lundi, mars 28, 2005

La fin de l'histoire expliquée à mes potes

Records d'abstention aux scrutins, retour aux recettes de psychologie de bazar pour le « mieux vivre », fin de l'engagement, médias formatés, loisirs calibrés façon « coeur de cible », absence de polémique artistique dans le débat populaire: ce n'est pas d'une épidémie ou d'une guerre que notre civilisation mourra, mais bien plus sûrement d'ennui!

Des siècles de progrès, d'imagination, des décennies à construire une classe moyenne libérée du labeur et donc plus réceptive, une espérance de vie jamais vue, tout cela pour périr terrassé de mollesse devant les spectacles lamentables d'une scène artistique livrée à Besson et Coelho, d'une arène politique post-moderne figée dans le ventre (le centre?) le plus mou, d'une Europe où de vastes référendums et pétitions tâteront l'opinion sous le prétexte d'une démocratie participative qui ne serait plus que l'ombre de son projet. Le museau saturé d' anxyolitiques et d'antidépresseurs, une immense classe d'âge s'étendant de trente à cent vingt ans regardera son nombril en panne d'idées, juste en dessous de la télé aux mille chaînes où crèvera un tiers-monde médiéval.

Mon Apocalypse est moins classe que celle de Jean, ça c'est sûr. Mon occident, et c'est bien triste, je le vois bien crever dans sa graisse, faute de combattants, rotant à l'infini un passé mythifié et embaumé. Même la mort des empires n'est plus ce qu'elle était, ma pauv'dame.

dimanche, mars 27, 2005

L'Europe livrée à l'ennui!


Constitution, camarade, constitution! Aux urnes citoyens! Courrons en masse voter, en ce seul jour où l'on tâte notre opinion! Opinion sur quoi, au fait? Sur un pavé de quelques centaines de pages rédigé par le seul ex président de la cinquième encore en vie, voir immortel.

Jeune de Gauche, il faut voter oui, te murmurent les forces du progrès... Oui pourquoi? Parce que sinon, nous seront la risée de l'Europe, nous mettrons en danger l'immense projet de paix et de fraternité qui nous unit. Ce projet dont on t'avait présenté amoureusement les contours sur un grand poster quand tu étais petit, dans les années quatre-vingts. Je me souviens de la vieille carte des douze, sur chaque pays, un enfant souriant en costume folklorique nous disait bonjour dans sa langue. J'y croyais, moi, à l'Europe des frères, l'Europe qui ose.

Alors naturellement, quand on me parle de paix, de volonté politique, d'ouverture, j'offre mon oui franc et massif. Un doute, cependant, minuscule, quasi sophistique, entache mon europtimisme béat: en quoi cette constitution est elle nécessaire à la paix, en quoi refuser ce texte serait-il préjudiciable pour le continent? Ce que je vois, moi, c'est un texte qui entérine l'état d'une Europe livrée à ses basses eaux en politique sociale, intérieure et extérieure. Avec à la clef l'impossibilité de changer de constitution si elle passait, du fait de la double unanimité requise.

Si l'on veut jouer à la constitution, alors autant être ambitieux. Ou même s'en passer, demandez aux anglais. Un projet inutile et incertain, qui, au mieux lassera un peu plus les electeurs, et qui, au pire, nous mènera toujours plus bas dans l'ambition politique.

mardi, mars 01, 2005

Champagne!

Quand le monde parfois me crachait à la gueule sa misère, j'avais demandé à mon père: qu'est ce qui peut bien nous retenir ici? Pourquoi les vieillards qui ne peuvent plus baiser, plus manger, plus marcher, plus parler s'accrochent ils à la ligne de plus en plus hésitante de leur cardiogramme?

Il m' a répondu que la vie était riche de surprises, jusque dans le minuscule, et que ses merveilles, on les trouve parfois au coin de la rue. Et voici que la vie à tous ces niveaux nous surprend, au moment où on l'attendait le moins.

Soyons une fois de plus indulgents envers ces clichés, qui, pour une fois portent leur part d'éternité. Oui, il suffit qu'une belle fille passe dans la rue filtrée des rayons de soleil timide, il ne faut parfois qu'un verre de vin, un livre, pour rattacher les wagons de l'homme au bouillonnements du monde, à sa douce folie.

Quelques chansons des Beattles m'ont tiré il y a des mois de la mélancolie la plus organique. Depuis, j'aime la vie comme le vieux aime sa vieille depuis si longtemps, avec patience et indulgence. Et ce sont ses manies imprévisibles, plus encore que la révolution, plus encore que la religion qui m'ont tiré du désespoir quand je pensais que tout était fini.

De toutes petites révolutions, d'infinitésimaux cataclysmes sont la perfusion qui me maintient dans le grouillant, le fou, le beau. Ils ne sont pas visibles les fils d'araignées qui empêchent ma marionnette de tomber en morceaux. Mon piédestal qui me porte au monde s'alimente des vents qui le secouent.

Un jour de plus.

Mais vous êtes fous? Oh oui!


