mardi, novembre 27, 2007

Une autre banlieue est possible!


Les banlieues brûlent, encore, et toujours. Et la réponse est toujours la même: Police, Police, Police. Et personne ne semble s'étonner qu'une bavure dégénère en émeute. Personne ne se demande non plus pourquoi ce sont les écoles et les bibliothèques qui brûlent, là-bas, et pas les équipements des beaux quartiers. La lutte des classes*, toujours plus intense depuis cinq ans, a atteint un palier: les opprimés, ceux qui ne voient le pognon que dans les torche-cul people, n'ont même plus de conscience de classe*: ils se dévorent et confortent ainsi ceux qui pensent qu'ils ne méritent que la cage ou la corde.


La politique de notre gouvernement montre, à qui veut encore le voir, comment on peut en toute légalité ajouter l'inhumanité à l'immoralité: Nos vertueux dirigeants posent derrières des lunettes de soleil de grande marque, fêtant, qui son divorce largement médiatisé, qui ses vacances sur un yacht, qui sa récente augmentation de 140%...merde, pour le coup, c'est le même bonhomme.



Et pendant ce temps, de l'autre côté de la barricade, les pauvres ont de moins en moins le fric de s'acheter les « loisirs » qui sauraient les abrutir le temps d'oublier l'injustice crasse qu'ils affrontent, seuls. Les ors du système, moulures ici, dividende exceptionnel là, jurent de plus en plus sur le fond de précarité et d'aliénation* qui s'étale derrière. Pour cette prospérité aveuglante en pleine crise, combien crèvent en la coulisse?


Un réponse de gauche, crédible, ne peut passer que par des changements en profondeur. Alors, il y a, bien sûr, les coups de freins d'urgence, les logiques de front, la mise en commun des refus. En gros, chasser le pouvoir actuel avant qu'il n'achève de ridiculiser l'époque. Pétitions, manifs, occupations, élections, même si on doit en arriver là. Parce que même si on sait que la solution ne viendra pas de là, on ne peut abandonner toute la machine de guerre de notre système et de son spectacle à une poignée de dirigeants irresponsables tendance « lutte des classes Hardcore »*. Mais on sait tous le peu qu'il y a attendre et la durabilité médiocre d'un pouvoir ainsi conquis par le système, pour le système.


La grande différence entre l'opposition actuelle (parlementaire et extra-parlementaire) et l'ancienne, c'est que son emprise morale, culturelle, et, lâchons le mot, quasi-mystique s'est évaporée: si demain, Angela Davis fuyait la police, qui mettrait sur sa porte, comme à l'époque, qu'elle est la bienvenue chez lui? Si la commune refleurissait dans Paris, combien choisiraient de bouleverser l'histoire plutôt que de retourner au boulot faire de la croissance molle? Vous imaginez un « Che », de nos jours, que les médias ne ridiculiseraient pas? La vérité, c'est que la pensée unique a balayé le réseau de solidarités qui rendait la fraternité évidente, palpable. C'est l'ancrage profond qui assure la pérennité des luttes, celui de la culture syndicale, celui des conscience de classes, des associations, le poids des expériences de vie en commun, tout cette prise sur le monde et toute cette épaisseur conceptuelle et pratique qu'avaient des mouvements comme celui des Black Panthers, voilà ce qu'il nous faut reconstruire.



Les promesses de l'altermondialisation ne sont pas encore totalement fanées. Ce n'est qu'en les ranimant de nos luttes que l'on décolonisera notre imaginaire politique de sa gangue de pensée unique. Ce n'est qu'en faisant pénétrer en profondeur nos idées, en agitant nos pratiques engourdies que l'on injectera pour longtemps les révolutions de demains. Comment en effet oublier que ce qui nous semble évident aujourd'hui (le respect de l'environnement, la démocratie, l'abolition de la peine de mort, l'école gratuite) n'était porté que par de doux dingues quelques temps avant? A nous d'exiger, à nous de croire et de vivre ce en quoi nous croyons, pour demain forcer l'inertie de l'histoire et obtenir ce qu'on nous dit impossible.

REVOLUTION!*


*: « lutte des classes », « aliénation »...ça ne t'a pas échappé camarade lecteur, le discours d'Adso est truffé d'allusions vaguement marxistes. Et ça, on nous le répète à la télé, c'est pas vraiment trendy. en même temps, avoue que comme grille de lecture des évènements actuels, c'est quand même un peu plushaut de gamme que le « le marché nous sauvera tous », le « on trouvera un remède », et autres « fin de l'histoire » qu'on nous sert à la sauce libérale, non?


samedi, novembre 24, 2007

Eternal sunshine of the "Monsieur S" mind

On chasse le « privilégié » cheminot-gréviste, on exonère d'ISF ceux qui n'en branlent pas une en faisant fructifier le capital à leur Père.

