Je suis passé ce matin devant les militants de la ligue qui tractaient, puis devant les communistes. J'ai revu des visages que j'avais croisés il y a de cela un an, quand à 7h du matin, on bloquait les rues avec le Réseau Éducation Sans Frontières pour une maman menacée d'expulsion (ça avait marché, d'après ce que je m'en souviens). Eux ne m'ont sûrement pas reconnu, mais moi je n'oublierai jamais ces adjoints, ces militants debout avec nous, en cet hiver et ce printemps 2007 les flics ratissaient Belleville à la recherche du sans-papier qu'il manquait à leur quota, quand les socialistes pris dans leur campagne oubliaient de parler de nous, oubliaient de nous soutenir pour n'effrayer personne.
Je suis de gauche, je l'ai toujours été. Depuis dix ans, à gauche, il y a les contre-sommets, il y a l'altermondialisation, souffle inespéré ou quadrige scoutocrate selon les situations. Et de partout, ces « alters » viennent « penser global et agir local », heureuse formule pour la fin salutaire des systèmes rigides et monolithiques de pensée d'hier. Et début des emmerdes.
Car on ne peut se contenter d'une action ponctuelle par-ci, d'une autre par là sans chercher à faire bouger les choses à grande échelle. On ne peut pas non plus, sous prétexte de fallacieux calculs tactiques refuser les combats dignes mais ponctuels au nom d'une stratégie, d'une alliance. Le « Que faire? » demeure. Et on ne peut le dépasser que dans l'action sur tous les fronts, même si on le fait sans illusion.
Ce n'est pas grand chose, une écharpe tricolore au milieu des familles qui remontent la rue du Clos pour soutenir une famille chinoise, ce n'est pas grand chose, un coup de fil de Besancennot et une visite de Bové quand les sans papiers avaient fait d'un local d' EDF leur « QG de campagne ». Mais putain, malgré tous les désaccords que j'ai avec eux, ça reste dans la tête. J'assume mes fidélités à cette gauche que je moque si souvent, à cette gauche que je voudrais tellement voir plus libertaire, j'assume les « camarades » que j'aurais préféré « copains », c'en est con, mais c'est comme ça.
Je ne sais pas si j'irai voter, je ne sais pas pour qui. Aujourd'hui j'ai revu ceux que j'ai croisé hier dans ces « micro-luttes » et quelque chose au plus profond de moi est remonté de ma mémoire, quelque chose que je croyais assommé de lassitude.
Je n'ai pas la solution politique à tous ceci. Mais je suis preneur de tout indice que vous posteriez en commentaire à ce billet.
2 commentaires:
Hello Amigo...
Je reviens lire un peu tes billets qui me donnent toujours l'envie de laisser une bafouille. Et puis cette fois-ci, encore plus. Je m'explique : Pour mon plus grand bonheur je suis tombé amoureux. Pour mon plus grand épanouissement, d'une étrangère. Désormais, d'ailleurs, elle n'est plus "étrangère", mais ma compagne, et bientôt ma femme. Bientôt ma femme, parce que nous nous aimons et sommes convaincus de vouloir rester ensemble ici ou ailleurs, pour longtemps. Il se trouve que, pour le moment, ça doit être ici (qui est un là-bas pour toi, puisque nous sommes maintenant à Marseille).
Et c'est là que les choses se corsent, parce que ici (comme souvent ailleurs) l'amour n'est pas une raison suffisante pour obtenir le droit de vivre en paix, avoir des papiers et rester près de l'homme qu'on a choisi et qui nous a choisi. Un visa à renouveller, c'est compliqué... et le mariage reste la seule solution qui t'assure des papiers et une autorisation de séjourner dans notre belle contrée...
Alors, comme tu le sais, je me suis toujours senti de gauche et solidaire des sans-papiers et plus généralement, laissés pour compte de notre société. Mais c'est la première fois que je suis touché DIRECTEMENT et personnellement par ce problème. Et aujourd'hui, quand je vais dans ce groupement de la Cimade "les amoureux au ban public" qui essaie d'aider tous les couple mixtes en difficulté et les soutenir dans ces histoires souvent tragiques et absurdes qu'elles doivent surmonter ; quand, enfin, je m'investis dans une action de soutien "illégale" et dépasse le stade de la seule compassion, me reviennent les mots du Pasteur Niemoller :
Quand ils sont venus
Chercher les communistes
je n'ai rien dit
Je n'étais pas communiste.
Quand ils sont venus
Chercher les syndicalistes
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus
Chercher les juifs
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas juif.
Quand ils sont venus
Chercher les catholiques
Je n'ai rien dit
Je n'étais pas catholique.
Puis ils sont venus me chercher
Et il ne restait plus personne
pour protester.
... et je réalise que je n'avais jamais pris avant la JUSTE MESURE de la détresse dans laquelle ces lois, ces rafles, ces persécutions peuvent plonger des êtres humains, des couples, des familles, des enfants.
Nous avons organisé une soirée pour la Saint-Valentin, pour sensibiliser l'opinion publique sur ce sujet... Pas un journaliste n'est venu et un seul élu, conseiller municipal... résistant, de ceux qui refusent de livrer les listes de mariage à la police venue les rechercher illégalement à la mairie, sous couvert de lutte contre le mariage blanc...
Alors voilà. Oui, cette homme là, c'était une touche d'espoir et de solidarité dans un océan d'individualisme, d'indifférence ou d'hostilité et oui, c'est très important.
Des bises :)
Marco
Ca fait chaud au coeur d'avoir de tes nouvelles. je suis content que tu m'aie écrit ce commentaire, tout à fait dans l'esprit. tout comme je suis content de te savoir occuppé à être amoureux et à défendre ton droit à l'être, c'est un beau combat.
La CIMADE fait du bon boulot. je te souhaite bon courage en tous cas.
Bises
ADSO
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