Le Psychiatre a l'air plutôt sympa. Il explique que le fait divers qui a récemment endeuillé Pau risque de réduire à néant toute une vision des malades mentaux que le corps médical commençait à peine à implanter dans l'opinion. Oui le dingue est un malade, qui a à ce titre les mêmes droits que n'importe quel citoyen, auquel on doit attribuer considération et structures sanitaires. Ce cas exceptionnel de double meurtre par un schizophrène pourrait bien atteindre l'image déjà pas top de ces patients pas si rares.

L'appréciation de la pertinence d'une autorisation de sortie d'hôpital n'est pas de mon ressort, ni de celui de l'homme de la rue mais bien celle des toubibs. Lesquels gueulent à juste titre sur les coupes dans leurs budgets pour des structures plus souples, à l'image de ce centre d'accueil de la rue de la Roquette à Paris, qui offrait la possibilité de courts séjours, médecine au coeur de la ville, flexible, centre qui s'est vu retirer ses billes. Faute de personnel.

Les dingues font partie de notre société, il y en aura toujours. La médecine leur offre le soutient nécessaire dans leur douloureux chemin, leur permet parfois de retrouver une dignité, une place dans notre monde. La tendresse présidentielle pour la personne handicapée, légitime par ailleurs, trouve un écho chez nous tous, écho que j'aimerais de même ressentir au sujet des malades mentaux.

Hélas, les clichés ont la vie dure. L'opinion ne semble pas prête à soutenir des types qu'elle croit forcément dangereux, qu'elle préfère en taule ou bien sous camisole chimique loin de chez moi, plus loin, merci, ça ferait négligé, comprenez.

Redonner sa place aux fous, ce serait mettre la main à la poche pour développer toute une gamme de structures psychiatriques, qui permettrait d'attribuer la surveillance et le suivi, bien sûr, mais aussi la liberté et la participation à la société de nos frères zinzins.

Et pour tout ça, il faut du flouze, pour un combat des moins populaires, celui de la dignité des malades. Et si c'était aussi cela, le courage politique?

"DA VINCI GOGUE"


Ruée sur les monuments parisiens, bonne nouvelle pour la France. Oui mais voilà, qu'ont ils donc à chercher des gogues dans cette galerie du Louvre? Pourquoi recomptent-ils les carreaux de la pyramide, d'où vient cette agression permanente du curé de Saint-Sulpice? A moins d'avoir pris racine dans le Groenland Nord, vous êtes au courant. Mais, si, Marie Madeleine a fait des gosses avec l' Oint, Une société secrète, le tout peint par Léonard. Et tout ça, vrai de vrai, Magister Dixit dans les premières pages du manifeste multiplié comme les pains.

C'est bien, ça, y a jésus dedans, ça sent le soufre, les touristes Américains y croient presque. Et les Français aussi: ça fait tellement de bien de se croire plus fin,d'être parmi les initiés pour 20€, au lieu de se farcir de la lecture qu'on ne comprendrait pas. La voilà la révolution:enfin de l'initiation pré mâchée, pré chiée dans une jolie couverture, et qu'importe qu'à l'image d'autres blockbusters qui t' expliquent l'histoire, la vraie, celui-ci soit truffé de truchements corrigés qui peuplaient aussi l'imaginaire des années vingt et trente. Qu'importe que le coup de la société secrète qui tient le monde, celle avec des mecs connus, bien sûr soit aussi vieille que notre antisémitisme et la lutte contre la maçonnerie, vieille comme ces relents d'une France qui finit tranquillement de mourir, non sans semer sa « mâle plante » dans les esprits à venir.

Car oui, c'est bien cette peur du complot rampant qui a alimenté des décennies de Droite extrêmement malsaine, dont je vous passe le « Détail » comme dirait n'a qu'un oeil. Oui, ce sont les mêmes qui tapent sur le comptoir en disant qu'on la leur fait pas, qu'ils sont tous pourris, copinage et compagnie, oui monsieur, qui constitue cette assise de merde dont on fait les piédestaux pour dictateurs. Relire la dialectique de Neunoeil cité plus haut.

Il y a deux façons de voir l'ésotérisme quand on vient comme nous d'une société foncièrement exotérique: celle du mec qui croit avec haine et terreur qu'ils nous contrôlent, qu'ils se partagent le magot, les fourbes, et celle qui sépare l'ivraie ( Da Vinci chiottes, une voisine qui se dit médium) du bon grain relatif, celui d'un postulat de recherche de sens que l'on n'est en aucun cas obligé de partager, et qui stipule qu'il est des vérités cachées, auxquelles on peut plus ou moins être initié, point barre.

Oui, notre monde abrite de grands théoriciens du voilé, des rites orphiques à la Kabbale (Pas celle qui dit de mettre un bracelet rouge comme Madonna, la Vraie), du sens caché du Coran chez les Chi'ites à la Maçonnerie. et on n'y peut rien, c'est une modalité de recherche de la connaissance par des voies qui peuvent sembler chichiteuses (contemplation initiatique des symboles chez les uns, respiration et méditation chez les autres...) mais qui n'en demeurent pas moins de véritables chemins d'hommes. Qui demandent efforts, travail et dévotion.

Mais quand un ramassis façon supermarché (sans aucun amusement érudit) de thèses bricolées en équipe se dit être la vérité pas chère, on est en droit de se marrer. Et de laisser pisser,ok.