jeudi, juin 02, 2005

Le choix du roi!

« Dans ton cul, profond, à droite », pourrais-je dire, si je n'avais appris du temps de mon enfance modèle à me méfier des joies faciles et bestialement fascistes de l'acharnement. Nombreuses sont les joues de mes amis oui-ouistes à s'être tendues à ma main vengeresse après la baffe noniste de ce dimanche, quand ils pensaient, Promethées de pacotille, apporter la lumière du monde aux nations avec ce pavé fadasse comme phare de l'idéal.

Non, mes anciens bourreaux mais néanmoins amis, je ne profiterai pas, tout oint de la sanction populaire que vous prîtes façon « slam dunk » il y a peu, pour vous étaler en bonne et due forme. Question de dignité, bien sûr, mais surtout de réalisme politique.

Non que je crois que la France se soit mise dans la merde noire prophétisée par les institutionnels, non, ça, sauf votre respect, je m'en tape. C'est plutôt que je ne peux me réjouir d'avoir vu le résultat électoral servir pour un temps mon rejet du texte. Pourquoi? Parce que, la démocratie laisse toujours ce goût amer après le scrutin, cette petite mort post-électorale, à celui qui cherche l'honnêteté intellectuelle: la vérité des urnes n'est jamais belle, jamais pure, toujours salie de votes stupides qui ternissent jusqu'aux résultats les moins mauvais.

Le bilan d'une élection me semble toujours plus être dans le meilleur des cas un moindre mal, obtenu par des alliances contre-natures dont le jeu démocratique est si friand. La démocratie, s'est accepter de mêler ses voix, c'est à dire la substantifique moelle de ses choix, à celles de ceux qui votent à la tête du client, d'ennemis d'ennemis pas forcement amis. Ces compromissions écoeurantes, le dernier vote en a apporté à mes yeux son lot, qu'on en juge plutôt:

J'avais émis le voeu d'un retour à l'Europe de mon enfance, l'Europe rêvée, ambitieuse, pétillante et novatrice, que je sentais menacée par le texte. Du coup je vote non, sans trop y croire. Bingo, ça passe. Et grâce à qui? Bien sûr, à de braves garçons gauchisant et pleins de rêves comme moi, mais aussi et de façon décisive avec l'aide de factions ultra réactionnaires, populistes, et fascisantes. Comment pourrais-je me réjouir d'un tel résultat, quand bien même il se trouve conforme à mes désirs?

Ce naturel dégoût d'un mode d'expression qui nivelle par le médiocre les aspirations les plus nobles, il faut savoir ne pas s'y vautrer, voir même savoir défendre ce régime quand il est attaqué par bien pire. Et c'est dans ce grand écart entre mes idéaux et une démocratie toujours décevante, entre l'exigence de l'engagement pour le rêve et celle de se protéger du fascisme même en votant à contre-coeur, entre le choix de l'utopie et celui de la laborieuse et incertaine défense par le bulletin de ce qui reste de potable que notre mission est de tenir.

Alors de grâce mes amis, oublions ce scrutin, celui-ci et les autres. Vite.

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