ce soit, on ne peut pas faire valoir ces notions pour décrire ou justifier un combat qui devrait, qui doit en principe, bouleverser les fondements mêmes de notre société. Il y a là une extrapolation dont je n'arrive pas à trouver la justification historique. ». Ca calme, c'est sûr. Peut être même un peu trop. Le texte de l'intégralité de cette rencontre est édité chez l'Herne en poche, et un bon quart d'heure du dialogue en est trouvable sur déli-mochieune ou Iou-tioube. A voir, donc. sinon, il y a une partie du texte sur le site de Multitudes.

(2) Pour ceux qui dormaient comme moi en cours de Latin, Cincinnatus, pour citer Wikipédia, « se consacrait à la culture de ses terres quand les sénateurs vinrent le supplier d’accepter le commandement suprême. Il savait que son départ risquait d’appauvrir sa famille, si en son absence les récoltes n’étaient pas assurées. Néanmoins, il accepta et en seize jours, il battit les Èques à la bataille du mont Algide, célébra un triomphe et abdiqua de sa charge. Sa restitution du pouvoir absolu dès la fin de la crise devint un exemple de bon commandement, de dévouement au bien public et de vertu de modestie. » Bon, et c'est là que je me sens bien con, il semble que Cincinnatus ait remis le couvert une seconde fois...pour mater une révolte de la plèbe. Hum.

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