Un futur pas trop lointain s'il vous plaît. Des centaines de caravanes rapiécées autour de feux de braseros. Une paisible communauté de bric et de broc réunie autour d'un noeud du réseau comme jadis chasseurs paléolithiques encerclant le feu des veillées, brave la médiocrité de la vie de bureau en joignant hyper réalité et vie au grand air.
La tribu vit du partage de ses ressources matérielles et informatiques, et chaque membre donne un peu de lui même pour apporter à tous méga-octets et pommes de terre. Le temps passé à s'échiner a fondu comme neige au soleil et chacun sait varier travaux et plaisirs pour le bien de la communauté, dont les besoins matériels, libérés de l'aiguillon publicitaire, donnent à la vie du campement le goût sauvage et austère de la liberté.
Il y a là des poètes qui ont fui la mort de l'esprit, qui ont quitté la ville clinquante pour rejoindre des jongleurs, des pirates, des Freaks qui vivent en frères car chacun sait qu'il décuple la saveur de ses jours en offrant à l'autre, et tous se réveillent à midi, hallucinés de la simplicité du pas qu'il y avait à faire. Tous se demandent peut-être pourquoi ils se tueraient à des tâches répétitives et sans sens dans l'unique but de pouvoir user le peu de temps que le labeur leur resterait à acheter d'inutiles gadgets.
L'herbe en quantité sèche au fumoir pour l'hiver, un hiver où chacun partagera ses rêves, ses visions. Viendra le temps du départ, du voyage vers d'autre lieux où annoncer la prophétie vivante, l'abandon des révolutions néolithique, de la division du travail, de la sédentarité, de la propriété individuelle. L'abandon de l'histoire au profit de la fête. Les néo-primitifs n'ont pas de voiture avec GPS, ni d'écrans couleurs à leur portables. Ils ont le sourire serein des affranchis.
A un jet d'encre de là, de cette Cyberkeley ludique et déjantée, Cyberbia: le réseau a perdu toute forme démocratique, et de bouillon de culture trépidant, il est devenu une immense vitrine pour des entreprises de plus en plus puissantes, dont les « corpos » sont les seigneurs de la guerre. Le net est l'outil principal de coercition aux mains des nouvelles puissances, force de sécurité et d'agression mercenaire.
Une économie déchaînée se fait champ de bataille avec l'information comme butin, dans une atmosphère de consommation forcenée et de flicage entretenus mutuellement. Partent en fumée les rêves d'une société meilleure et les neurones de jeunes pirates qui comptaient prendre de force leur part du gâteau.
Deux futurs possibles pour un réseau en plein devenir, deux utopies vers lesquelles internet oscille alternativement avec des mouvements de balancier de plus en plus amples. Les démonstrations de force des sauvageons du net se font de plus en plus cruciales: au moins démontrent elles que Babylone est à un click de son implosion, à l'heure où quelques trusts veulent tenir le réseau par la (les) bourse(s).
Cette puissance imprévisible existe, et de son utilisation dépendra le devenir de la jeune et fougueuse toile. Dans moins d'une génération, le fil sur lequel nous dansons entre Cyberkeley et Cyberbia sera rompu et l'Histoire aura choisi durablement son camp.
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