On se fout de notre gueule.

On nous parle de se serrer la ceinture, et le premier d'entre nous s'accorde 140% d'augmentation de salaire.

On se fout de notre gueule.

On nous parle d'égalité des chances, d'équité et on passe ses vacances sur un yacht appartenant à un « ami » candidat à de nombreux marchés publics.

On se fout de notre gueule.

On nous annonce à coups de danse du scalp l'arrestation de l' « assassin du préfet », au mépris total de la présomption d'innocence; des années après, on cherche encore les preuves.

On se fout de notre gueule.

On nous parle de justice sociale en faisant « participer » les malades (franchises), les pauvres (bientôt la TVA sociale?) et de moins en moins les riches (exemptions, boucliers...) qui sont de plus en plus riches (regardez donc comme les dividendes des entreprises du CAC40 ont explosé, regardez donc comme l'écart entre riches et pauvres s'accroît).

On se fout de notre gueule.

On se dit de rupture quand son parti est au pouvoir depuis cinq ans et qu'on y a participé à tous les postes, notamment comme pompier pyromane lors des émeutes.

On se fout de notre gueule.

"On" va à Washington fêter en notre nom notre retour dans la grande fête impérialiste, et, pourquoi pas, retrouver un strapontin au "commandement intégré" de l'OTAN (ceux qui croyaient encore en une armée européenne apprécieront).

On se fout de notre gueule.

On met deux ou trois ministres-potiches noires et arabes, pour tenir à Dakar des discours nauséabonds sur l'Afrique quand on n'évoquerait pas carrément, d'après une rumeur persistante dans les chancelleries, le « trop grand nombre de musulmans en Europe » et le « choc des civilisations » à venir.

On se fout vraiment de notre gueule.

On nous parle de courage politique quand on ne gouverne que par les sondages, la pensée unique et l'appel aux bas instincts.

On se fout vraiment de notre gueule.

Et « On » s'en foutra encore pendant quatre ans, voir neuf. Et « On » bousculera ce qui reste de valeurs dans ce pays, « On » attisera la haine et le repli, « On » fera des anciennes solidarités un paillasson.

"On" commence à tirer un peu fort sur la corde.

samedi, novembre 10, 2007

BONS BAISERS DE L'ETAT

Sur la trois, le soir, l'ancienne « chaîne des préfets » se fait glamour: trompette moelleuse, cravates légèrement dénouées, on refait le monde comme au salon. Sur le fauteuil club, ce soir d' il y a quelques semaines, un intellectuel, le givre de la sagesse aux cheveux, nous parle des états-unis, du terrorisme. Et son discours, après avoir établi une symétrie étrange entre l'armée US et celles de la terreur, esquisse une vision d'un monde dont la principale donnée serait, justement, ce terrorisme qui mettrait, je cite, « les états en danger ». Du coup, l'intellectuel en vient à justifier, sinon Guantanamo, le « réalisme » américain qui y a mené, face à une situation « inouïe ».

Rien de nouveau sous le soleil, me direz vous: nous sommes face à la vulgate vaguement néo-conservatrice habillée des respectables oripeaux de la démocratie. Et pourtant, ce type de raisonnement dont on nous inonde depuis 2001 ne résiste pas vraiment à un examen logique. Nous sortons d'un siècle à quatre génocides et à deux guerres mondiales, du siècle du totalitarisme et de la bombe. Au nom de l'absolu, on s'interdit une comptabilité morbide des morts, et je comprend aisément cet absolu, s'il ne vient pas servir toutefois les intérêts de l'empire.




Car c'est de cela qu'il s'agit: je ne souhaitais pas mettre dans la balance les dizaines de milliers de tués par « la violence aveugle de la terreur » et les centaines de millions de morts signés par des états, par des pouvoirs institués. mais les médias nous abreuvent sans cesse d'images de fanatiques, de jeunes qui brûlent des voitures, de tueurs en série, de faits divers. Ils brandissent la menace d'une « bombe salle » d'une attaque bactériologique menée par d 'hypothétiques cinglés. Je ne nie pas ces dangers, réels. Mais je ne veux pas qu'il masquent la réalité des têtes nucléaires « officielles, respectables et légitimes » pointées sur tous, (bordel, mais qui ose encore en parler?), la palpabilité des tués par des armées « officielles, respectables et légitimes », le concret de victimes d'industries « officielles, respectables et légitimes ». La capacité à décimer, elle se trouve plus encore bien dans nos labos « P4 », dans les souches de variole que gardent les grands d'hier, dans nos sous-marins et dans les fusils des hommes qu'on parachute ici ou là plutôt qu'entre les dunes , si musulmanes et choquantes-des-civilisations et armes-de-destruction-massivement-vouyoues soient-elles.


