mercredi, avril 02, 2008

JEUX D'INFLUENCE

La flamme qui va parcourir Paris ce lundi, c'est celle du déshonneur; et ni les brassards verts ou oranges aux bras des athlètes, ni les banderoles équivoques sur la mairie de Paris n'y changeront quoi que ce soit: on ne baisse pas son froc à moitié.


Les J.O là-bas, à vrai dire, j'en n'avais pas grand chose à foutre. L'olympisme et toutes ces conneries, je n'y crois plus depuis bien longtemps. Mais depuis une semaine, j'avoue être carrément pour le boycott, et des deux mains.



Ils m'énervent parfois, mais faudra m'expliquer comment être contre RSF cette fois...


Des naïfs aux idées plus vieilles que les miennes me le disent pourtant: le boycott des jeux n'apportera rien de bon. Il ne faut pas manquer cette chance historique de changement vers la démocratie, il ne faut pas braquer un pays qui s'ouvre peu à peu aux libertés.


D'abord, cette ouverture, j'aimerais bien en voir autre chose que la promesse, depuis quinze ans. Ensuite, dire que le boycott n'apporte rien (NDLR: contestable) ne prouve pas que le non boycott apporte quoique ce soit. Un sympathique rapport d'Amnesty montre à ceux qui en doutaient encore que les JO n'ont eu aucun effet positif sur les droits de l'homme en Chine. L'esprit sportif, que personne ne semble de nos jours remettre en cause dans ses fondements, n'a en tout cas jamais servi la liberté, loin s'en faut. Les jeux de Berlin en 36, la coupe du monde en Argentine pendant la dictature n'ont rien changé à l'affaire: au contraire, ils ont apporté caution et légitimité au pire.




On aura tout entendu: même Mélenchon, que je respecte pourtant, s'est fendu d'une tirade vaguement pro-chinoise, avec tout le répertoire de la propagande adéquate: les chinois présents « depuis le douzième siècle » (NDLR: contestable) , le repoussoir du « régime théocratique tibétain » (NDLR: et alors...). Les inévitables liens (NDLR: contestables) entre reporters sans-frontières et les néo-conservateurs (NDLR: et alors...)...Tout y est passé.


Le régime autoritaire de là-bas est-il si puissant qu'il ait déjà exporté sous nos latitudes sa langue de bois si typique? Le spectaculaire sens de l'organisation, de la sécurité et de l'ordre des gardes rouges convertis au marché a, lui au moins c'est sûr, passé les frontières des nos démocraties européennes, et même de leur doyenne: ainsi, en Grèce, la police a-t-elle interdit à des gens de dérouler une banderole de contestation.


C'est aussi ça, l' « effet J.O »...


2 commentaires:

Anonyme a dit…

(NDLR : contestable)

Les partis politiques n'ont plus vocation à défendre un "projet de civilisation" : c'est de l'idéologie, c'est mal. A la place on a des ONG, avec des professionnels de la com, pas des militants fanatiques aveuglés par le dogme et manipulés par leur bureau politique.
Les ONG têtes de gondole, celles qui recherchent le Vu-à-la-TV comme les rapeurs un passage sur sky, sont des organisations privées avec des budgets qui n'ont rien à voir avec la cotise des camarades de la cellule ou même avec la promo carte jeune militant à 20 euros.
Donc voir traîner Soros derrière une révolution ou la NED derrière RSF... ça renseigne quand même un peu sur les orientations stratégiques et les placements de produit. (j'épargne ici le couplet sur Guantanamo, Chavez, l'Irak, etc.)

Le danger de ce type de discours étant bien-sûr : Ménard est un guignol donc jetons-nous dans les bras du merveilleux gouvernement chinois...
Comme d'habitude Mélenchon recadre un peu le débat sur (à mon sens) des vraies questions politiques mais ne peut s'empêcher d'être... un peu con, parfois borné et intellectuellement malhonnête, jusqu'à trouver le badge "Pour un monde meilleur" violemment subversif et insultant...

On peut néanmoins penser qu'il flotte une drôle d'odeur de racisme façon péril jaune depuis quelques années et que ça pète à la gueule aujourd'hui, avec cette campagne bien menée, ces media univoques et cette représentation du Tibet en ailleurs fantasmé, pas loin d'une Jérusalem assiégée par des barbares bridés...

Et les JO là-dedans ? C'est pas du foutage de gueule, après avoir laissé la Chine candidater puis remporter le pactole, de demander "le boycott de la cérémonie d'ouverture" ?! La veulerie et l'hypocrisie de cette requête la disqualifient, on peut aussi demander le boycott des nems au cocktail de l'after de la cérémonie de clôture. Attention, les tyrans tremblent...

Adso, a dit…

Mouais..le coup du racisme anti-jaune (il est bien réel, c'est clair) est largement retournable...aux tibétains (ces crétins de théocrates si l'on en croit certains). Les chinois ne s'en privent pas, qui pensent civiliser au knout leurs gentils voisins un peu frustres des montagnes.

On est juste dans une situation coloniale, ni plus, ni moins. Les arguments Pro-chinois, c'est marrant, sont assez proche de ceux de l'Algérie Française: "regardre, on a construit des routes, on a apporté le progrès et l'espérance de vie à ces sauvages! on les a libérés de leurs traditions claniques bornées et de leurs soumissions aux chefferies!". Le jour où on me démontrera qu'on n'est pas dans une situation coloniale, ce qui reviendrait à dire que les tibétains partagent volontairement un destin, une culture, une religion, une langue qui serait celle des Han, ce jour là, on pourra retirer l'adjectif "colonial".

C'est toujours pareil: dans ce débat, on est plus gêné par les "alliés" vaseux que par les adversaires, mais c'est ainsi, comme souvent dans l'histoire. Il fallait soutenir l'URSS et les Etats-unis dans leur lutte contre le Reich. Il fallait soutenir les dissidents soviétiques même si on se trouvait alors, du coup, du même côté que de douteux "amis de la liberté". Il fallait lutter contre la guerre du Viet-Nam malgré le non moins douteux "soutien" de l'Union Soviétique.

Quand ça tire dans la foule à Lhassa, quand on torture à tour de bras, il faut soutenir les tibétains, (comme l'on fait les quelques dissidents chinois auxquels il reste encore des dents) et ce, malgré l'évident coup de main intéressé de l'amérique conservatrice, malgré l'encombrant Menard. Pas le choix.

Quant au fait qu'on avait laissé les JO à la Chine, c'est vrai qu'on a manqué là une belle occasion d'éviter ce genre d'emmerdes! Mais c'est peut-être imaginer trop de vision politique là où il ne saurait y en avoir, c'est à dire dans l'olympisme béat et naïf du milieu.