dimanche, janvier 04, 2009

BONS BAISERS DE GAZA

Bonne année à tous. Nous interrompons notre programme de "réformes couillues "pour un interlude spécial.

C'est officiel: l'armée israélienne lance une offensive terrestre sur la bande de Gaza. Une attaque qui ne trouve aucun écho favorable, y compris dans l'opinion israélienne, si j'en crois les récents sondages.

DU "PLOMB DURCI" DANS L'AILE DES COLOMBES

Je passe sur les effets éminemment pervers d'une telle offensive, qui ne manquera pas d'exacerber la haine farouche des gazaoui déjà bien énervés par le blocus « de facto » qu'on leur impose, le chômage endémique qui découle de l'inactivité de son port et autres joyeusetés. La dernière fois que les riants blindés de Tsahal sont sortis de leurs casernes, c'était pour la très contestée offensive du Liban, qui n'a fait que renforcer l'aura du Hezbollah sans offrir de répit à long terme à la Galilée.



Ce qui me choque, surtout, c'est l'immense disproportion de la riposte israélienne, attisée selon certains par la campagne électorale et qui, à mon avis, est d'avantage le résultat de la doctrine militaire contre-insurrectionnelle de l'état Hébreu, recette qui a si mal marché au Liban et lors de la seconde Intifada.


Mais les Israéliens ont leur logique, pas si éloignée de celle pratiquée par l'occupant Français en Algérie ou à Madagascar « au temps béni des colonies », comme dirait l'autre: logique coloniale du « tu m'en tue un, je t'en tue cent », logique qui n'offre que des répits à moyen-terme, tant elle recouvre la victoire militaire par la défaite politique qui la suit. Et le retrait officiel des colons de Gaza n'y a pas changé grand chose, tant l'étau autour de la Bande est fort.

LE TEMPS BENI DES COLONIES

Logique, je le disais, parce que, et cela ne justifie rien, si la France recevait des roquettes d'un voisin, elle riposterait elle aussi. Logique si l'on s'en tient au modèle de la guerre conventionnelle entre deux états souverains: le seul problème, c'est que la Palestine, c'est tout sauf un état souverain, et la responsabilité en retombe largement aux Israéliens, qui, de checkpoints en fouilles humiliantes, de colonies en blocus, de destructions des infrastructures étatiques en fermetures des frontières,accule le peuple palestinien à la violence.



N'en déplaise aux occidentaux, il n'y a là rien à voir avec une bien imaginaire attitude « arabo-musulmane » (sic) ou « islamique ». Les peuples asservis réagissent toujours ainsi. Pour mémoire, l'Allemagne, foyer de notre civilisation pendant des siècles, berceau des idées et des arts, a voté massivement dans les années 30 pour l'escroquerie idéologique et la folie de masse quand elle fut acculée au chômage et à l'humiliation. Je ne crois pas aux « peuples idiots » dont on nous bassine au café du coin (et puis nous avec notre inculte et bling bling monsieur S, on peut parler). Je crois juste que le système démocratique qu'on nous vend si mal sélectionne les démagogues. Je crois aussi, pour prolonger l'analogie avec la France coloniale, que les israeliens qui reçoivent une roquette sont entrainés par un affect bien naturel, qui leur fait oublier la disproportion de leur riposte, tout comme l'opinion Française s'est durcie quand des Pieds Noirs mourraient dans les attentats à la bombe en Algérie.

LES "LECONS" DE LA CRISE

Alors que faire? On peut déjà tirer deux leçons de la crise (c'est à la mode), même si pour moi ces deux leçons sont deux facettes d'une même médaille: premièrement, ni les murs ni les soldats n'arrivent à maintenir un système colonial, quelqu'en soit la forme (apartheid, occupation ou même « cloisonnement » à des « bantoustans »), et quelque soient les "génies Nationaux" mis en confrontation. L'Afrique du Sud en fut le parfait exemple, tout comme elle fut l'excellent exemple d'une sortie de crise que je souhaiterait voir imitée au proche orient. Deuxièmement, le comportement des Etats dans cette affaire (Gouvernement Israélien, populistes qui dirigent Gaza et Egyptiens qui se gardent bien d'ouvrir la frontière à leurs « frères », immobilisme des européens et complaisance américaine) est déplorable tant il se met au « ras les pâquerettes » de l'analyse politique à long terme. C'est aussi cette logique étatique, celle de pays aux peuples électeurs pour la plupart, cette légitimité à écraser les mouches au marteau ou à ne rien faire, qu'il faudra interroger. Logique de la délégation de la violence, du « monopole de la violence », qui, par définition, ne supporte aucun interlocuteur et aucun contre pouvoir réel.


En attendant le décompte macabre des civils palestiniens qui tomberont sous les obus et des soldats israéliens morts pour rien, je vous souhaite une excellente année 2009.


Et surtout la santé...


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