vendredi, juillet 27, 2007

CLAFOUTI AUX BOULONS (Sauce Plutonium)


Ce dont nous prive le plus sûrement notre temps, et bien c'est justement de temps. Et ce n'est pas près d'évoluer avec la vision du travail de notre nouvelle fine équipe dirigeante! Pourtant, on aurait bien besoin de ce pas de côté qui permet, à l'abri des urgences auto-proclamées du travail et de son corollaire du loisir sous plastique, de chercher à y voir plus clair. Si j'étais le médecin tout puissant de notre société chancelante, je commencerais certainement par lui donner un arrêt de travail. Car la tête dans le guidon, comme Charlot dans sa machine des « Temps modernes », pris dans des routines qui s'imposent entre nous et le monde, du trajet en bagnole du matin au bureau climatisé, de la cantine à la salle de sports, mais aussi du whisky pour se détendre au « club Med » pour oublier, c'est un immense fatras d'abrutissements qui, osons le mot, nous aliène.


Ainsi rendus étrangers au monde et à nous même, nous reposons sur une chaîne puissante de responsabilités qui nous infantilisent: il n'est de besoin sociaux, de la communication au manger en passant par le déplacement, de la musique à la cueillette des fleurs, qu'on ne délègue à quelque institution, commerçant ou machine. Jusqu'au ridicule des palliatifs à nos « progrès », rustines devenues obligatoires: Personne ici ne connaît ses voisins mais chacun a accès aux coins les plus reculés de la terre. Personne ici ne se déplace à moins de 60 km/h, mais tout le monde, pour lutter contre le surpoids engendré par le manque d'effort, court sur des tapis roulants. Tous se narguent mutuellement avec des biens ostentatoirement luxueux et chacun souhaite des caméras dans les rues pour contrer la délinquance.


Il est des abrutissements, des machines à broyer la tête, que la critique classique de gauche a su, sinon désarmer, au moins analyser et dénoncer, comme par exemple le travail aliéné. Il en est une autre qui frappe le col blanc sous « omégas trois » ou l'adolescent au téléphone portable à écran couleurs, quelque soit leur classe sociale, du prolétaire achetant des yaourts avec des bouts de tarte dedans au bourgeois avec ordinateur portable. Je veux parler de tout ce qu'on met communément à gauche comme à droite sous le terme de « progrès ».


Quand j'étais petit, j'étais positiviste tendance Jules Verne: je disais à ma Maman, qui est prof, que l'ordinateur personnel, alors émergeant, allait combler le fossé scolaire entre enfants riches et pauvres en offrant à tous l'accès à la culture. Ma mère souriait et me disait juste que, hélas, ça ne « marchait pas comme cela ». C'était un temps déraisonnable: pour moi, l'ensemble des techniques, en croissance exponentielle, allait nous donner la prospérité rêvée. Grisé par la vaste marche technicienne, je pensais que l'homme avait prise sur tout cela. Plus tard, après avoir comme tous salué le remplacement des cassettes par les CD, après avoir acclamé l'apparition des coussins d'air sous les Baskets, je me rendais compte que ces « progrès », attendus comme le messie, ne répondaient pas pour autant aux immenses désirs et espoirs que la publicité nous avait inculqué d'eux. Ainsi se « manage » le manque dans une société d'abondance.

L'urgence d'un « progrès » dont le mode est avide, la voici: il faut sans cesse créer des besoins pour accroître la production et la consommation, pour maintenir notre économie à flot en somme. Quitte à inventer des yaourts « bons pour la peau », de l'huile aux « omégas trois » et à créer une norme de définition d'image télé disproportionnée par rapport aux récepteurs disponibles. Combien de cerveaux, de techniciens sont mobilisés dans leurs services R et D à nous créer du jus d'oranges au calcium, du « Half-life » sur les téléphones portables, des bagnoles qui montent à 200 alors que les routes sont limitées à 130, et de l'image HD pour regarder le Loft? Quand ce ne sont pas des armes, des systèmes de contrôle et des clôtures électriques, ou des fichiers de flicage en tous genre?