Parler d'une fusillade dans une école, d'un cinglé dans nos rue, des préparatifs d'attentats déjoués, c'est bien normal. En leur nom éluder les milliers de morts quotidiens dûs aux états si chirurgicaux soient-ils et aux multinationales, en un mot au « pouvoir », c'est scandaleux. Cette notion de « pouvoir » vous semblera certainement et à juste titre un peu fourre-tout. L'est elle plus que celle de « terrorisme », de « délinquance » ou de « violence urbaine »? Mourir à dix sous les balles d'un régime de l'axe du bien, à cent du refus par l'industrie pharmaceutique de fabrication d'un médicament générique, à mille d'une frappe chirurgicale ratée, à dix mille d'un accident nucléaire ou à cent mille dans une guerre « conventionnelle », au nom de quoi serait-ce moins arbitraire que de mourir à dix, cent ou mille dans un attentat ou dans une émeute?


La boucle est bouclée: dans cette même émission de la trois, un autre soir, parlait une jeune fille. dans l'extrait qui suit, elle évoque la compétition de ces deux arbitraires. A bientôt.



samedi, novembre 03, 2007

THE SKY IS THE LIMIT

Jusqu'où ira-t-on? Sur le chemin qui me ramène chez moi, ce soir de Toussaint, les tristes villes de banlieue ont déjà mis les décorations de Noël. Parce que les gens ont besoin de cette trêve de plus en plus tôt dans l'année? Peut-être. Parce qu'on a besoin de s'y prendre de plus en plus tôt dans le matraquage publicitaire pour vendre des biens inutiles à un peuple déjà gavé de faux besoins? Plus sûrement. Noël, c'est la grande hypocrisie d'une société sans sens qui cherche à combler ses enfants de conneries superflues une fois l'an, c'est le grand marché de l'affect trempé dans la guimauve pseudo-traditionnelle. Noël, c'était Dieu se faisant homme pour sauver les hommes, c'est maintenant un intermédiaire entre l'anniversaire du père-Noël et la foire au foie gras bas de gamme dans la supérette d'en face. Il ne s'agit pas de regretter les archaïsmes d'hier, mais de constater le trou béant sous les tonnes de bouffe et de jouets, le gouffre du vide de sens que le consumérisme et l'abrutissement des masses a de plus en plus de mal à masquer.



Notre économie de la croissance infinie carbure à la consommation. A tout prix. S'il faut inventer mille sortes de yaourts et quinze types de rasoir, des écrans plats inutiles achetés à coup de crédits revolving, et bien on le fera. Seul le shoot régulier de la consommation garantit l'ivresse des marchés et la survie du système. Et pour cela, tout est bon. c'est pour cela que notre société d'abondance organise une rareté artificielle en orchestrant de faux besoins. Mais, vous me direz, il faut les trouver, les connards qui pensent encore qu'un écran en couleur sur leur portable, qu'un « plasma » pour regarder la télé-réalité ou que 135 chaînes de télé lamentables constituent un progrès réel. et bien on ne les trouve pas, ces crétins: on les crée.


Abrutir, terrifier, hypnotiser, aliéner: le patron, le curé, et plus encore maintenant la télé, la pub, les « loisirs » et le pouvoir usent de ces quatre cordes. sans se concerter, sans peut-être même en être conscient. Mais parce que c'est au prix de ces aliénations que la société spectaculaire marchande tient encore à peu près sur ses cannes. Et quand bien même cette griserie se dissiperait, cela jetterait une lumière crue sur la désolation vide de Dieu (heureusement peut-être), mais aussi vide de sens et de projet. Parce que bien malin celui qui pourrait dire quelle vision d'elle même a notre société et ses individus. Et il n'y a pas besoin de complot, il n'y a pas besoin de haine, de volonté affirmée pour réussir ce formidable abrutissement. Le marché dans sa profonde adaptabilité crée les « loisirs » qui videront la tête et obséderont de faux besoins le consommateur/producteur qui voudrait se rebeller. Même s'il faut, pour stimuler le gogo à coup de « nouveautés » descendre dans les bas-fond de la politique spectacle, produire de la télé réalité fascisante et « révolutionner » des gadgets inutiles: là aussi, comme pour l'accumulation de richesse, « The sky is the limit ».


Ceux qui me connaissent doivent se dire que je radote. Et pourtant je crois que cette absence de limites et cette ruée aveugle vers la production et vers le « progrès » font partie de la matrice d'aliénations plus classiques. Ces derniers temps, je lis Cornélius Castoriadis et ce que je ne fais aujourd'hui qu'approcher assez grossièrement, lui l'a écrit avec un mélange de verve et de rigueur et un goût érudit de la vérité qui tabasse. A la lecture de « La montée de l'insignifiance », on est saisi par la justesse et le caractère prémonitoire de ces écrits (les passages sur la « pensée 68 » explosent bien les clichés dont on nous gave ces derniers temps). A lire donc, avant la fin du monde.