Constitution, camarade, constitution! Aux urnes citoyens! Courrons en masse voter, en ce seul jour où l'on tâte notre opinion! Opinion sur quoi, au fait? Sur un pavé de quelques centaines de pages rédigé par le seul ex président de la cinquième encore en vie, voir immortel.
Jeune de Gauche, il faut voter oui, te murmurent les forces du progrès... Oui pourquoi? Parce que sinon, nous seront la risée de l'Europe, nous mettrons en danger l'immense projet de paix et de fraternité qui nous unit. Ce projet dont on t'avait présenté amoureusement les contours sur un grand poster quand tu étais petit, dans les années quatre-vingts. Je me souviens de la vieille carte des douze, sur chaque pays, un enfant souriant en costume folklorique nous disait bonjour dans sa langue. J'y croyais, moi, à l'Europe des frères, l'Europe qui ose.
Alors naturellement, quand on me parle de paix, de volonté politique, d'ouverture, j'offre mon oui franc et massif. Un doute, cependant, minuscule, quasi sophistique, entache mon europtimisme béat: en quoi cette constitution est elle nécessaire à la paix, en quoi refuser ce texte serait-il préjudiciable pour le continent? Ce que je vois, moi, c'est un texte qui entérine l'état d'une Europe livrée à ses basses eaux en politique sociale, intérieure et extérieure. Avec à la clef l'impossibilité de changer de constitution si elle passait, du fait de la double unanimité requise.
Si l'on veut jouer à la constitution, alors autant être ambitieux. Ou même s'en passer, demandez aux anglais. Un projet inutile et incertain, qui, au mieux lassera un peu plus les electeurs, et qui, au pire, nous mènera toujours plus bas dans l'ambition politique.
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