vendredi, mars 27, 2009

Ma Cause


Derrière le foisonnement de réactions que j'ai pu avoir depuis que j'écris ce blog, j'ai longtemps cherché une idée clef, quelque chose qui puisse résumer mes combats. C'est un faiblesse d'ancien Tox à l'idéologie.


Mais si je devais résumer, je dirais que le liant à tout cela, c'est la recherche d'autonomie, la recherche de tout ce qui aide l'Homme à se réaliser, la lutte contre toutes les chaînes, toutes les dominations, toutes les aliénations. Mais ce n'est pas un individualisme, car je sais que l'espoir de l'Homme est dans les mains de ses frères. C'est la quête parmi les hommes et dans leur Histoire de tout ce qui libère les hommes et leur Histoire.

C'est pour ça que j'écrirai toujours, contre les médiation du système entre l'Homme et lui même, entre l'Homme et son prochain, entre l'Homme et son Histoire, entre l'Homme et la vie.


C'est pour ça qu'il faut combattre toute structure d'oppression, des frontières à l'Etat, de la l'aliénation Technique au Capital. C'est pour ça qu'il faut combattre toute domination coloniale, raciale, sexiste, ou sociale. C'est pour ça qu'il faut anéantir ce qui met l'homme dans un réseau de dépendance et d'intégration, ces systèmes qui se rendent indispensables au point que sans eux, sans bagnole, sans grande distribution et sans high-tech on ne sache plus marcher, cuisiner, rencontrer des gens...qu'on ne sache plus vivre en somme.



C'est pour ça qu'il faut soutenir et partager la joie des hommes révoltés, hier à Barcelone ou à Budapest, aujourd'hui au Chiapas ou dans les usines occuppées.


Je désire sans fin construire mon histoire, me révolter avec mes frères, me réjouir avec eux sans maître, sans médiation. Je veux apprendre d'eux mon métier d'homme, et forger mon histoire.


Et je veux vivre.


mardi, mars 17, 2009

Humanisme vrai et faux

Le mot « Humanisme », c'est un peu comme le mot « citoyen »: ça fleure bon l'arnaque. Et dans les années 70, un type comme Foucault ne s'y était pas trompé, lui qui voyait derrière l' « humanisme » et la théorie du sujet une mascarade occidentale pour éviter de parler de rapports de forces et de prise de pouvoir (1). Et c'est vrai que bien souvent, ce mot creux ne sert qu'à masquer une absence de discours plutôt qu'autre chose: qu'est-ce qu'une politique, une fiscalité « humaniste »? Qu'est ce même que l'Universel de la Nature Humaine sans cesse invoqué quand on parle d' « humanisme »? N'est ce pas là une représentation purement occidentale qui se drape dans des habits trop grands pour elle?


Autant de questions qu'il faudra poser à des gens sympathiques comme François Bayrou, qui font un usage immodéré de ce concept fourre-tout, afin de nier les divisions de la sociétés ainsi que les rapports de force. Cet humanisme fuyard tient du mensonge et des bons sentiments dont l'enfer est pavé.


Cependant, à bien y regarder, la logique implacable des « anti-humanistes », ou plus exactement des « brutalement anti-humanistes » (je ne parle pas de Foucault) est celle des révolutions sombrant dans leurs démesures. Aveuglés par ce qu'ils pensent-être le « sens de l'histoire », renonçant à l'analyse des moyens pour atteindre les fins, ce sont ceux qui, au nom de l'Homme et de l'Histoire mutileront l'homme et son histoire. C'est sûr de la logique de ses combats qu'on termine dans le ridicule de la violence révolutionnaire d'après 75-80; c'est pétri de dialectique marxiste qu'on a parfois fait couler le sang d'innocents.


Que l'on ne s'y méprenne pas: je ne critique ni l'anti-humanisme réel, sursaut nécessaire de l'esprit face à l'engluement des « valeurs », ni l'humanisme profond, véritable mystique de la personne qui fait jaillir de l'Homme une étincelle irréductible. Ce dont je parle, ce sont les pâles reflets de ces idées, ombres qui finissent par se dissiper dans les époques, comme ces « humanistes » qui ont fait le lit du totalitarisme en Europe, ou ces « matérialistes » qui ont fini par croire, comme Mussolini, que c'était le sang qui faisait tourner la roue de l'histoire.


Il s'agit de comprendre que l'homme est le jouet de rapports de forces le dépassant immensément; mais qu'au coeur même du laminoir de l'Histoire demeure l'esprit irréductible de l'homme, sa singularité. On n'avancera pas en niant l'outil formidable que fut le matérialisme pour décrypter la marche réelle du monde; on n'avancera pas plus en niant la vérité immense, épaisse et profonde qu'est l'Humanisme pour décrypter le sens réel du monde.


