samedi, septembre 22, 2007

REVOLUTION: COMMENCONS PAR LA PRESSE

Chercher la moindre critique du clan présidentiel dans la presse nationale relève de la chasse au trésor: par connivence souvent, et surtout parce qu'il n'y aurait rien à gagner et que des coups à prendre à faire son boulot, les médias se sont tus, sauf quand il s'agissait se transmettre la communication officielle brute de décoffrage: des photos de la famille présidentielle façon « les Kennedy au salon ovale », oui. Photographier la première dame de France en charmante compagnie à New-York, non. Avec renvoi du rédacteur à la clé, quand même, non mais, sans déc'. La carotte, pour les plus serviles? L'accès privilégié à des « scoops » travaillés par la com' du pouvoir, un strapontin dans l'avion présidentiel, un coin de chaise pour une interviouve « exclusive ». Le bâton? Pas la censure, non, mais que des « emmerdes », avec sa direction notamment.

Si les journalistes n'ont pas assez fait leur boulot, c'est souvent que leurs ultimes patrons n 'ont pas grand chose à voir avec leur coeur de métier: l'emprise des industriels qui veulent « s'offrir un journal », par sens du réseau comme par goût du prestige, c'est ce qu'on aura constaté ces dernières années à chaque rachat d'un titre de la presse généraliste ou économique, ici par un milliardaire, là par un marchand de canons. Et ces nouveaux patrons-courtisans n'ont pas exactement les mêmes priorités que celle du journaliste type. Un journal, c'est pour eux un bon salon pour discuter avec les politiques venant se faire interviewer, c'est un moyen de filtrer les informations sur son groupe, un outil de communication informelle bien utile quand on a un carnet d'appel d'offre à remplir.

Et pourtant, cette concentration des titres en groupes était, et est, inévitable, tant pour des raisons de synergies entre différentes activités, que parce, la presse se portant mal, l'argent des industriels est toujours le bienvenu comme perfusion pour des titres moribonds. Mais à ces raisons « évidentes » s'en ajoute une plus profonde, plus essentielle: faire d'un journal une entreprise, c'est l'exposer aux grands mouvements centripètes que le capitalisme opère globalement. Marx le dit mieux que moi: la « petite entreprise » , en régime capitaliste, est vite concurrencée par les grands groupes et leurs économies d'échelles, leur force de vente. vite éliminée, bouffée, ou assignée à la sous-traitance.

Quelles qu'en soient les raisons, une certaine indépendance de la presse semble avoir vécu. Et pourtant: pourtant, des gens, et loin d'être de dangereux communistes-couteaux-entre-les-dents, avaient déjà songé à ce conflit d'intérêt il y a des années. Et la lecture d'un article de l'ACRIMED à ce sujet nous plonge dans la stupéfaction que connaîtrait une poule devant un couteau:

Pensez donc, à l'heure du tout marchand, l'émotion est grande de relire M. Beuve-Mery, loin d'être trotskiste, déposant en 1966 une « proposition de loi pour la constitution de sociétés de presse à but non lucratif ». Le but étant bien sûr d'éloigner ces « sociétés de presse » de la prédation des actionnaires, nuisible à leur indépendance. Avec l'argument suivant: « Le seul moyen d’éviter cet obstacle de l’argent à la sauvegarde de la totale indépendance de la société consiste dans le renoncement définitif des associés aux profits sociaux. ». Avouez que ça calme. et qu'il y a peu d'arguments qui résistent à celui-ci. Surtout si on attribuait à ces sociétés sans but lucratifs (statut qui ne les empêcheraient pas, par ailleurs, de payer leurs salariés et d'investir) les subventions qui engraissent des groupes de presses qui n'en n'ont pas besoin. Mais je laisse l'argumentaire à Claude Julien, cité dans le même article:

« Les journaux qui opteraient pour un tel statut (celui de société à but non lucratif) n’auraient donc guère de chances d’exciter la convoitise des affairistes. Ce sont ces journaux qui bénéficieraient d’un régime fiscal de faveur et des aides publiques (timbre, entre autres) que l'état n’aurait évidemment plus aucune raison d’accorder aux entreprises de presse choisissant le statut d’une société commerciale. Serait supprimée l’aide que l'état accorde aux quotidiens à faible capacité publicitaire. En 1984, cinq journaux (La Croix, L’Humanité, Le Matin, Libération, Présent) se partagent à ce titre une douzaine de millions de francs. Détestable sélection en fonction de critères commerciaux, à laquelle il serait bien préférable de substituer une sélection en fonction du statut - commercial ou à but non lucratif - librement choisi par chaque entreprise de presse. »

Mon commentaire tient en trois mots, étayés de réflexion et de bon sens:

ET – POURQUOI – PAS?

J'attends bien sûr vos commentaires...

vendredi, septembre 14, 2007

UN DISCOURS, UN DISCOURS, UN DISCOURS!!