On me dira que c'est là la part d'ombre de la technique. Je rétorquerai que c'est une grosse partie de l'occupation des cerveau au travail, quand ce n'est pas du temps passé à chercher à en refourguer les produits inutiles et nuisibles. On me dira que la technique n'a pas d'emprise sur l'homme, que « tout dépend de ce que l'on en fait ». Hélas, je répondrai qu'en créant une industrie « chimique pacifique » par exemple, on forme un complexe industriel qui cherchera demain des débouchés, y compris militaires. Que le mythe de « technologies neutres », entendez dont la vertu dépend de l'utilisateur, a ses limites: pour moi, et quelque en soient les lectures historiques, une bombe atomique, une centrale nucléaire, un bidon d'agent orange, une borne biomètrique, une caméra de surveillance, c'est TOUJOURS un échec de l'homme, quelqu'en soit le détenteur. Cela ne tient pas qu'au caractère violent de ces objets: Orwell, dans un de ses textes (1), montre qu'un fusil n'entre pas dans cette catégorie, car il est utilisable par un groupe de francs tireurs, ou de résistants (alors que la bombe atomique ne pourrait pas servir des partisans dans ce rapport de forces). Quant à l'ingénierie de contrôle, elle me file des boutons, que les utilisateurs en soient de gentils français ou des « Criters » venus d'ailleurs.


Technique parfois déresponsabilisante, technique souvent inutile, technique aux applications de contrôle. Ces critiques de la technologie, classiques, nous nous les sommes tous faites. Je passe sur celles, plus élaborées, de gens qu'il faudrait que je lise un de ces quatre, du genre Ellul et Illich ('pouvez cliquer, merci wikipédia!) et qui décrivent un système technicien s'emballant par auto-allumage et qui finit par nous contrôler.

Günther Anders, dont j'ai lu dernièrement le très clair et émouvant «Nous, fils d'Eichmann»(2) décèle une profonde transformation du monde en machine, faite de petits rouages humains dont le morcellement des tâches, la division du travail et l'émiettement des responsabilités permet le pire, comme les obéissants fonctionnaires du Reich on rendu possible le génocide, comme l'ouvrier et le chercheur américain ont apporté leur pierre à la bombe. Cette machinisation du monde, terrifiante création qui nous aliène et nous dépasse jusqu'à notre anéantissement nucléaire possible, cette folie, comment ne pas y voir l'archétype du pire dans lequel nous embarquerait une société qui cours après l'efficacité et le « progrès », jusqu'à la folie?



Il ne s'agit pas de revenir à la bougie, comme cela est souvent caricaturé, mais bien de poser la question d'une aliénation majeure. Et de revenir sur une valeur divinisée et marchandisée à toutes les sauces. Interroger le progrès technique, interroger le développement, interroger la croissance: voilà les questions que la « Gauche » sous toutes ses formes doit ajouter à ses champs traditionnels. Longtemps, elle à fait l'économie de ces questions, concentrée derrière la question, par ailleurs épineuse, du « partage du gâteau ». Et bien ce gâteau, il est temps qu'elle réfléchisse aussi à sa recette.



(1) « C'est un lieu commun que d'affirmer que l'histoire de la civilisation est dans une large mesure celle des armes. Le rapport entre la découverte de la poudre et le renversement de la féodalité par la bourgeoisie a notamment été relevé à maintes reprises. Si je ne doute pas que des exceptions puissent être avancées, je pense que la règle suivante se vérifierait généralement: les époques où l'arme dominante est coûteuse ou difficile à produire tendent à être des époques de despotisme, alors que lorsque l'arme dominante est simple et peu coûteuse, les gens ordinaires ont leur chance. (...) L'âge d'or de la démocratie et de l'autodétermination nationale a été celui du mousquet ou du fusil ».

G. Orwell, « Tels, tels étaient nos plaisirs et autres essais, 1944-1949 », éd Ivréa et Encyclopédie des nuisances. Je crois que c'est 12€, et je crois surtout que ça vaut le coup. Je n'ai pas le bouquin, mais un gros extrait en est trouvable dans l'excellente revue « Offensive » de mai 2006.

