dimanche, avril 06, 2008

UN PEU DE SERIEUX, MERDE

Dans notre monde d'abondance, on produit largement de quoi satisfaire les besoins de tous. On produit même trop, et n'importe comment, jusqu'à l'absurde, même: voir les récents débats aux états-unis sur l'opportunité de se nourrir de bêtes clonées; voir la récente polémique de l'OMC sur le fait que ces ringards d'européens refusent toujours l'importation du boeuf aux hormones; voir l'arrêt des jachères souhaitée par certains au détriment de la qualité future des sols.


Le marché ne sait pas distribuer les richesses qu'il produit si bien: la récente montée des prix des denrées alimentaires dans le monde en est bien la preuve. Spéculation, agro-carburants qui utilisent les bonnes terres, passage de trop de gens à une alimentation trop carnée, et monocultures d'exportation sont autant de raisons qui ont fait d'une récolte comme on n'en avait jamais eue un Binz' total avec émeutes en Afrique et augmentation du prix des nouilles. De l'organisation de la pénurie dans un monde d'abondance: un cas d'école pour les économistes de demain!


Ce qui est amusant, c'est qu'une crise aussi significative, sur une pratique que nous partageons tous de Vladivostok à Lons le Saunier,(manger), trouble aussi peu le citadin occidental: sûr qu'il est que l'économie ne se joue plus dans la ringardise du secteur primaire et du secondaire (a peine plus sexy que le premier), il concentre son attention économique sur des usines à gaz comme la vente de licences de N-ième génération de portables, la surévaluation de sa monnaie et le statut de ces mp3 plus que sur ce qu'il y a dans son assiette, et dont, heureusement pour lui et pour l'agro-alimentaire, il n'a aucune idée de comment cela a été produit.


Jusqu'à ce que...


Jusqu'à ce que d'autres futurs petits occidentaux, plus bridés, plus bronzés que les premiers, aspirent aussi à notre mode de vie Bagnole-Viande-Avion-gros frigo à la con: et là, c'est le drame. La planète n'est pas équipée pour nourrir de boeuf deux fois par jour tous nos congénères: c'est beaucoup trop gourmand en céréales, en espace et en eau. De même pour le poisson: on entame déjà bien nos grandes réserves de pêches, alors pour peu que les chinois se mettent autant que les japonais à apprécier le thon, on est mal barré. Pour la pollution, même topo: si tout le monde jouait à l'occidental kérozène-style, on vivrait dans un four à effet de serre.


Donc deux options: soit on ferme les yeux, on continue comme si de rien était, on dit comme les américains au dernier sommet mondial bidon que « notre mode de vie n'est pas négociable » et ce qui sont contre vont se faire foutre (option « le prépare les guerres de demain pour mes petits enfants », très sympa). Où bien on réfléchit aux moyens conviviaux d'atteindre une sobriété volontaire ...avant que d'une façon ou d'une autre, on nous l'impose: quand il n'y aura plus qu'un steak pour dix, ce sera soit chacun son tour à petites bouchées, soit la baston. C'est tout (A part la courte paille, je ne vois en effet aucune alternative).


Comment on partage le gâteau, comment il est fait: deux questions, deux absences dans les JT et dans les programmes des candidats « sérieux » à la présidentielle.


Avouez qu'avec du « sérieux » comme ça, on n'a plus tellement besoin de déconner.


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