Je me remets à peine des kilos de bouffe qui ont fait exploser ma ceinture cet été. C'est dire que je n'ai prêté qu'une attention toute embrumée au discours de Dakar, prononcé par notre président devant un panel d'étudiants Africains bien choisis. Il faut dire, à ma décharge, que le traitement médiatique de ce discours a été bien léger sous nos latitudes, en comparaison des réactions qu'il a suscitées en Afrique. C'est donc par un petit commentaire d'Emna sur mon dernier billet que j'ai été alerté d'un « Là-bas si j'y suis » concernant le fâcheux discours et son analyse. L'émission de Mermet est accessible en ligne par ce lien, et je vous invite à vous plonger dans les 42 minutes d'une croustillante dissection de la pensée néo-coloniale début de siècle dont on compte encore nous gaver. Comme vous êtes super sympas, je vous mets en plus sur ce lien la retranscription du discours.

Notre temps étant précieux en cette fin d'été (?), je pense que ça vaut le coup, pour ceux qu'ennuieraient les deux documents cités plus haut, de se pencher sur les quelques extraits que je souhaiterais citer et commenter, pépites d'un discours qui se voulait, comme d'hab', « de rupture » et dont l'ambition était (sans déconner) de marquer un tournant aussi significatif que l'a été pour notre politique impériale le discours de Brazzaville du Général de Gaulle.



Ca attaque fort: après de belles salutations dans un pur style père blanc, une première « rupture »:

" Je veux, ce soir, m’adresser à tous les Africains qui sont si différents les uns des autres, qui n’ont pas la même langue, qui n’ont pas la même religion, qui n’ont pas les mêmes coutumes, qui n’ont pas la même culture, qui n’ont pas la même histoire et qui pourtant se reconnaissent les uns les autres comme des Africains. Là réside le premier mystère de l’Afrique."

Vous me direz, c'est vrai, il y a « rupture » d'avec la vision des Africains-Banania-tous-pareils, vision que j'avais évoquée dans mon super billet. Pour traduire, les Africains sont capables, contre toute attente, de partager des traits communs dans une diversité culturelle importante, et, révélation stupéfiante, ils en sont même conscients. Incroyable! Les noirs, pardon les africains, capables de comprendre, comme le font les européens depuis des siècles, leur diversité dans l'unité! Le grand « mystère » que voilà.



On continue: après quelques mots niveau CE2 expliquant aux indigènes que dans la suite du discours quand il parlerait des « hommes » cela voudrait dire « les hommes et les femmes », il enchaîne sur un touchant Mea Culpa plein de bons sentiments. Il parle ainsi des européens qui ont « désenchanté l'Afrique », « banni les dieux », qui se sont crus « plus puissants que l’âme africaine, plus puissants que les liens sacrés que les hommes avaient tissés patiemment pendant des millénaires avec le ciel et la terre d’Afrique, plus puissants que les mystères qui venaient du fond des âges. », qui ont abîmé « un imaginaire merveilleux » et « une sagesse ancestrale » . Ah la magie africaine, ses cultes primitifs de grands enfants imaginatifs en pagne, son mode de vie de bon sauvage de l'âge de pierre! (les sacs à vomi se trouvent sous l'accoudoir à votre gauche). On n'avait pas atteint une vision si stéréotypée de l'Afrique depuis l'inoubliable « Africa », de Rose Laurens (lien vers les paroles ici).

S'en suit un bilan frauduleux façon « 50-50 » sur la colonisation, où l'on met implicitement sur le même plan l'exploitation coloniale et les « aspects positifs », thèse se voulant équilibrée qui nous avait fait enrager il y a peu (voir billet « un jour en colonie ») et qui fera rire jaune les générations futures qui se pencheront sur notre traitement historique actuel. Le président ajoute, avec bon goût:

« La colonisation n’est pas responsable de toutes les difficultés actuelles de l’Afrique. Elle n’est pas responsable des guerres sanglantes que se font les Africains entre eux. Elle n’est pas responsable des génocides. Elle n’est pas responsable des dictateurs. Elle n’est pas responsable du fanatisme. Elle n’est pas responsable de la corruption, de la prévarication. Elle n’est pas responsable des gaspillages et de la pollution ».

Là, on frôle le mensonge éhonté. D'abord parce que si la colonisation n'explique pas tout, elle a quand même sévèrement hypothéqué les chances pour l'Afrique de partir sur un bon pied dans le concert des nations. Alors ce genre de vérités, venant de la France... Ensuite, et surtout, cette analyse d'une Afrique totalement indépendante et donc responsable de tout ce qui s'y passe ne résiste pas à une étude sereine des réseaux qui, de France, ont saboté toute aspiration à un essor africain dans notre « pré carré ». La France, pas responsable des guerres, des génocides, des coups d'état et de la corruption? Je préfère ne pas m'attarder sur cette vision au mieux naïve au pire machiavélique de l'histoire de nos relations à l'Afrique, et je vous invite à vous reporter au « De la Françafrique à la Mafiafrique » de Verschave aux éditions de la Flibuste ainsi qu'à « Rwanda, un génocide français » de Mehdi Ba, chez l' « Esprit Frappeur », courts essais fort éloquents sur ce thème de la responsabilité française dans le drame africain.