(2) Anders est assez méconnu de ce côté-ci du Rhin et c'est bien dommage tant sa pensée est singulière. « Nous, fils d'Eichmann » est un tout petit bouquin composé de deux lettres écrites au fils du bourreau nazi pour chercher à comprendre ce qui avait pu faciliter et amener à la barbarie génocidaire. Un vrai petit traîté sur la nature humaine et la responsabilité que j'ai beaucoup aimé. C'est chez Rivage poche, et ça doit pas dépasser les 8€. Sinon, une grosse somme de son oeuvre sur les liens entre la technologie et l'homme, enfin traduite et compilée sous le titre « l'obsolescence de l'homme (sur l'âme à l'époque de la deuxième révolution industrielle)» est disponible à l'Encyclopédie des Nuisances. Et ça m'a l'air intéressant autant qu'original. La carte bleue n'est pas prête de refroidir...

lundi, juillet 23, 2007

AUX ARMES, CITOYENS

Que vaudrait-elle, une société qui n'interrogerait pas jusqu'aux pierres angulaires de ses valeurs? Je ne supporte plus les hochets verbaux, les mots-bazookas qu'un consensus médiatique et médiocratique du moindre effort impose par leur usage, jusqu'à la nausée. Le mot « citoyen » est de ceux là, de ces slogans de l'acceptation molle et de l'abandon de la vie politique à un symbole galvaudé.

Il ne se passe pas un jour où ne soit évoqué ce terme fourre-tout: les OGM et la biomètrie ont du mal à passer? On organise aussitôt des « débats citoyens ». On interviewe un passant qui manifeste sans étiquette? Il se dira sûrement «simple citoyen ». On veut inciter les gens à voter, à utiliser des agro-carburants où à prendre des nouvelles de leurs vieux voisins en cas de canicule? C'est un « geste-citoyen » qu'on demande.


Une série d'affiches de 68... avouez que c'est moins flippant que la série "Mao" de la dernière fois...

Derrière un mot, il y a souvent ce qu'on en attend. Ainsi, dire le mot « citoyen » sous ses différentes formes, c'est souvent rappeler une union, un consensus qui lierait chacun de nous par delà les clivages sociaux. L'invoquer, c'est appeler une histoire rêvée au secours devant les fractures sociales. C'est croire, sincèrement ou non, que le ciment républicain saura colmater les brèches profondes qui déchirent le pays.

Alors on évoque un âge d'or mythifié, grec ou révolutionnaire, comme si il suffisait de déterrer une révolution bien enterrée par l'ordre depuis, pour nier les dominations de tous ordre. Je me remémore la jeunesse populaire allant chercher sa carte d'électeur l'automne dernier, et les journalistes complaisants qui nous montraient les « racailles » d'hier, meute enfin pacifiée, récitant leur pensum façon manuel d'éducation civique, entourés d'anciennes stars du ghetto reconverties en rebelles de l'ordre: c'est par le vote qu'on changerait la situation, qu'on « ferait bouger » les choses. Responsables, les jeunes. Citoyens, quoi.


Cela aurait été presque touchant. Malheureusement, avec un peu de mémoire et un peu de cerveau disponible pas encore vendu à Coca, on ne peut que se souvenir d'une évidence: avec ou sans le « gouvernement qu'il faut » et à l'exception notable des avancées symboliques et concrètes de 81, rien ne s'obtient sans la lutte. Ca fait con, mais c'est pas faux. Le front Popu, me direz vous? Mais sans les grèves, sans les manifestations, le gouvernement aurait-il procédé aux réformes de 36 (1)?

Oui, presque touchant de voir des jeunes, le coeur plein d'espoir, aller aux urnes la fleur au bulletin, des lendemains qui chantent plein les rêves, oubliant leur statut de précarisés, ostracisés, prolétarisés pour croire dur comme fer en leur nouveau label: Citoyen. Et la cité, le temps d'un vote, se voyait ainsi réunie dans l'oubli commun des combats d'hier.


Fuyant l'image pas cool de classes populaires condamnées à des tafs tous pourris, les voici, nos jeunes, préférant la communion des soirs de coupe du monde et les sacrements républicains lénifiants à la révolte, à la prise de conscience, à la lutte. Le mot « citoyen », c'est cet appel incessant au rassemblement hypocrite qui arrange toujours les même et ne menace jamais rien. Avec une telle jeunesse, sûr que les tenants du pouvoir peuvent dormir sur leurs deux oreilles!

Notez que je n'évoque même pas les « débats citoyens » de la camarade Ségolène, parodie de démocratie participative qui a surtout permis à la candidate de se targuer d'un soutien populaire imaginaire autant que pratique: encore maintenant, elle nous fait le coup de ses 17 millions d'électeurs, forcément fervents et dont elle a si tendrement écouté les doléances.