C'est de cette dialectique titanesque entre « humanisme » et « anti-humanisme » réels, de ces deux exigences considérables que je me sens issu, et dont je me sens, en ces temps de dissimulation et de non-politique, si orphelin.




(1) « J’entends par humanisme l’ensemble des discours par lesquels on a dit à l’homme occidental : « Quand bien même tu n’exerces pas le pouvoir, tu peux tout de même être souverain. Bien mieux : plus tu renonceras à exercer le pouvoir et mieux tu seras soumis à celui qui t’est imposé, plus tu seras souverain. » L’humanisme, c’est ce qui a inventé tour à tour ces souverainetés assujetties que sont l’âme (souveraine sur le corps, soumise à Dieu), la conscience (souveraine dans l’ordre du jugement ; soumise à l’ordre de la vérité), l’individu (souverain titulaire de ses droits, soumis aux lois de la nature ou aux règles de la société), la liberté fondamentale (intérieurement souveraine, extérieurement consentante et accordée à son destin). Bref, l’humanisme est tout ce par quoi en Occident on a barré le désir du pouvoir - interdit de vouloir le pouvoir, exclu la possibilité de le prendre. Au cœur de l’humanisme, la théorie du sujet (avec le double sens du mot). C’est pourquoi l’Occident rejette avec tant d’acharnement tout ce qui peut faire sauter ce verrou. Et ce verrou peut être attaqué de deux manières. Soit par un « désassujettissement » de la volonté du pouvoir (c’est-à-dire par la lutte politique prise comme lutte de classe), soit par une entreprise de destruction du sujet comme pseudo-souverain (c’est-à-dire par l’attaque culturelle : suppression des tabous, des limitations et des partages sexuels ; pratique de l’existence communautaire ; désinhibition à l’égard de la drogue ; rupture de tous les interdits et de toutes les fermetures par quoi se reconstitue et se reconduit l’individualité normative). Je pense là à toutes les expériences que notre civilisation a rejetées ou n’a admises que dans l’élément de la littérature. »

Michel Foucault, « Par-delà le bien et le mal », novembre 1971 in Dits et écrits, I, p. 1094-1095, cité

Pour ceux que la question intéresse et qui ont quelques dizaines de minutes à consacrer à ça, je vous conseille l'excellent débat entre Foucault et Noam Chomsky « sur la Nature Humaine », dont la transcription est disponible à l' « Herne » et dont voici la vidéo de 12 minutes:




dimanche, mars 08, 2009

DE LA NECESSITE DE SAVOIR SABOTER

« Si tu veux la paix, prépare la guerre », dit le proverbe.


Le billet de cette semaine, c'est la récente lecture d' « Après la Démocratie », d' Emmanuel Todd, qui me l'a inspiré (et non la beuverie d'hier soir qui a suivi...mais bref). Manu y examine différentes portes de sorties de crise pour le pays (crise économique, mais aussi crise de la représentation politique). Et il évoque clairement la fin du suffrage universel, l'exemple chinois faisant des émules (son efficacité économique doit faire rêver plus d'un cynique).



Sans vous refaire une litanie des dangers qui guettent ce qui reste de notre liberté, il me faut rappeler les moyens très efficaces et très peu démocratiques qu'on risque de nous proposer dans pas si longtemps. Quand un pays est dans la merde, quand un régime sent que les émeutes approchent, quand la lutte des classes vient foutre le Nâm dans nos beaux centres d'affaires, il y a plusieurs solutions historiquement avérées: la dénonciation d'un ennemi intérieur minoritaire (les juifs ont pas mal fait les frais de cette méthode dans l'histoire européenne), et l'aventure belliqueuse extérieure (aux Malouines pour l'Argentine, à Chypre pour les Colonels, au Sahara pour le roi du maroc...), la guerre ayant le don de ressouder artificiellement la foule abrutie, et de relancer une économie en effaçant à coup de fait du prince, les dettes.


Si vis Pacem...


Mais peut-être n'est-ce pas de ces bruits de bottes que viendra le danger de la dictature. La réalité écologique deviendra, j'en suis sûr, LE danger politique à surveiller. Je m'explique: nous n'avons pas les moyens de généraliser au monde nos modes de consommations. Plusieurs planètes n'y suffiraient pas. Du coup, si la sobriété économique volontaire ne fait pas école à l'Ouest, il va falloir expliquer aux Burkinabés et aux pakistanais qu'il n'y a pas assez de coca et de pétrole pour tout le monde. D'où le maintien de l'injustice et/ou la guerre. En termes de politique intérieure, la raréfaction des matières premières et de l'énergie dûe à notre consommation effrénée risque de nous faire arriver à des formes plus ou moins raffinées de rationnement, avec toute la bureaucratie et les mesures de contrôle et de discipline que cela risque de représenter, voir même à un « Fascisme Vert », une « Eco-dictature » de très mauvais goût.



