Tu te rappelles la grève? Et comment...Les médias, enfin « décomplexés » hurlaient gentiment avec les loups: une minorité « prenait en otage » la majorité, dans une attitude des moins « démocratiques »: au point de refuser le vote à bulletin secret quand il s'agissait de reconduire ou d'arrêter le mouvement! Sur le chemin de mon travail, de jolies affiches « stop la grève » avaient été collées par de courageux combattants de la liberté.
Puisse que j'en suis à parler de trajet, personne au moment de cette grève n'a posé la question, cruciale, de savoir pourquoi on avait tant besoin des transports, la question de ce choix de mode de vie pavillonnaire peu dense qui condamne la plupart d'entre nous à faire trois quart d'heure de train entre chez lui et son taf. Mais revenons à nos moutons antigrèvistes.
J'avoue avoir été séduit par la rhétorique « démocratisante » qui voulait nous faire dire que seule la majorité est légitime. Seulement, voilà, et là tiens toi bien, ami plus modéré que moi, pour moi c'est de l'idéalisme de raisonner comme cela, et la vérité historique va à l'encontre de ce culte de la majorité.

Belle affiche de "Stop la grève", association liée à l'UNI (notez l'entrisme...comme quoi on apprend toujours de ses ennemis)
Oui, c'est un dogme sans fondement de croire que 51% des gens peuvent donner ou retirer une légitimité quelconque à quoi que ce soit, comme par magie. Sinon les bases même de notre société ne seraient pas là. Notre révolution Française, par exemple, dont personne ne viendrait remettre en cause la légitimité, sûr qu'à l'époque TF1 nous aurait parlé d' « agitateurs minoritaires » à son sujet. Les changements civilisationnels qu'ont été l'abolition de la peine de mort, la fin du travail des enfants, l'abolition de l'esclavage...qui, sinon de bien peu « légitimes » minorités en sont à la source?

La charismatique représentante de de l'association libérale "liberté chérie", dans une attitude mi Louise Michèle, mi Rosa Luxembourg..(Notes bien le poing levé, comme quoi on apprend toujours de ses ennemis).
Or, je ne suis pas élitiste: je ne crois pas, comme un Lénine, qu'une « avant-garde » peut prendre la parole au nom du peuple. Je crois plutôt en l'autonomie des gens et de leurs luttes, en la spontanéité de mouvements révolutionnaires, en certaines formes « assembléistes » de lentes prises de décision consensuelles.
Je ne suis pas élitiste, dis-je, mais si la propension de certains à vouloir faire le bonheur des autres malgré eux m'énerve, la condamnation de tout ce qui s'élèverait un peu des basses eaux intellectuelles dans lesquelles nous baignons me fait carrément gerber.

Comme ça, ça au moins c'est dit...
Aujourd'hui, combien sont-ils, ceux qui critiquaient hier Bové et les faucheurs « hors la loi », et qui approuvent maintenant le moratoire sur les OGM? Combien sont-ils à applaudir les initiatives écologistes de tous les gouvernement quant ils se foutaient ouvertement hier des chevelus qui leur parlaient déjà d'environnement? Combien sont-ils ceux qui trouvaient que la lutte anti-CPE/CNE était une affaire de petit bourgeois, combien sont-ils de ceux qui condamnaient la fièvre sociale d'alors qui mettraient autant de verve à défendre ce contrat inique que le BIT lui même a condamné il y a peu?
Je repasse, en allant au boulot, devant de petites affiches anti-grèves sur un mur lépreux. Elles ont été recouvertes de stickers fort à propos d'un groupe d'extrême gauche. On y lit: « Anti gréviste, sois moderne: renonce à tes congés payés ».
A bon entendeur...
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