lundi, décembre 17, 2007

CONTRADIKOZY, SES MOUTONS, SA CLASSE OUVRIERE

Des vieux à l'allocation d'autonomie sucrée, des assujettis à l'ISF qui reçoivent un chèque du trésor public. Des dictateurs reçus avec tapis rouge, des procès politiques où l'on enferme sans preuve matérielle. Des sans-papiers dans les charters après des larmes de crocodile sur la tombe de l'abbé Pierre. Une augmentation de salaire de 140% alors qu'on dit à chacun de se serrer la ceinture.

Le pouvoir actuel, c'est la contradiction faite loi. Mais nous sommes d'effroyables optimistes: au moins avec celui là, les masques sont-ils clairement tombés. plus personne ne joue les humanistes chrétiens, plus personne ne joue la carte de l'intégrité sobre, presque plus de croix, presque plus de bannières: Et oui, on attendait un pouvoir catholique, on a la facilitation du divorce, on attendait un pouvoir patriote et il courbe l'échine devant plus fort... Seul l'intérêt compte. Au prix de n'importe qu'elle contradiction. Bien dressé, un enfant de cinq ans en centre fermé pourrait mettre le doigt sur les multiples palinodies, mensonges et mesquineries qui émaillent le discours en place.


Un vrai pouvoir contre révolutionnaire, à l'ancienne. Un cas d'école, quoi. Un rêve de laborantin: à vos scalpels, damnés des amphis. les paris sont ouverts: quelle sera prochaine ineptie antisociale qui passera comme une lettre à la poste dans l'opinion? Misez, misez...la retraite à 90 ans pour financer les accidents du travail? la fin de l'impôt sur le revenu au nom de la justice sociale? Le remise en cause des congés payés pour « gagner plus »? Ou bien la prochaine grosse surprise est elle plutôt à venir dans le champ social: je ne sais pas moi...le bracelet électronique pour les resquilleurs du métro, les caméras dans les chambres à coucher contre la violence conjugale...on a l'embarras du choix.


Mon président et moi même, j'ai l'impression que lui et moi, on se pose au fond la même question: jusqu'où les gens accepteront-ils d'être bernés sans s'indigner? Et j'ajouterais, qu'est ce qui rend possible fait qu'ils ne s'indignent toujours pas? Mon président, lui, par contre, il ne se pose plus cette question là. Pensez: Cinquante ans d'histoire du marketing et des sciences cognitives, des « think-tanks » de « spin-doctors » bien rodés, si avec ça vous n'arrivez pas à vendre de la glace aux Esquimaux, c'est qu'il faut changer de métier.

Moi je crois que cette docilité n'est possible qu'à la condition que le nombre d'exclus reste en deçà d'une valeur seuil. Qu'une majorité qui s'en tire comme elle peut arrive à ne pas trop voir la minorité qui reste, celle qui s'étend sur le spectre social à peu près du SDF au caissier. Vous remarquerez, tant qu'on reste dans une limite « raisonnable » du nombre de déclassés, ça passe à peu près, et ce quelque soit la façon dont on traite cette minorité « en marge »: on peut bien suicider du taulard, encrister du petit voleur avec les grands bandits, congeler du SDF et traquer à mort du sans-papier, on peut briser le peu de protection qui restait au sous-prolétariat, tout le monde s'accorde à s'en carrer à peu près, au prix d'une larme bon marché vers Noël. Le système tient, et relativement en silence, tant que le reste de la population peut encore acheter à crédit des écrans plats.


A titre indicatif, pour avoir une idée de la violence sociale acceptable, rendez vous aux états-unis, entre petits-blancs sub-primmés, ghetto géants d'un côté et l'arrogance matérialiste débile de l'hyperbourgeoisie de l'autre, vous verrez, malheureusement, qu'on a encore de la marge pour ce qui est de l'aveuglement et de la lutte des classes.

Ce qui fait que ça ne pète pas, c'est aussi que notre système a suffisamment éloigné sa classe laborieuse pour faire des conflits sociaux quelque chose de pas très évident. « Comment Monsieur? Des ouvriers? mais voyons, il n'y en a presque plus en France...nous vivons dans une économie dématérialisée, enfin ». Sexy en diable, n'est-ce pas? Sauf qu'on ne vit concrètement pas que d'irréel high-tech et d'eau fraîche. et que les télés, les pull-over et les gadgets il faut bien les fabriquer quelque part. Ce quelque-part, je vous rassure, on s'y fait toujours exploiter, et à l'ancienne. Et je ne parle même pas des endroits d'où l'on tire les matières premières nécessaires. C'est qu'il faut en exploiter, de l'ouvrier asiatique, c'est qu'il faut en ruiner, du paysan cotonnier africain, pour garantir le flot de matières premières et de produits manufacturés bon marché qui pérennisent notre «société de service et d'abondance ».



Le défi, c'est de verrouiller le cocon occidental aux barbelés, de continuer à maintenir ouverts les robinets de matières premières bon marché (fussent ces dernières en Irak...), et de shooter à la surconsommation à crédit de gadgets pas chers et à l'hypnose spectaculaire médiatique la population, pour qu'elle reste sagement endormie ici et qu'elle en ait encore moins à foutre de ce qui se passe là-bas. Jusqu'ici, ça marche à peu près.


Mais allez donc expliquer cela à la télé...

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