Merveilleux « débats-citoyens », solution miracle qui, par la discussion calme et sereine, parviendraient au compromis solution à tout en évitant les si désagréables et désuets rapports de force. Combien invoquent encore ce type de mascarade, à propose des OGM, du nucléaire ou de la biomètrie? Comme si la société devait sagement trouver un compromis avec les semenciers et les pollueurs de toute espèce...J'imagine le bilan « Ok, les gars, des OGM, mais seulement sur 37% du territoire. Et vous n'irradiez que le Cotentin, et pas trop fort. Le fichage des gamins, ok, mais seulement à partir de six ans ».

Allez, imaginons ce qu'auraient donné des « débats citoyens » avec le pouvoir, en d'autres temps: « Ok, tu restes monarque absolu, mais sauf les Dimanches et jours de fête. L'esclavage est aboli aux deux tiers. Et on a droit à deux jours de congé par an. Négociables, bien sûr». Enterriner les rapports de forces existants à coup de pseudo-dialogues avec les dominants, je sais pas vous, mais moi ça me fait rêver.

Allez, bonne nuit, citoyens.

(1) Les grèves avaient commencé avant la prise de pouvoir du gouvernement et les accords de Matignon seront concédés par le patronnat en échange de la fin de l'occupation des usines.

vendredi, juillet 13, 2007

SOCIALIST STORY

Ne comptez pas sur moi pour rire des déboires de notre gauche institutionnelle, la droite le fait trop bien. J'ai, aux yeux de mes amis plus radicaux, la faiblesse et la tendresse de croire que le PS abrite encore quelques compagnons de lutte qui veulent changer le monde. Aussi, si les méthodes et les orientations du PS m'échappent souvent, je garde envers et contre toute observation politique rationnelle et malgré les coups tordus (1), une indulgence, un lien de coeur avec ses militants que l'on croise parfois dans le monde associatif, lors des manifestations et des commémorations qui soudent encore ce qui reste de la « Gauche ».

Mais que reste-t-il du parti après l'avoinée des élections de printemps? L'équipée sauvage de la campagne s'est muée en pitoyable Bérézina. Quelques fuyards, certainement sonnés par la violence du choc, ont cru bon de passer à l'ennemi, (ainsi vont les moeurs politiques, me dirait-on au nouveau centre) tandis que le parti, hébété, voit l'un de ses leaders « présidentiable » éloigné au FMI, l'autre démissionnaire et échappé commissionnaire et une troisième, après la mise en scène de sa vie intime, n'assistant même plus aux congrès et reniant ce qu'elle avait dit en campagne. le beau tableau que voilà. Quant à ceux qui restent, ils n'ont même plus la force ou l'opportunité de jouer la montre en renouvelant une « synthèse » mollassonne qui colmaterait les brèches profondes en attendant...Dieu sait qui ou quoi. On s'excommunie, on s'invective, on se toise. On parle de divorce, mais idéologique, celui-ci. On remet en cause des promesses de campagne qui auraient été (sans rire) trop à gauche (2).



Et on rêve. On rêve, comme d'habitude, d'un homme providentiel qui galvaniserait les plus gauchos comme les centristes, on rêve de l'impossible et douteux retour d'un Tonton du troisième millénaire, d'un type qui saurait grouper les forces restantes pour repartir au front. Les quelques éléphants restants ont du se rêver dans ces habits mittérandiens, un peu grands pour eux, peut-être... Ah! Être le prochain à faire passer les vessies sociales-démocrates pour des lanternes de gauche! Comme il est attendu, ce bonimenteur rassembleur (3), sans lequel, tactiquement, la branlée serait inévitable.

Le chemin se prépare pour un virage plus ou moins personnifié vers un parti social-démocrate à la Blair-Clinton-Shröder, avec une coupure encore plus profonde d'avec l'électorat traditionnel de gauche, avec une course perdue d'avance au centre, avec son lot de résignations et d'abandons. Quand bien même un tel parti prendrait le pouvoir, ce serait pour y appliquer un programme de droite « light ». Va faire rêver les foules avec ça. J'ai bien dit « quand bien même ». Le virage social-démocrate porte, en effet, si bien ses fruits ailleurs : défaite en Allemagne après avoir tout droitisé, impuissance en Italie pour cause de trop large coalition, impopularité croissante en Angleterre. Un choix gagnant pour notre fine équipe, en effet.



