« Entreprendre ». Depuis les années quatre-vingt, politiques, médias, n'ont que ce mot à la bouche. Et chacun a dans son entourage un ami, un proche qui veut « monter sa boîte », sans même parfois savoir quel entreprise créer. Qu'importe: tout le système capitaliste valorise l' « entrepreneur », homme de risque et de création de richesse. Cependant cette valorisation de l'entrepreneur n'est possible que, par symétrie, par une dévaluation symbolique du salariat. Le salarié, dans cette logique, est celui qui ne prend pas de risque et ne crée pas de richesse (c'est totalement et doublement faux, notez-le, mais admettons). L'entrepreneur, lui, « crée des emplois » et prend donc le pas sur le salarié dans la causalité économique (depuis Marx, on sait que ça ne se passe pas exactement comme cela: le capital a besoin de travail pour fructifier, et il le plume au passage en empochant la plus-value, mais, là aussi...admettons).
Fondamentalement, cette dévalorisation du salariat par le capitalisme est, on le sait, malhonnête. Mais le créateur d'entreprise n'est pas dupe: s'il « monte sa boîte », ce n'est pas pour créer des emplois ou pour injecter du capital dans l'économie. Soyons honnêtes: c'est parce que le salariat est plutôt chiant (qui a eu des chefs sait ce dont je parle) et qu'il en a peut-être marre de se faire bouffer la plus-value sur le dos. Tout le reste, c'est de la flûte. Et il le sait.
Alors, « tous créateurs d'entreprise »? Le système ne peut pas se le permettre. L'économie de marché, économie de guerre concurrentielle de tous contre tous, rend ceci in-envisageable, et quand bien même ce serait possible, le phénomène de concentration économique regrouperait les miettes de capital assez vite. Non, il n'y a pas assez de places sur le bateau des « winners ». La propagande pro-entrepreneur continuera donc d'insulter un salariat largement majoritaire, un salariat condamné à se faire chier, et à se faire plumer.
Le capitalisme, en nous gavant de conneries sur « l'esprit d'entreprise » nous ment beaucoup mais nous dit en miroir un fond de vérité: son système ne marche que si la plupart des gens se font arnaquer et qu'ils s'emmerdent. CQFD.
3 commentaires:
D'où le très grand intérêt qu'il faut porter aux structures "primitives" de travail communautaire et de participation des citoyens à chaque étape de la vie sociale... Ou la fin du salariat. Le vrai communisme, en somme.
Deux petits exemples vus par ici, dans des villages à population limitée il est vrai : l'entretien des rues, routes et chemins se fait mobilisant le travail de tous les hommes valides, ou d'une équipe d'hommes valides encadrés par le juge de paix. Travail non payé, bien sûr, mais quand l'un d'entre eux aura besoin d'aide pour couper un arbre, récolter son maís ou construire une maison, il recevra la même aide (gratuite) en retour.
Et aussi, dans l'état de Guerrero, les villages, ulcérés par l'impuissance (ou la complicité) de l'exécutif face à la criminalité (le mot n'est sans doute pas assez fort pour ce qu'il se passe ici) se sont associés pour créer une police communautaire. Les policiers sont choisis par les habitants eux mêmes, parmi leurs voisins, cousins etc... En échange de leur protection, ils sont nourris par la communauté. Pas de salaire, pas de corruption. Par ailleurs, le délinquant arrêté est mis au travail pour le bien de la communauté (entretien des routes, peinture...) Bien sûr, les autorités estatales ont déclaré cela illégal et essaient d'interdire cette "milice citoyenne")malgré une baisse de 90% de la violence dans les zones concernées. Alors, on commence quand en Europe ? :)
tu écris : "Mais le créateur d'entreprise n'est pas dupe: s'il « monte sa boîte », ce n'est pas pour créer des emplois ou pour injecter du capital dans l'économie. Soyons honnêtes: c'est parce que le salariat est plutôt chiant (qui a eu des chefs sait ce dont je parle) et qu'il en a peut-être marre de se faire bouffer la plus-value sur le dos. Tout le reste, c'est de la flûte. Et il le sait."
non, pas uniquement.
si le libéraliste est honnête et qu'il veut faire des sous, il va faire de la finance ou vendre de la drogue au marché noir comme tout le monde; il s'emmerde pas avec des responsabilités et des Kbis.
quand le libéraliste "monte sa boîte", c'est pasque c'est cool, pasqu'il est utile à la société, pasque c'est un winner, pasqu'il a la "gnak".
c'est là le grand génie du marketing pour winner : faire trouver ça cool de travailler et de "monter sa boîte", alors qu'en soi, c'est nul.
et c'est pour ça que c'est d'autant plus difficile de lutter je pense.
qu'est ce que tu veux répondre à qq1 qui t'explique que l'entreprise c'est bien et que c'est ça la vie en société ?
déjà au lycée même les profs étaient là dedans.
ils faisaient pas leur cours pasque la matière était intéressante, ils faisaient cours pour qu'on ait des bonnes notes, pour qu'on ait un bon diplôme, pour qu'on ait un bon travail plus tard...
oublié de signer pardon :
rpstar
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