Le discours enchaîne sur la condamnation d'une "tentation de pureté" culturelle africaine bien imaginaire, dont les analystes sont bien en peine à en trouver trace dans l'opinion africaine . Mais, et ça fera rigoler les jeunes qui surpeuplent les mégalopoles africaines, on revient vite au thème de l'éternel paysan africain en « symbiose avec la nature ». Ah! l'éternel Nègre si agile dans son élément! Son bon sens de Cul-terreux et d'homme des bois dont nous avons tant à apprendre! Et là, c'est un monument d'ethnographie coloniale. Accrochez vous:

« Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire. Le paysan africain, qui depuis des millénaires, vit avec les saisons, dont l’idéal de vie est d’être en harmonie avec la nature, ne connaît que l’éternel recommencement du temps rythmé par la répétition sans fin des mêmes gestes et des mêmes paroles. Dans cet imaginaire où tout recommence toujours, il n’y a de place ni pour l’aventure humaine, ni pour l’idée de progrès. (...) Jamais l’homme ne s’élance vers l’avenir. Jamais il ne lui vient à l’idée de sortir de la répétition pour s’inventer un destin. »

Achille Bembé, dans l'émission de Mermet, y voit un relent d'hégelianisme primaire. moi, j'y vois, armé de mon rasoir d'Hanlon, une pensée de comptoir, colonial ou de Zinc. Et tout ça prononcé à la faculté « cheikh Anta Diop », grand historien africain, avouez que ça ne manque pas de bon goût.

Après les banalités d'usage sur l'Afrique éternelle, le discours se conclut par un écoeurant appel à la bonne volonté africaine, comme si il y avait égalité des chances, comme si les rapports de force Nord-Sud n'existaient pas:

« Jeunes d’Afrique, vous voulez le développement, vous voulez la croissance, vous voulez la hausse du niveau de vie. Mais le voulez-vous vraiment ? ».

Les africains ont peu à attendre d'une « rupture » qui ne changera rien au fond. La vision des relations Franco-africaine impulsée cette année, c'est un pas en avant trois pas en arrière. On reconnait une erreur pour alligner derrière quatre contre-vérités. Pour le reste, on note de charmants effets d'attention, sans aucune remise en cause des rapports de domination existants. Dans ce discours d' « ami de l'Afrique », est il question de la fuite des cerveaux que notre « immigration choisie » drainera encore plus systématiquement qu'avant? Est-il question, dans ce discours qui se veut « sincère », de la réalité des rapports de force entre nous et notre ancien empire? dans cet appel à la bonne volonté des africains vers plus de démocratie, est-il question de notre soutien aux potentats locaux, de notre emprise néo-coloniale? si ce discours de Dakar reflète la vision qu'a la France de l'Afrique, alors rien n'a vraiment changé depuis la dernière présidence, quand Chirac disait:

«Ils sont joyeux, parce que les Africains sont joyeux par nature. Ils sont contents. Ils voient qu'il y a un monsieur qui passe, cela leur permet d'être sur le bord de la route. Ils sont contents, bien ! ».

Sans commentaire.


lundi, septembre 03, 2007

Intermittents: une vidéo, un procès, des dates

Il y a bien longtemps, je vous avais parlé de l'occupation de la Star'ac' par les intermittents. Pour les gens patients ou frappés d'amnésie, je mets ici un lien vers l'interview sur ce blog d'un de ses protagonistes ( <-----cliquez là, voyez, c'est dans une autre couleur). Du nouveau sur l'affaire? Les intermittents comparaissent volontairement à Bobigny le 28 septembre en soutien aux quatre des leurs inculpés suite à l'occupation. j'ajoute les quelques rendez-vous suivants, pour remplir les agendas:

- JEUDI 20 SEPTEMBRE 2007

Soirée débat sur la pénalisation des mouvements sociaux. Intervenants confirmés à ce jour :
* Evelyne SIRE-MARIN magistrate, ex présidente du syndicat de la magistrature, co-présidente de la fondation Copernic .
* Marie-José MONDZAIN, philosophe, écrivain, directeur de recherche au CNRS ...
de 20h à 22h à la Mère à Boire, 1/3, rue des Envierges , XXe

- VENDREDI 21 SEPTEMBRE 2007.

Concert de soutien avec : Les fils de Theupu Vin’s Mico Nissim et Richard Raux A partir de 20h30 au Studio de l’Ermitage, 8, rue de l’Ermitage, XXe. M° Jourdain/Ménilmontant. Bus 26 ou 96

- VENDREDI 28 SEPTEMBRE 2007.

Procès de la Star Ac. Tribunal de Bobigny à 13h00.

Toutes les infos sur le dossier et les dates se trouvent sur le site de la coordination des intermittents et précaires, : www.cip-idf.org.

D'ici là, mes amis, et pour affiner son idée sur l'affaire, prenez les vingt minutes suivantes pour regarder cette petite vidéo fort bien foutue. Vous y verrez le traitement médiatique de l'affaire, ainsi que les images des violences commises par le service d'ordre de la chaîne, autant de sujets évoqués dans l'interview dont je parlais, mais dont les images jettent une lumière crue sur l'affaire.

Enjoy!