Comment en est-on arrivé là? Une lecture façon politique salonnarde nous trouvera mille excuses de court-terme: la faute à Ségo, la faute à Sarko, les erreurs de com'...Mais je crois que deux raisons majeures sont en cause. La première, évidente, c'est le glissement vers le libéralisme bon teint, parfois cash , parfois à retardement (du genre signer l'ouverture du marché de l'énergie pour après, comme Jospin (4) l'a fait). Cette lente glissade vers la pensée unique, elle se fait par abandons successifs, jusqu'au récent « gagnant-gagnant » très RPR et vachement plus sexy que la lutte des classes. Après, il ne faut pas s'étonner de plonger sa gauche dans un doute métaphysique, et l'électorat du centre dans une suspicion amusée.

Sur le plan idéologique, il reste trois options au PS: Risquer une énième « synthèse » foireuse vouée à ne convaincre personne, ni Urbi ni Orbi. Tenter l'aventure rupturiste libérale-sociale et perdre les précieux points de sa gauche, ruinant ainsi tout espoir, même en grattant au centre, de gagner une élection. Et enfin, improbable, refondre une vraie politique de gauche qui ne se contente pas d'accompagner les dérives marchandes du monde, et forts de cette sincérité socialiste (pour le coup c'est le bon adjectif), partir à la reconquête des coeurs et des têtes, plutôt que de draguer les ventres (mous) d'un centre qu'on maintiendrait dans sa non politisation. Suivre sa vocation de parti socialiste par le haut, en somme, quitte a perdre du temps à court terme.



La deuxième cause d'échec, à mon avis, c'est que dans cette époque difficile où le besoin d'idées nouvelles se fait ressentir chez les socialistes, ceux-ci semblent bien plus obsédés par les querelles de personnes. Querelles qui n'excitent personne hors le parti, et qui lasseront même les militants. Et chacun de s'affirmer comme le messie salvateur. Le problème, c'est que notre système présidentiel très personnifié facilite cette lutte d'egos, et que l'exemple de la droite conforte cette croyance en la providence faite secrétaire-candidat, au risque pour le PS de se ridiculiser encore longtemps alors que le besoin n'y est est plus vraiment. Au risque aussi de perdre une occasion unique de faire remonter de la base et d'autres horizons des idées fraîches. Le temps serait, à mon sens, venu d'appliquer réellement la Démocratie participative tant clamée dans la campagne, de faire circuler les idées plutôt que les autocollants d'écuries.

Mais quelle perversion a pu faire d'un parti socialiste une si lamentable foire d'empoigne, un si déprimant panier de crabe, un tel bal des faux-culs et de traîtres? Pourquoi la com' a-t-elle autant pris le pas sur le fond? Pour résumer, comment ce qui devait n'être qu'un moyen (discutable, mais admettons), la prise du pouvoir et/ou le choix d'un chef, est devenu une fin en soi?

Ses questions, quoiqu'en pensent ceux qui prétendent vivre dans une époque radicalement coupée du passé, ces interrogations de la gauche ne sont pas si récentes. Elles ont une saveur qui rappelle les querelles entre Léninistes et libertaires, puis entre ces mêmes Léninistes et les communistes de conseil. On retrouve dans le PS ce sacrifice des moyens aux fins, cette manipulation des éléments plus gauchistes réduits au rang d'idiots utiles, cette obsession de la prise du pouvoir centralisé au prix de tant de palinodies, autant d'éléments qui avaient définitivement coupé Lénine de camarades plus libertaires (qu'il fit déssouder une fois au pouvoir, soit dit en passant). On retrouve aussi cette personnification, cette croyance liberticide en une avant-garde éclairée qui guiderait les masses militantes aveugles qui rebuta tant Rosa Luxemburg dans ce que devenait le bolchevisme.



Alors oui, je sais qu'il est de bon ton chez les sociaux-démocrates de voir dans ce passé folklorique les balbutiements au mieux émouvants au pire illusoires, d'une gauche qui n'avait pas encore appris les « réalités » ni les « responsabilités »(entendez l'abandon complet de toute la sphère politique au marché, avec quelques mesures d'accompagnement pour faire passer). Mais même du simple point de vue stratégique, si la vision à long-terme a encore un sens pour eux, les socialistes seraient bien inspirés de relire leur histoire plutôt que de la nier et de ne pas sacrifier les aspirations de leurs base à de démagogiques querelles de chefs, de ne pas noyer une vraie refonte des idées par la base et la société civile dans une parodie de démocratie interne qui n'aurait de participative que le nom, de ne pas abandonner ce qu'il leur reste de fins idéales pour de cyniques moyens de basse politique.