Le calcul est assez simple: partagez les richesses ou ça va péter. Limitez les consommations ou le pouvoir le fera à sa façon. Comme je suis un grand pessimiste, et que je crois que mes semblables préfèrent rouler en Hummer aux frais de leur fond de pension préféré sous l'oeil de caméras de surveillance biométriques que de penser à ce qu'ils font, je crois qu'on va aller vers des régimes de moins en moins sympa.


Et qu'il faut s'y préparer.


... Para Bellum!


Mais comment? Se pose la question des moyens, dans une société où le monopole de la violence légale est renforcé par la complexité technique des moyens. Saurons nous saboter à temps un système de surveillance dernier cri? Saurons nous détruire les fichier ADN de l'Etat avant qu'ils ne tombent dans des mains plus autoritaires encore? Les « citoyens » sauront-ils neutraliser les puces RFID qu'on aura glissé partout?


Nous y arriverons d'autant moins que l'abandon de la conscription (que je ne regrette pas par ailleurs) laisse les moyens militaires à une armée de plus en plus technique de professionnels, sans contrôle des « appelés » (si symbolique qu'ait été ce contrôle) et sans que ces « appelés » n'apprennent à se servir des armes qu'on pourrait retourner contre eux et dont ils pourraient avoir besoin, à Dieu ne plaise, contre l'Etat.



Je sais que tout ceci tient pour l'instant de la mauvaise science-fiction. Je sais aussi que ces questions de font que frôler la problématique beaucoup plus vaste du « progrès » Technique et de la société technicienne et de ses castes. Néanmoins, je préfère me les poser maintenant que dans un futur plus sombre. Et j'invite qui se sent conscient de ces enjeux à redoubler de vigilance quant à tous les systèmes qu'on nous refourgue au nom de la « Securité ».


salutations Paranoïaques,

Adso.


dimanche, mars 01, 2009

Fred Vargas et la "troisième révolution"

Ami lecteur, les futures élections européennes, je vais te bassiner avec. J'espère que tu as cinq minutes. Car voici un petit texte de Fred Vargas, qu'on ne présente plus (et c'est con), texte trouvé sur les blogs de soutiens aux listes des "Verts". Vous allez voir, c'est limite scoutocrate, plein de bonnes attentions pour une "mère nature" et des "ours Blancs" un peu clichés, mais ...enfin bon, vous commenterez si vous n'êtes pas contents, bandes de blogosceptiques. Ca s'appelle "nous y sommes". A bientôt!

Nous y voilà, nous y sommes.
Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l'incurie de l'humanité, nous y sommes.
Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l'homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu'elle lui fait mal.
Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d'insouciance. Nous avons chanté, dansé.Quand je dis « nous », entendons un quart de l'humanité tandis que le reste était à la peine.
Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l'eau, nos fumées dans l'air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu'on s'est bien amusés.
On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l'atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.
Franchement on s'est marrés.
Franchement on a bien profité.Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu'il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre.
Certes.
Mais nous y sommes. À la Troisième Révolution.Qui a ceci de très différent des deux premières (la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu'on ne l'a pas choisie.
« On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.
Oui.
On n'a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis.
C'est la mère Nature qui l'a décidé, après nous avoir aimablement laissé jouer avec elle depuis des décennies.

La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets.
De pétrole, de gaz, d'uranium, d'air, d'eau.
Son ultimatum est clair et sans pitié : Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l'exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d'ailleurs peu portées sur la danse).Sauvez-moi, ou crevez avec moi.Évidemment, dit comme ça, on comprend qu'on n'a pas le choix, on s'exécute illico et, même, si on a le temps, on s'excuse, affolés et honteux.
D'aucuns, un brin rêveurs, tentent d'obtenir un délai, de s'amuser encore avec la croissance.Peine perdue.Il y a du boulot, plus que l'humanité n'en eut jamais.Nettoyer le ciel, laver l'eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l'avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, « attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille » récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n'en a plus, on a tout pris dans les mines, on s'est quand même bien marrés).
S'efforcer. Réfléchir, même.Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, « être solidaire ».
Avec le voisin, avec l'Europe, avec le monde.
Colossal programme que celui de la Troisième Révolution.Pas d'échappatoire, allons-y.Encore qu'il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l'ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante. Qui n'empêche en rien de danser le soir venu, ce n'est pas incompatible. A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie, une autre des grandes spécialités de l'homme, sa plus aboutie peut-être.
A ce prix, nous réussirons la Troisième révolution.
A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.

Fred Vargas
Archéologue et écrivain