lundi, février 11, 2008

LES PROMESSES DE L'ORDRE

Des dizaines de sans-culottes convergent vers la Bastille en ce 14 juillet 1789. Soudain, la foule, hérissée de fourches se fige: ça et là, des nuages de lacrymo créent la panique, tandis que les Tasers électrocutent à tour de bras les derniers îlots de résistance. Des gardes royaux en civil prennent en photo au portable les leaders présumés d'une émeute jugulée à temps. Fin de l'histoire, dans tous les sens du terme.


Les "Tyrannicides"

Premier siècle: Marcus Caïs, alias « Petrus » pour ses coreligionnaires clandestins, se dirige dans la nuit romaine à la recherche d'une entrée des catacombes: il sait les signes que ses premiers chrétiens de frères ont essaimé sur le tortueux chemin vers leurs rassemblements encore très « Underground ». Mais le monde vacillera sur ces racines spirituelles une autre fois: la brigade impériale cataphile repère Petrus et ses potes grâce à une caméra Thermique de poche SAFRANUS dernier cri, judicieusement reliée à un programme expert de surveillance. Petrus n'a pas changé l'histoire, et demain il se fera bouffer par les lions devant César et sa foule. fin de l'histoire, dans tous les sens du terme.


On pourrait encore imaginer des centaines de transformations du monde qui auraient échoué si le contrôle des populations avait été techniquement plus avancé à leur époque. Pour quitter l'Uchronie et passer à l'anticipation, combien d'entre nous survivraient, s'il fallait reprendre le maquis maintenant sous l'oeil des drones, des détecteurs de mouvement et des satellites? ou fuirions nous aujourd'hui, comment ferions nous sauter les voies ferrées, qui ferait les faux papiers nécessaires aux combattants de la liberté, si l'hydre revenait en ces jours de contrôle généralisé et industrialisé?



Nos libertés, nos « racines chrétiennes » même, pour faire plaisir à notre Tartuffe de chef, nous les devons à la rébellion, à la clandestinité et même, osons enfoncer les portes ouvertes, parfois à la violence et toujours au rapport de force. Bercés par le Ron-ron spectaculaire d'une société qui se veut la stabilité même, combien sommes nous encore à relever la mascarade qui fait de chaque opposant un terroriste,de chaque secret une atteinte à la « transparence », et de l'ordre, selon la formule consacrée autant que fausse, la « garantie de nos libertés »?


George Orwell, qui avait oublié d'être con,s'interrogeait in y a une soixantaine d'années, devant la bombe atomique: ne signait-elle pas la fin des guerres de partisans? Une Algérie, Un Viet-Nam, un Afghanistan plus tard, on comprend que les conflits « Asymétriques » sont encore possibles, heureusement, oserais-je dire. Mais le fond d ela question demeure: jusqu'à quand la supériorité technique des empires pourra-t-elle être mise à l'épreuve? Opposants Chinois, activistes Palestiniens, Tchétchènes: combien pourront agir demain, dans un monde maillé et fliqué par le contrôle technologique?



George Orwell


Nous vivons le temps des gestionnaires et nombreux sont ceux qui voient dans notre monde occidental l'horizon indépassable des rêves, la fin de l'Histoire. Notez qu'il faut être bien sûr de soi pour statuer ainsi sur l'avenir du monde... Alors plutôt que de m'aventurer moi aussi à quelque conjecture futuriste, je ne peux que constater que l'histoire est pleine de gens qui s'en croyaient à la fin. des gens sûrs que leur monde d'ordre valait plus qu'un monde juste, et libre. Des réacs, en somme. Et j'ajouterais que souvent des progressistes, des partisans minoritaires les ont fait mentir. Alors sauf à croire que nous vivons au paradis indépassable, je pense que nous aurons toujours besoin d'opposants capable d'affronter les forces dominantes (si « légitimes » soient-elles); Je pense aussi, n'en déplaise aux sécurocrates qui veulent nous déchausser dans l'avion et nous filmer dans la rue « au cas où », qu'il n'y a pas de liberté réelle possible sans risque. Mon blog s'interroge souvent sur les raisons qu'auront demain les insurgés d'agir. Ce billet, lui, je l'ai voulu sur les moyens qu'ils n'auront peut-être plus d'agir.

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