Alors, porté par une plus grande sincérité plutôt que par le douteux « charisme » de l'un ou de l'autre, le parti pourra-t-il peut-être envisager la reconquête des aspirations et des idées, en élevant le débat plutôt qu'en le mettant plus bas que terre.

Encore un effort, camarades!

(1)Merci encore au parti pour son non soutien des sans-papiers lors de la campagne. Force est ce le constater que cette très tactique tentative de ne pas effrayer le centre tout en lâchant camarades et idéaux n'a malheureusement pas fonctionné.

(2)Madame Royal, lors de l'émission « questions d'info » de LCP a il y a peu qualifié l'idée de smic à 1500€ de « pas du tout crédible », idée de M. Fabius rappelle-t-elle (très classe, cette solidarité entre camarades). La base appréciera l'immense sincérité de la candidate lors de la campagne, ainsi que l'élégant recul d'après-défaite. Du grand art. C'est vers la septième huitième minute de la vidéo ci dessous.



(3)Au congrès d'Epinay en 71, tonton parlait « rupture avec le capitalisme ». Pour mémoire, celui qui avait déclaré sans rire devant une usine « notre famille, ce sont les ouvriers » fit appliquer une politique d'austérité, de rigueur et de « modernisation » dès 83.

(4)C'est en effet sous le gouvernement Jospin qu'à Barcelone en 2002 fut signée l'ouverture du marché de l'énergie en Europe pour les professionnels en 2004.

samedi, juillet 07, 2007

JOIE DE VIVRE ET LUTTE DES CLASSES

L'arrière garde, toujours l'arrière-garde: nos jeunes et vaillants cerveaux se penchent sur les futurs possibles, les enclaves autonomes, l'éclatement de la vie partout et pour tous, quand le système et son immense inertie, sa majesté grabataire et sa folie briseuse distinguée nous ramène à la raison. Aujourd'hui comme hier, j'aurais préféré évoquer les pistes, les semences de futurs mouvements et idées révolutionnaires, ou même des grilles de lectures qui changeraient un peu. Las! : les évènements nous ramènent à des combats qu'on pensait gagnés, à des commentaires qu'on ne devrait plus avoir à faire.

C'est tout le paradoxe: à mesure que la politique du Prince-Président se fait plus « lutte des classes », nous voici obligés de défendre les pis-allers qu'on voudrait dépasser. Je ne sais pas si vous imaginez ce que c'est de gueuler en manif « des papiers pour tous! » quand on est opposant de principe au fichage et au contrôle des populations. Ce que c'est de lutter contre la baisse du pouvoir d'achat des classes populaires quand on abhorre le consumérisme. Ce que cela représente de vouloir la défense de la sécu et des services publics quand on pense au fond de soi que l'état est le plus froid des monstres froids. Ce que c'est de blâmer la très discrète ouverture du marché de l'électricité quand il y aurait tant à dire de l'EDF gentiment pro-nucléaire, technocratique, et intrinsèquement croissanciste.



De l'autre côté de la scène politique et des barricades, ils n'ont pas les mêmes états d'âme: leur point commun, qu'ils soient plutôt nationalistes, tendance libérale, ex-gaullistes, « socialistes » repentis ou d'origine démocrate chrétienne, c'est qu'une seule chose suffit à les unir: la recherche de l'ordre et le maintien du rapport de force. Et pour cela, ils tombent vite d'accord sur le chef du moment, pourvu qu'il défende la propriété, la patrie et ses patrons, qu'il ajoute des flics et brise les résistances. C'est ça la grande force de la droite: pas la peine de se racler la soupière sur le fond politique ou la forme institutionnelle : vive le Roi, le Général, le Prince, le PDG, le président, le MEDEF biffez les mentions inutiles.

Cela me semble du coup difficile de battre la droite sur ce terrain du « leader charismatique » à coup de bon mot démagogique, d'appel à l'ordre et au maintien du système. L'éléctorat, à ce compte, et pour paraphraser neu-noeil le FAF, préférera toujours l'original de droite à la photocopie sociale-libérale. Mais je promets de revenir sur ces questions la prochaine fois.

Et promis, je ne tirerai pas sur les ambulances.

Promis.